lundi 25 février 2008
La paupérisation de la population guinéenne combinée avec les multiples dérèglements de nos mœurs a contribué à changer la valeur « mariage » aux yeux de l’opinion. Pour une jeune fille, se marier n’est plus chose évidente, être une fille, même la plus jolie du quartier, ne suffit plus pour trouver un fiancé. La conjoncture fragilise la junte féminine, parce qu’à un moment donné tout se tarifie, tout se mérite au point que les relations sociales voire familiales s’en trouvent bouleversées ? L’institution du mariage est devenue un marché comme un autre, donc avec son lot de principes traditionnels tel celui de l’offre et de la demande, c’est dire, pour illustration, qu’il est demandé à la jeune fille d’être jolie, d’être de « bonne famille », d’avoir fait des études, d’avoir des « atouts inégalables »…, bref d’être parfaite, mais pour combien de temps
L’autorité familiale se décante à mesure que les besoins de la jeune fille ne sont plus rencontrés dans le cercle familial, le père n’ayant plus de boulot, la mère ne pouvant plus compter sur l’aide des membres de sa famille. Comment dans ses conditions faire entendre raison à sa gamine, comment lui défendre de se compromettre ? Le pire c’est qu’il n’y a plus de fille de bonnes famille, toutes se valent, n’est-ce pas ? Mais non, il y a encore de la dignité, il se rencontre des filles biens même si cela semble de plus en plus difficile, car être une fille c’est aussi être bien traitée par celui à qui on se fie, c’est être respectée par celui avec lequel on a choisi de faire du (un bout de) chemin.
Combien sont-elles ces éternelles promises au mariage, victimes au cœur en compote d’incessants serments d’un prince peu charmant ? Attendre, elles attendent jusqu’au bout de la nuit, jusqu’aux limites de l’âge au point de compromettre leur vocation à la maternité quand le prétendant perché en Europe, en Amérique et même au pays natal vaque à autre chose sans jamais imaginer un instant qu’il met en péril la vie d’une autre personne, d’une autre famille. Des promesses à l’emporte-pièce faites çà et là dans l’euphorie d’une certaine arrogance comme si la vie était un jeu, comme si une femme qui fanait était un objet d’art à collectionner, rendant vulnérable une âme fragilisée par la force de l’amour.
Pourquoi devrait-elle attendre encore et encore quand le téléphone ne sonne plus, quand l’inexorable chapelet du temps fait défiler les années, elle n’aura plus 20 ans, plus 25ans, bientôt 29 et 30 et c’est la ménopause qui se pointe comme à un rendez-vous. Un beau jour les arguments fusent, je ne suis pas prêt, mes parents ne sont pas pour… oubliant de signaler de passage que le cœur avait changé de camp depuis, qu’il avait trouvé une plus jeune, plus ferme et forcément « plus belle » aux seins levés comme la baguette d’un garçonnet, une autre victime en quelque sorte, comme si la vie était un éternel recommencement. Que devrait faire une femme qui a attendu si longtemps, relancer l’horloge ou se résigner à une vie de vieille fille, bonne à accompagner les autres à leurs noces ? N’est-elle pas cruelle la vie vue sous cet angle-là.
La chose est peu grave, puisque ce n’est que la sœur, la fille d’un autre, blessée dans son amour-propre, atteinte dans sa féminité pour avoir commis le péché de l’amour. Et Tonton convole en dues noces avec une autre, ne dit-on pas que la promesse n’engage que ses seuls destinataires ? Triste sort car la promesse n’était pas un serment de jeu de paume, ce n’était qu’un petit jeu, une « erreur » dit de jeunesse qui brise un cœur un être à jamais. Ringard !
Par Titi Sidibé
Correspondant de www.nlsguinee.com à Bruxelles
Rédacteur en chef de www.guineecitoyens.org
Pour www.nlsguinee.com