Côte d'Ivoire : Interview du représentant du RDR en Suisse M Antoine Dieth Oulounego
06 novembre 2005
Les derniers développements de la crise ivoirienne suite à la fin officielle du mandat de l’actuel président M Laurent Gbagbo, le Rassemblement Des Républicains (RDR) de Côte d’Ivoire à travers son représentant en Suisse M Antoine Dieth Oulounego réagit en accordant une interview à notre site www.nlsguinee.com dont voici la teneur :
Ci-contre, la photo de M Antoine Dieth Oulounego, invité par l’Association des Ressortissants Guinéens et Sympathisants à Zurich A.R.G.S.Z, lors de la fête organisée début octobre à l’occasion de l’indépendance de la Guinée.
Nlsguinee: Bonjour M Antoine Dieth Oulounego, vous êtes quelqu’un de très connu dans la communauté africaine de Suisse. Pouvez-vous vous présenter aux lecteurs de notre site www.nlsguinee.com ?
M Antoine Dieth Oulounego : Bonjour. Je suis ivoirien d’origine, précisément de l’ouest de la Côte d’Ivoire. J’ai résidé sept (07) ans à Zurich où j’ai milité dans des associations ivoiriennes et africaines. Je réside depuis un an à Fribourg pour des raisons professionnelles. A l’époque du front républicain, mon ami et frère Jean-Claude GNAHOUA actuellement président du Cojep Suisse et moi avions créé un journal de la communauté africaine dénommé "Le Zurichois" dont Gnahoua était le rédacteur en chef et moi-même son directeur de publication. Vous comprenez que je ne puisse pas être inconnu de mes frères africains encore moins ivoiriens avec qui et pour qui nous travaillons pour la solidarité entre nous africains résidants en Suisse.
Nlsguinee: Vous êtes aussi le représentant du Rassemblement Des Républicains (RDR) de Monsieur Alassane Dramane Ouattara. Comment se porte la Section suisse du RDR ?
M Antoine Dieth Oulounego : Bonjour M. A(Rire !). Je vous voyais venir quand vous me disiez que je suis quelqu’un de très connu dans la communauté africaine. En effet, dans le cadre du front républicain en Suisse, nous avons mis en place une base du Rassemblement des Républicains (RDR) du docteur Alassane Ouattara à Zurich, c’était en 1999. Elle a été validée en section RDR suisse en avril 2000 par le secrétaire aux relations extérieures, le ministre de l’enseignement supérieur du gouvernement de réconciliation de Côte d’Ivoire, monsieur Zémogo Fofana.
Ma popularité au sein de la communauté africaine de suisse comme vous le dites, tire sa référence effectivement du fait que je sois le premier responsable du parti du premier ministre et ex-directeur adjoint du FMI, ADO, en suisse.
S’agissant de la section RDR suisse, elle se porte bien et je dirais même très bien ! Elle vient d’être érigée en Délégation Générale depuis le 16 juillet 2005 lors de la rencontre des délégations et sections du RDR Europe que nous avons organisée avec succès à Genève. Par conséquent l’appellation "section" est aujourd’hui dépassée. Nous sommes désormais organisés en délégation et fonctionnons comme telle! Et je suis le Délégué Général par intérim. Mais vous n’êtes pas sans ignorer non plus que ces derniers mois la configuration politique ivoirienne a changé, avec l’avènement de l’alliance des Houphouëtistes dénommée le "RHDP"; aujourd’hui le combat que nous menons, n’est plus le combat de nous seuls, mais désormais un combat collectif, un combat qui engage la majorité des ivoiriennes et des ivoiriens. Vous nous verrez désormais mener des actions non pas au seul nom du RDR mais à celui de toutes les forces vives qui se réclament du Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP) dont M Moro du PDCI est le porte parole.
Nlsguinee: L’actualité politique ivoirienne est marquée par la fin du mandat du Président ivoirien M Laurent Gbagbo. Comment analysez-vous cette situation inédite ?
