vendredi 18 janvier 2008
Actuellement, rien ne semble aller entre la direction et les étudiants boursiers de l’Etat à l’Université Koffi Annan de Conakry. Et pour cause, ces étudiants de la faculté de médecine protestent violemment contre les mauvaises conditions d’études au sein de l’université privée qui se réclament la plus sérieuse dans la sous région Ouest-africaine.
En Guinée, cette université est la plus ancienne des établissements privés que compte le pays. Depuis sa création, on y enseigne des branches telles l’Economie et tous ses embranchements, le Droit, les sciences informatiques et autres. L’année dernière, dans sa politique d’extension, la direction de l’université a jugé nécessaire d’ouvrir une faculté de Médecine pour dit-on tenter l’aventure. Et c’est avec un effectif de 250 étudiants que la faculté sera ouverte. Ces Etudiants comprennent ceux de l’Etat guinéen, qui sont donc boursiers et dont les études sont totalement payées par le gouvernement et ceux des privés, dont les frais de scolarité sont payés par leurs propres parents. Ces frais de scolarité s’élèvent à 2200 dollars US par étudiant, plus les frais d’inscription à 750.000 fg pour les étudiants privés.
Face donc à ce qu’ils considérer comme une mauvaise qualité d’étude, les étudiants se sont tous lancer dans un mouvement de protestation qui a débuté depuis la semaine dernier et qui ne semble pas être résolu encore, malgré l’appel des autorités.
Aux dires des étudiants de cette faculté, le faculté de médecine ne répond pas aux normes exigée d’une faculté digne de nom pour l’enseignement de la médecine moderne, à l’image de la faculté de médecine de l’université de Conakry. Au sein de ladite faculté, tout manque : pas d’enseignants suffisant et de qualité appréciables. C’est du moins l’avis des étudiants grévistes. Au titre d’exemple, le doyen de la faculté serait un simple ATS qui aurait subi des stage de perfectionnement et qui, à lui seul, donne les cours dans 5 disciplines différentes. A cela, il faut ajouter les charges administratives qui pèseraient sur lui aussi. Ce qui de l’avis des étudiants, constitue un bâclage des cours et un laisser aller total.
Ensuite l’autre revendication des étudiants est le manque des documents au sein de l’université, à savoir les livres, les brochures, pourtant nécessaire pour la formation des futurs médecins du pays. Les témoignages des étudiants grévistes ne manquent quant à la dénonciation de cette université privée Koffi Annan.
En voici celui d’une étudiante privée qui a préféré garder l’anonymat : « je suis étudiante en 2eme année, à la faculté de médecine. Moi c’est mes parents qui payent mes frais de scolarités ici. Et mon père paye 2200 dollars comme frais de scolarité et 750.000 fg comme frais d’inscription pour nous les privés. La formation que nous recevons ici n’est pas une bonne formation, car les professeurs ne sont pas compétents et certains par eux s’expriment difficilement dans un bon français. Nous demandons à l’Etat de nous aider pour trouver un personnel enseignant de bonne qualité et en quantité suffisante, car on risque de devenir plut tard des médecins assassins pour notre population... »
Et un autre étudiant boursier de l’Etat de renchérir en donnant son numéro matricule : « je suis étudiant en 2eme année faculté de médecine. Le laboratoire de la faculté est complètement vide. Il ne faut pas croire à ce qu’on vous montre à la télévision pour dire que tout est rose ici. Nous n’avons pas où faire des stages et on nous bourre les têtes avec de simples théories. C’est incroyable ce que nous vivons ici. Demandez d’autres étudiants, ils vous diront plus... »
L’autre problème soulevé par les étudiants est le fait qu’ils ne sont pas reconnus par l’ordre des médecins de Guinée. Or comme dans d’autres professions, l’ordre des médecins est l’organisation de corporation médicale qui réunit tous ceux qui exercent dans le domaine de la médecine en Guinée. Selon les responsables de cette organisation, une Université qui ouvre une faculté de médecine doit se conformer à un certain nombre d’exigences. Et ces exigences sont d’ordre infrastructurel, académique et pédagogique.
C’est du moins l’avis de Mr Barry, vice-président de l’ordre des médecins de Guinée : « La faculté de médecine de l’université Koffi Annan a été ouverte sans notre avis. Or la formation des médecins répond à plusieurs critères. Et à ce stade je pense que les étudiants de Koffi Annan auront de sérieuses difficultés à intégrer les Hôpitaux du pays. Il faut que la faculté soit reconnue d’abord. Il ne faut pas s’amuser avec la formation d’un médecin car on ne doit pas s’amuser avec la vie des populations… »
Face à cette situation de crise, le fondateur M. Ousmane Kaba (voir photo), ancien ministre délégué à l’Economie dans le gouvernement de M Sidya Touré s’est inscrit en faux contre toutes les déclarations des étudiants et autres personnes qu’il considère comme de mauvaise foi, voulant s’en prendre à son établissement privé. Sur les ondes d’une radio privée de la place, il affirme être tranquille avec sa conscience. Et d’ajouter : « l’Université Koffi Annan, dépasse toutes les autres Universités privées de la sous régions en matière d’investissement. Nous avons des liaisons avec des plus grandes Universités africaines et du monde. Et nous sommes confiant de la qualité de l’enseignement que nous donnons ici. Je collabore avec l’Etat à travers le ministre de l’Education nationale pour la formation des fils des guinéens qui n’ont pas les moyens de les envoyer ailleurs. Au lieu de s’attaquer aux gens je pense qu’il faut encourager ceux qui s’investissent dans le pays… »
Le moins qu’on puisse dire c’est qu’un véritable bras de fer est engagé entre la faculté de médecine de l’université Koffi Annan et la direction générale, qui ne semble pas se plier sous les coups de la menace des étudiants. Selon les responsables de l’établissement d’enseignement privé, le mot d’ordre de grève est à exclure dans le privé, comme le souligne le fondateur de Koffi Annan : « Non, dans le privé il n’y a pas de grève. Si vous venez dans une Université privée et que la qualité de l’enseignement ne vous convient pas, vous êtes libres de quitter. C’est pourquoi je dis qu’il n’y a pas de grève ici… » dit Ousmane Kaba.
Tout de même, il est plus que jamais nécessaire que les autorités au plus haut niveau s’impliquent pour trouver une issue favorable à la crise que traverse actuellement Koffi Annan et qui risque de connaître des proportions inquiétantes. Les étudiants sont quant à eux déterminés à jamais de poursuivre leur mouvement jusqu’à l’obtention d’une satisfaction totale.
« En venant ici, ils nous on fait croire que nous serons bien formés et bien équipés durant tout notre cycle universitaire. Ce sont des fausses déclarations, puisque c’est le contraire que nous avons observé depuis plus d’an… », s’indigne un autre étudiant.
Est-il besoin de rappeler à tous que la formation en médecine ne doit pas être prise au pied d’égalité que les autres formations ? La qualité des futurs médecins du pays doit interpeller plus d’uns…
Par Lansana A. Camara
Correspondant de www.nlsguinee.com
E-mail : lansanaminata@yahoo.fr
Pour www.nlsguinee.com