jeudi 31 janvier 2008
Le syli national ravive à nouveau le sentiment national guinéen au moment où le pays se pose des questions existentielles dont la plus immédiate est ceci : mais où allons-nous ? Poser la question c’est faire le constat d’un passage à vide pour une nation quelque peu figée sur des considérations d’un autre temps, alors que La Guinée s’apprête à « fêter » ses cinquante ans une réflexion sur la fierté nationale n’est nullement surabondante.
La fierté d’appartenir à un pays est présumée inconditionnelle chez tout citoyen, mais il est insensé de partir de l’idée qu’être guinéen suffirait à tout guinéen pour entretenir au fond de lui la joie de l’allégeance au drapeau tricolore. Le sentiment national est quelque chose de vivant dont chaque citoyen, mais les gouvernants au premier plan, se doit de maintenir vivace et non moribond. Chacun dans sa sphère serait dans cette conception l’étalon incontournable de l’écurie Guinée, ainsi aurons-nous le président-citoyen, le footballeur-citoyen, le poète-citoyens… Tous, nous aurons d’abord à nous prémunir de cette première étiquette avant toute autre considération, avant toute autre appartenance. Mais comment ? Comment avons-nous fait pour trahir ce que nous avons de plus vulnérable, ce que nous avons de plus crucial à préserver. En vérité, nous avons commis un crime, espérons réparable.
Ainsi comment être fier d’un pays qui n’a jamais accepté de faire face à son passé, fut-il douloureux, comment laisser se superposer des décennies d’injustices sans prendre la peine de reconnaitre les victimes dans leur droit, les auteurs devant leur responsabilité et les innocents dans leur statut ? Se contenter d’appeler à l’unité et de décréter le pardon suffira t-il ? Bien sûr que non, si nous nous laissons valser par les historiens officiels aidés de ces intellectuels dont la seule notoriété se mesure à la manière dont sont nouées leurs cravates.
Entretenir un sentiment national guinéen au zénith c’est autre chose qu’appeler à soutenir le syli national, c’est bien autre chose que d’appeler à la causerie les seuls individus prêts à collaborer à la banalisation de l’Etat de droit ; Vouloir unir les guinéens, c’est d’abord ouvrir le débat à tous, c’est aussi faire un inventaire sérieux de l’ancien régime et faire le compte de du régime Mamaya, c’est encore réécrire ensemble(et non imposer) de nouvelles règles de jeu politique et c’est surtout rendre justice aux victimes des volontaires de la liberté de décembre 2006, pour que vive La Guinée.
Que construirons-nous en nous imposant les uns aux autres des vérités fausses, des sentiments manufacturés, des deuils impossibles, des joies orchestrées… De la haine à l’état pur, des frustrations sans cesse accumulées, des sentiments de méfiances ethniques couplés au désormais repli sur soi, car si le citoyen n’a pas sa place sous le drapeau de la république il ira le chercher ailleurs.
C’est le propre des gouvernants de donner aux gouvernés la mesure de la chose commune, car guidés par l’intérêt général les premiers se verront reconnaitre la légitimité dont seuls les seconds sont tributaires
Dire que l’écran de fumée formé autour du Syli national reportera à jamais les assises nationales équivaudrait à se fier à une érection matinale pour vanter sa virilité retrouvée.
Par Titi Sidibé
E-mail : sidibetiti@yahoo.fr
Correspondant de www.nlsguinee.com en Belgique
Pour www.nlsguinee.com