M Antoine Dieth Oulounego : Vous avez raison de dire qu’il s’agit d’une situation inédite! Mais en même temps c’est une situation intéressante, d’une part M laurent Gbagbo est pris à son propre piège, c'est-à-dire la constitution qui ne prévoit pas de prolongation de son mandat! Et d’autre part c’est une situation inédite comme vous dites qui offre là l’occasion de s’en débarrasser une bonne fois pour toute! Mais nous ne comprenons pas par quel mécanisme l’ONU veut l’imposer aux Ivoiriens en le maintenant au pouvoir contre une constitution que Laurent Gbagbo prétendait défendre lui-même contre vents et marrés.
Nlsguinee: Le RDR reconnaît-il la légitimité de M Gbagbo au-delà de la fin officielle de son mandat d’autant plus que les Nations Unies viennent de prolonger celui-ci d’une période de 12 mois supplémentaires ?
M Antoine Dieth Oulounego : Il est clair qu’une légitimité que nous avons contestée dès octobre 2000, ne saurait être reconnu après octobre 2005. D’ailleurs la constitution à laquelle s’accroche ce régime vermoulu, ne prévoit pas de prolongation comme je viens de le dire tantôt.
Maintenant la décision des Nations Unies de prolonger d’un an le mandat de M Gbagbo, ne saurait en aucune manière empêcher les ivoiriens dans leur grande majorité de prendre en main leur destin et de s’opposer à l’imposture qui est en train de poindre! Car comprenez que douze (12) mois de plus, c’est synonyme de 12 mois de malheurs et de souffrance de plus pour les Ivoiriens.
Nlsguinee: Il y a eu une grande manifestation de l’opposition à travers laquelle les militants réclamaient purement et simplement le départ de l’actuel Président. Pensez-vous que le départ précipité de M Gbagbo sans une véritable alternative serait la meilleure solution ?
M Antoine Dieth Oulounego : Ecoutez ! De quelle précipitation parlez vous ? Le mandant présidentiel en Côte d’Ivoire est de cinq ans et pas plus. Il prend fin le 30 octobre 2005. L’alternative dont vous parlez est déjà là, il n’y a plus rien à inventer de nouveau ! Ce sont les accords de Linas Marcoussis, c’est tout. M Gbagbo estimait que les accords lui ont été imposés et qu’il devait mener son mandat à terme sans les appliquer. Maintenant que ce mandat est terminé qu’il s’efface pour que ces accords de paix soient immédiatement mis en application pour mettre fin aux souffrances des Ivoiriens.
La solution est toute simple puisque le vide constitutionnel est incontestable, c’est ce que reconnaît d’ailleurs la résolution 1633 du conseil de sécurité des Nations Unies en proposant M Laurent Gbagbo comme président intérimaire pour douze mois. Sinon que viendrait chercher l’ONU dans une affaire qui révèle purement et simplement du peuple souverain de Côte d’Ivoire ? Alors il faut nécessairement se référer à l’accord politique de Marcoussis. Un premier ministre de transition avec les pouvoirs de l’exécutif et de ce fait, tout le monde se retrouve sur le starting-block pour la compétition.
Nlsguinee: Le Président Gbagbo va bientôt nommer un nouveau Premier Ministre ; que comptez-vous faire si le choix du Président ne porte pas sur une personnalité qui vous semble non consensuelle ?
M Antoine Dieth Oulounego : D’abord il faut que l’on s’entende sur un certain nombre de choses ! La résolution des Nations Unies, dit clairement qu’il s’agit d’un premier ministre de consensus, dès lors M Laurent Gbagbo ne peut pas unilatéralement nommer celui-ci!
Dans la mesure où M Gbagbo n’est plus le président légitime qu’il se réclamait, comprenez qu’il ne puisse pas nommer qui que ce soit à n’importe quel poste que ce soit !
Nous ne le reconnaissons pas comme président de la république, ni même comme chef d’état comme veut nous l’imposer l’ONU!
Nlsguinee: La rébellion du Nord (les forces nouvelles) vient de déclarer Guillaume Soro comme Premier Ministre de la Côte d’Ivoire, est-ce une proposition réaliste?
