mardi 12 février 2008
Il m’arrive d’imaginer un père expliquant à son fils(ou à sa fille) pourquoi il(ou elle) ne peut plus aller à la mer. Il fut un temps ou l’accès à la mer était un « droit naturel » pour les habitants de quartiers côtiers de Conakry : de Gbessia à Dabondy, de Bonfi à Coleah et Boulbineh…
Pour ceux d’entre nous qui ont passé leur enfance dans ces quartiers de pêcheurs, la beauté de la mer et l’étendue d’une vue imprenable sur l’infini étaient choses banales, choses quotidiennes, j’allais dire. Il était normal d’aller se balader au bord de la mer, de profiter d’un moment de lecture paisible sur un rocher ou de s’adonner à la pêche tout simplement. C’était un mode de vie. Aujourd’hui, l’accès à la mer est de plus en plus difficile pour ceux qui n’ont pas eu la présence d’esprit (mais c’est insuffisant) et les finances pour s’acheter une parcelle « de la mer. »
Fin des années quatre-vingt, et même avant pour ceux qui étaient nés, nous avions vu débarquer dans nos quartier par vagues successives des magnats de je ne sais quoi, s’installer sur nos côtes sous le seul prétexte qu’ils y ont acquis une propriété, sans que personne ne puisse identifier celui qui leur a cédé « son bien. » Dire que la mer n’appartient à personne.
N’ayant pas le profil d’un Marxiste pour contester le droit de propriété de Monsieur X, qu’il me suffise de démontrer l’abus de droit auquel ces personnes se livrent aux dépends des riverains les plus souvent démunis. En effet comment comprendre qu’un bonhomme qui acquiert une petite parcelle au bord de la mère, se fait construite une maisonnée la première année, ferme les accès à celle-ci la deuxième ou la troisième année, et puis repousse les vagues au point qu’il se retrouve propriétaire ( moi je dirais détenteur) d’un domaine autrefois propriété de tous. Les piroguiers peineront désormais à traverser le littoral d’un bord à l’autre, les écoliers qui allaient réviser leur leçon sur les rocher prendront le risque de se faire mordiller par « Milou ». Et personne n’osera dire quoi que se soit, parce que le plus souvent, le Tonton est protégé, un gros bonnet sans doute
En l’absence d’un minimum d’Etat de droit, de justice distributive l’on ne saurait s’étonner, avec raison, de voir de telles pratiques, de telles injustices proliférer dans les quartiers et nourrir des rancœurs. Pires sont ces nouveaux riches, complètement hors la loi, avec bien sûr la complicité des autorités locales et la bienveillance de l’Etat, qui érigent des écrans de mur face à la mer en sorte que le droit de vue et le droit à un certain environnement restent obstrués.
Pour illustration, prenez la corniche de Conakry pour vous rendre au centre ville, Conakry ne serait plus ce qu’elle fut. La politique d’aménagement du territoire dans l’intérêt général cède face à des contingences privées poussées à leur paroxysme. C’est bien là des détournements de pouvoirs dans un flot d’anarchie dont nous essayons tant bien que mal de nous extirper.
Pour sortir de là, il faudra imaginer les moyens par lesquels chacun pourra être placé dans sont droit, il ne s’agira pas de couper la tête au fils du « magnat », ni de lyncher les nouveaux acquéreurs d’un bien autrefois usurpé à la réx populi, mais de faire en sorte que la justice soit le vecteur déterminant des rapports entre personnes, concitoyens de surcroît.
Voilà, fiston, pourquoi tu ne peux pas aller à la mer, mais ça va changer…
Par Titi Sidibé
Correspondant de www.nlsguinee.com à Bruxelles
Rédacteur en chef de www.guineecitoyens.org
Pour www.nlsguinee.com