mercredi 20 février 2008
Posez la question suivante aux candidats au prochain baccalauréat sciences sociales pour créer le scandale d’une épreuve insurmontable : Quelle est la position du régime Mamaya par rapport au défunt régime du Sily ? Les réponses fuseront dans tous les sens, toutes auront le mérite de récolter le maximum de points parce que toute réponse saura être justifiée comme correspondant à une période donnée des vingt-quatre dernières années de règne du régime actuel. Tout d’abord, l’avènement du CMRN sonne le glas d’un régime qui avait marqué son temps par son lot d’abus nés de la période post-indépendance, c’était signé et juré le PDG était fini, il fallait compter avec les sauveurs du CMRN, tourner le dos au régime « moyenâgeux » et « liberticides » pour laisser la place à une nouvelle ère, celle de la « démocratie de redressement ».
Sa bara a ma findhi, entendez les temps ont changé, la dictature est révolue, un vent nouveau souffle sur la Guinée, tout cela orchestré par les images insoutenables de persécutions perpétrées sous le « règne » PDG, les visages de prisonniers cadavériques fraîchement sortis du Camp Boiro assénaient le dernier coup sur la conscience du peuple. Des horreurs avaient été commises au nom du peuple, des jugements expéditifs et consécutifs à des accusations préfabriquées avaient été mis au jour. Désormais la ferveur populaire pour le nouveau régime grossissait à mesure que l’aversion pour le défunt régime se répandait jusqu’aux partisans de Sekou Touré. La pensée unique prônée par le président Conté et son comité (en treillis) allait clairement dans le sens de la condamnation du « père » de l’indépendance de la Guinée, sans pour autant aller jusqu’à lui denier les bienfaits de celle-ci. Il fallait effacer toute trace du passage du régime « révolutionnaire » par la case Guinée, ses dignitaires qui avaient eu peine à s’insérer dans le nouveau système devaient disparaître d’une manière ou d’une autre. Bref le système Sekou Touré était à rejeter, ses idées n’avaient pas droit de cité…
Ensuite, la nécessité de justifier un autre régime totalitaire et nombriliste se fit ressentir plus que ne l’avait été le premier du genre, confronté à la réalité du pouvoir Lansana Conté se devait de trouver un slogan, faute d’idéologie, pour légitimer son régime teinté du culte de la personnalité : on ne change pas une équipe qui perd, retour à la case départ, retour aux survivances du parti unique : les opposants à la politique de Mamaya seraient animés des mêmes intentions que celles que nourrissaient les « contre-révolutionnaires » : les « ennemis de la Guinée ». Diaboliser ses opposants fut l’une des meilleures parades pour le général président, guide de la Mamaya pour repousser les prétendants à la magistrature suprême, ceux-ci ne pouvaient être différents des mêmes individus qui « avaient combattu » l’indépendance du pays, les traîtres, disais-je… Ainsi revint l’ami Sekou par la fenêtre, la révolution fait, à nouveau, recette, qui d’autre serait mieux indiqué pour mâter l’esprit patriotique ? Un palais baptisé du nom de fama, des évocations publiques des bienfaits d’un régime longtemps vilipendé ne faisait plus rougir personne. Deux régimes deux visages, un désastre, le régime Mamaya qui donne l’impression d’un passage à vide peut se vanter d’avoir inventé deux choses : la paix et le culte du souvenir non encore inventorié ( faute de vrais débats) de Sekou Touré, voilà deux des pistes de légitimation ( fantômes) du pouvoir en Guinée aujourd’hui. Il faut ajouter à cette liste une armée prête à tirer sur le peuple comme pour remplir sa part du contrat de sauvegarde( de pérennisation) du régime.
Lansana Conté après Sekou Touré, rupture ou continuité ?
Par Titi Sidibé
Correspondant de www.nlsguinee.com à Bruxelles
Rédacteur en chef de www.guineecitoyens.org
Pour www.nlsguinee.com