M Antoine Dieth Oulounego : En quoi serait-elle irréaliste ? Je vous repose la question ! Soyons sérieux. Tout le monde sait aujourd’hui qu’en Côte d’Ivoire, il y a deux forces belligérantes, l’une représentée par le Front Populaire Ivoirien (FPI) qui soutient M Laurent Gbagbo et l’autre représentée par les Forces Nouvelles (FN) dirigée par M Guillaume SORO. En dépit de la fin de son mandat, si M Laurent Gbagbo s’autoproclame président de la république de la Côte d’Ivoire, contrairement à la résolution 1633 qui le propose chef d’Etat, il va de soit que l’autre se proclame premier ministre dans un souci d’équité. D’ailleurs, la Délégation Générale RDR Suisse s’est déjà prononcée dans une motion de soutien dont une copie a été envoyée en ampliation à l’ONU à ce sujet. Pour nous si Laurent Gbagbo demeure président ou chef de l’Etat de Côte d’Ivoire, M SORO est la personne la mieux indiquée pour la primature par principe de logique de ce qui précèdent.
Nlsguinee: Quelles conclusions tirez-vous de la crise que traverse la Côte d’Ivoire ?
M Antoine Dieth Oulounego : La crise que traverse la Côte d’Ivoire, est certes complexe, et profonde, mais elle met au grand jour le danger qu’il y a de manquer de vision pour un pays !
C’est le manque de vision qui nous a conduit dans cet enfer que nous vivons ! Vous savez comme moi que la Côte d’Ivoire ne fonctionne pas comme un État normal du fait de la division du territoire en deux parties avec deux autorités distinctes, une au nord et l’autre au sud. De ce fait, un leader politique de surcroît président de la république doit être à même de transcender certaines contingences, être à même de se projeter dans le futur, et être à même de proposer, et non pas s’enfermer dans des considérations nationalistes idiotes et imbéciles, qui ne font que conduire à la catastrophe !
Nlsguinee: Avez-vous une proposition de sortie de crise acceptable par la classe politique ivoirienne ?
M Antoine Dieth Oulounego : La seule proposition qui soit acceptable pour tous est celle qui exige de nos leaders politiques qu’ils se mettent à la disposition de leur parti politique et laisser la place à un vrai gouvernement de transition faire son travail pour la réunification du territoire, la refonte de l’armée de Côte d’Ivoire et l’organisation des élections transparentes, justes, équitables et ouvertes à tous. Vous savez ! Nous vivons une situation exceptionnelle où aucun sacrifice n’est de trop. C’est pourquoi M Laurent Gbagbo doit renoncer par sagesse à ses intentions de se maintenir au pouvoir contrairement à la loi fondamentale. Ne dit-il pas aimer la Côte d’Ivoire ? Ne dit-il pas la défendre au nom de la même constitution ? Alors, qu’il se mette à la disposition de son parti le FPI comme les autres candidats à la présidentielle. Tous ceux qui aiment suffisamment la Côte d’Ivoire, devraient adhérer à cette proposition pour donner la paix à ce pays. Avec un minimum de bonne foi, des uns et des autres, on devrait y arriver. Sinon il n’y a plus rien à inventer il ne reste plus qu’à appliquer !
Nlsguinee: Votre dernier mot?
M Antoine Dieth Oulounego : Nous remercions la communauté internationale pour sa mobilisation au chevet de notre pays malade. Son intervention nous a évité un génocide programmé, notamment l’interposition de la France dans les premières heures. Il est à noter que la France a fait preuve de sang froid dans cette crise ivoirienne. Cela lui a permis de faire le discernement entre ce qu’on a tenté de lui faire croire aux premières heures de la rébellion et la réalité sur le terrain aujourd’hui. Nos remerciements sont aussi adressés à l’ONU pour ses troupes mobilisées pour la paix dans notre pays, à l’Union Européenne et la banque mondiale pour leur soutien financier au gouvernement de réconciliation. Enfin, que mon pays la Cote d’Ivoire retrouve la paix au plus vite ! Une fois la paix retrouvée, et la réconciliation faite entre les filles et les fils de ce pays, je crois qu’on pourra se permettre à rêver à un avenir radieux et oublier ce cauchemar que nous vivons en ce moment.
Je vous remercie.
Interview réalisée par M Ly Elhadji Baila
Directeur Exécutif de www.nlsguinee.com
Depuis Zürich, Suisse.
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