lundi 25 février 2008
C’est avec un brin de gêne que je compose les lignes qui vont suivre, c’eut été tellement souhaitable, pour moi, de faire l’éloge du Premier Ministre comme ce fut le cas quand je m’étais laissé emporter (il y a quelques mois) par un élan d’enthousiasme né d’une « baisse des prix ». Je titrais : Kouyaté fait vendre.
Sans parler de désenchantement n’est-il pas plus logique de constater une occasion manquée par l’équipe Kouyaté de rendre à la Guinée ce qui lui revient de plus normal en termes de ius naturalis ? Le peuple de Guinée, au prix d’une centaine de martyrs, avait confié à Lansana Kouyaté le soin d’achever sa révolution, de solder le bras de fer entamé avec ce qui n’est ni plus ni moins qu’une dictature. Monsieur Kouyaté avait une obligation de résultat, mais qu’on ne s’y trompe pas, il ne s’agissait nullement de faire de la Guinée par quelque coup de bâton, du jour au lendemain, la Suisse de l’Afrique, il était surtout question d’aider à relever la tête, à ne plus revenir en arrière sur ce que nous savons de plus grotesque du régime Mamaya.
Le système Conté au lieu de marquer le pas par une clarification des rapports entre les fondés de pouvoir et les institutions républicaines (s’il y en a), est reparti de plus belle grâce non à la complicité, mais à l’angélisme de Lansana Kouyaté. Ce que nous croyions moribond est aujourd’hui plus vigoureux que jamais, les pratiques que nous rechassions se sont réinstallées dans notre quotidien avec leurs lots d’arrogance. En vérité le Premier Ministre choisi « par tous » s’est révélé un compagnon comme un autre de Lansana Conté, un participant très actif à la procession qui est entrain de mener le peuple de Guinée à l’échafaud, car ni les pratiques clientélistes du « camp » présidentiel ni l’aberration de l’association des concepts « chef de village » et chef de l’Etat, ni même le mépris de l’Etat de droit par le président n’ont convaincu Monsieur Kouyaté de reprendre la valise diplomatique.
Il fut un moment où les plus naïfs, à commencer par l’auteur de ces lignes, avaient juré, la main sur le cœur, sur la fin du Mamaya, sur l’entame de la consécration du courage politique dont tout citoyen Guinéen pourrait s’estimer bénéficiaire. Les syndicalistes qui auraient les premiers souhaité la nomination de Monsieur Kouyaté ont tant de fois souhaité venir à son secours pour limiter l’humiliation qu’il continue de subir du chef de l’autre nommé Lansana ( …Je suis le seul chef dans ce pays, les autres sont mes subalternes, ils font ce que je décide…). Les syndicalistes n’auraient sans doute pas pu démissionner à la place de leur diplomate de Premier Ministre. Dire que les diplomates n’ont pas peur de s’en aller !
Tristes précédents que ces jusqu’au-boutistes qui ne sauraient ouïr le son démission, et ce quelles que soient les raisons en jeu et surtout pas pour une vague idée de « l’intérêt générale » : citons Sydia Touré, Lamine Sidimé, Cellou Dallein Diallo…et (désormais) Lansana Kouyaté. Il est injuste que Justin Morel paie le prix d’un manque de courage politique, qu’il soit débarqué d’un navire en perdition alors qu’il tenait à le redresser, mais Kouyaté est parti avec l’autre Lansana, il se dit même qu’un certain Fodé Bangoura (ex détenu) est revenu au « château ». Ah le Mamaya, qui pourrait échapper au folklore le plus ridicule mais hélas le plus déshumanisant. Les familles des victimes de la répression de décembre 2006 auront un commencement de justice quand Kouyaté aura remis le tablier.
Toutefois, il est regrettable d’entendre ça et là, de lire sous la plume de gens peu sincère, des attaques à caractère personnels et ethniques à l’encontre d’un concitoyen qui tire sa légitimité tant de sa citoyenneté guinéenne que du fait d’avoir été choisi « par le peuple ». Ces attaques sont souvent dirigées voire diligentées au point que leurs auteurs manquent en objectivité et en modération, elles n’ont pas lieu d’être dans une société qui se veut démocratique, elles affaiblissent notre sentiment du bien commun.
Kouyaté a participé au retour en force d’un pouvoir que plus personne ne voulait, est-ce cela être incompétent ou traître ? Non à mon avis, mais il est tout simplement un « homme politique » qui a manqué de classe de démissionner. C’est une question de responsabilité et de vision de l’intérêt général, le pire serait qu’il continue d’observer, impuissant, à la course effrénée que mène actuellement le pays vers une impasse. Où est passé Monsieur Kouyaté ?
Par Titi Sidibé
Correspondant de www.nlsguinee.com à Bruxelles
Rédacteur en chef de www.guineecitoyens.org
Pour www.nlsguinee.com