lundi 04 février 2008
C'est à l'occasion de la commémoration des victimes du camp Boiro que nous avons rencontré, Boubacar Baïdy Gueye pour nous parler de l'arrestation de son feu père Amadou Baïdy Gueye (sur la photo), arrêté en 1969 et assassiné par la suite à la même année.
Sur les faits, Bouba Gueye nous raconte les dires de sa maman par rapport à l'arrestation de son père sous l'égide de l'ancien régime.
Boubacar Gueye : " Selon les dires de ma maman : c'est dans la nuit du 26 mars 1969, aux environs de 21 heures, qu'une Jeep russe est venue, elle s'est garée dehors. Un moment après, des militaires sont venus faire irruption dans la maison, et ont demandé après mon père et ma mère les a fait attendre sur la terrasse. Ensuite, elle est allée dans la chambre pour avertir mon père. Ce dernier est sorti et ils lui ont dit que la révolution avait besoin de lui. Il a demandé à s'habiller car, il était en pyjama et il les a suivi par la suite. Et depuis, on ne l'a plus revu. Ma mère a engagé des démarches auprès du président Sékou Touré qui fut étonné et rétorqua que c'est le coup de Ismaël Touré son frère. Il a promis qu'il allait s'en occuper personnellement et que mon père allait rejoindre sa famille dans les heures qui suivent. Et depuis ce jour, ma mère n'eut plus accès à la présidence. C'est pour vous dire simplement que le complot était ourdi par Sékou Touré et son clan "
Parlant des souvenirs qu'il a gardés de son père, Bouba, jeune, se souvient : " J'ai un vague souvenir de mon père car quand on l'arrêtait, j'avais 5 ans. Ce dont je me souviens le concernant, c'est d'abord sa statue. Il faisait au-delà de 1m, 90 de taille. Il s'habillait très souvent en boubou " caftan " de couleur vivante. Il riait avec éclat. Il aimait inviter des amis pour des festins sur la pelouse de notre demeure à Matam. Il me prenait dans ses bras et me jetait en l'air, et très souvent, il me tenait par un pied. Il avait une commette et il aimait à s'asseoir à côté du chauffeur avec un bras au-dessus de la manchette de la portière "
Il était un bâtisseur et défenseur des opprimés. Arraché lâchement aux siens et à bien d'autres âmes meurtries, à un moment où ceux-ci avaient le plus besoin de lui, par la féroce machine sanguinaire de la Révolution. Feu Amadou Baïdy Gueye, n'a pas joui du droit à la différence d'opinion, de pensée et de bien-être social, à cause de ses assassins. Il faisait partie de la bourgeoisie africaine sous l'empire colonial. L'homme était à la fois nanti et généreux. Artisan et acteur des indépendances des pays africains, Baïdy Gueye, n'était pas un personnage anonyme dans la sous région. Homme d'affaires guinéen, au temps colonial déjà, il était à la tête d'un empire financier durement construit. Il savait se mettre au service des plus démunis sans réserve. Il aura largement contribué à l'organisation et à l'édification des jeunes Etats libres de la sous-région. Du Mali à la Côte d'Ivoire, il mettra à contribution son expérience et ses moyens financiers pour l'édification et l'organisation des Etats de la sous-région. De sa propre initiative, il construira la toute première station service Total et bien d'autres entreprises en Côte d'Ivoire, au lendemain de l'accession de ce pays à l'indépendance. Et plus tard, animé de patriotisme, le richissime homme d'affaires guinéen ralliera son pays, la Guinée devenue indépendante, pour apporter sa contribution à l'édification nationale. Doté d'une riche expérience et variée, l'homme aidera rapidement au jeune Etat guinéen dans sa consolidation et son organisation. C'est ainsi qu'il ouvrira plusieurs entreprises d'utilité publique, absorbant le chômage dont la société africaine de développement industriel et commercial et la société industrielle de panification. Ces importantes sociétés créées dans un jeune Etat ont vite placé l'homme dans l'estime et la confiance de la communauté nationale.
Pour la reconnaissance, feu Baïdy Gueye a été nommé président de la chambre d'économique de Guinée en 1965. de nos sources, c'est à ce poste qu'il devait désormais convaincre le gouvernement de l'ancien régime, qui avait le monopole sur toutes les activités économiques, de la nécessité de promouvoir la libre entreprise par l'organisation d'un secteur privé dynamique. Pour la matérialisation de cette vision libérale, il écrira en 1963 une lettre au président Sékou Touré, pour lui faire des suggestions.
Par la confiance aveugle qu'il portait en ce dernier et ne doutant en aucun cas que par ces suggestions adressées à Sékou Touré, président de la République, méprisant et redoutant toute élite et valeur humaine, signaient son arrestation de mort. Et finalement, il focalisait sur lui la jalousie et la méfiance de ce dernier. C'est en 1969 que l'homme fut arrêté dans le prétendu " complot Kaman-Fodéba " Ensuite, il sera accusé d'en être le financier. Et sans aucune forme de procès, l'homme d'affaires finira par périr au camp Boiro en 1971, torturé et assassiné.
Que la lumière soit faite, nous y reviendrons
Par Alpha Ibrahima Touré, l’Enquêteur
Pour www.nlsguinee.com