mardi 15 janvier 2008
Est-il raisonnable d'ajouter à ce titre le mot "fin" comme si celui qui écrit ce mot était un juge d'une cour suprême dont le verdict tombe comme un couperet à la fin d'un jugement ? Non, ce n'est pas raisonnable et chacun comprend qu'aucun de nous ne peut à lui tout seul clore un si vaste sujet qui interpelle chaque guinéen. Il s'agit donc pour ma part de signaler que pour un prochain article, je passerai à un autre sujet. Mais pourquoi donc tant de circonvolution de départ? C'est parce que nos concitoyens sont devenus si plaideurs dans l'âme qu'une virgule mal placée ou un s de trop ou de moins leur fait abandonner toute le trame de la réflexion qu'ils lisent pour s'attacher à ces détails et arrêter toutes leurs réactions là-dessus ou même à tourner la page sans l'avoir lue, comme le déconseillait l'article d'Amandaline, citant l'Archevêque Sud-africain Desmond Tutu: "On ne tourne pas une page qu'on n'a pas lue".
C'est précisément dans notre pays qu'on a très souvent pris l'habitude de tourner des pages qu'on n'a pas lues et ce comportement a laissé des traces négatives dans la gouvernance du pays.
Au regard de cet aspect de la mauvaise gestion de la chose publique que nombre de guinéens déplorent , je vais m'efforcer de rappeler quelques éléments montrant que depuis les premières années de l'indépendance de la Guinée, les dirigeants ont méconnu , que dis-je,ont piétiné trois choses importantes, faute, je crois, d'avoir lu, relu et médité l'importante somme de réflexions produites par des Guinéens et des Amis de la Guinée.Ces trois choses importantes méconnues ou piétinées sont: l'esprit de Loi (sans s), le souci (pas le semblant de souci) de l'unité nationale et la pratique (la vraie pratique) du Gouvernement d'union et de démocratie nationale. Et pourtant, je l'indiquais ci-dessus, des guinéens et des Amis qui aiment ce pays , n'ont jamais cessé d'écrire des réflexions importantes sur ces trois choses . Réflexions stimulantes,qui, si elles étaient exploitées, auraient, dans une certaine mesure, aidé nos dirigeants à être plus rationnels dans leurs actions gouvernementales.Au lieu de perspectives de ce type d'évolution, c'est le règne de l'improvisation enrobée d'optimisme sans fondement qui a globalement prévalu jusque là.
Sans procéder ici à une recension exhaustive des écrits des guinéens sur leur pays, on peut citer des exemples très récents de l'extraordinaire herbier que constituent ces apports riches et variés tant dans la presse guinéenne écrite et électronique que dans des ouvrages de qualité. Ces réflexions tentent le plus souvent de mener les guinéens et pas seulement leurs dirigeants vers une appréciation moins subjective des hommes et des choses de Guinée. En effet dans le grand brouhaha virtuel guinéen d'aujourd'hui , la surenchère de l'information ébranle les points de repère et ouvre un terrain formidable au foisonnement des rumeurs et comme le dit Jean-Noël Kapferer : "Plus vieux métier du monde, les rumeurs s'épanouissent sur les attentes favorites de chacun...qui deviennent rapidement les sites les plus fréquentés". C'est en celà que les apports écrits sont d'une grande utilité, car la Guinée rappelle, en ces temps qui courent, un vaste champ cacophonique où il est parfois difficile de savoir ce qui est vrai et ce qui ressort des fantasmes. La cacophonie est parfois d'une telle ampleur qu'on a, certains jours, envie de crier à l'adresse de notre pays : "Guinée de l'espérance africaine de la fin des années 50, flambeau des jeunes nations en quête de respectabilité, de liberté et de dignité, méritais-tu, Guinée, cette descente dans l'insignifiance, 50 ans après? Pouvais-tu seulement le supposer dans ta flamboyance de 1960? Entre l'ordre inhumain et meurtrier de la "Voix de son Maître" de 1958 à 1984 et le déboussolement des esprits depuis lors, par quelle fatalité de l'histoire, n'as-tu pas trouvé un juste milieu? Pourtant , cher Pays, tu ne manques pas , on l'a assez répété de ressources naturelles, tu ne manques pas non plus au dedans comme au dehors de fils et de filles qui ne sont en rien inférieurs à ceux qu'ils ont côtoyés à travers le monde!".Voilà le genre de cris inaudibles que bien des guinéens ont dû pousser. Mais ils savent tous ou ressentent tous que leur problème a toujours été un problème de leader clairvoyant , d'homme d'Etat dans le plein sens du terme : L'homme ou la femme capable de tous les sacrifices personnels pour que la Nation vive. Il ne s'agit pas de ceux qui se sont accrochés à leur fauteuil présidentiel, telles des ventouses de sangsue.
C'est cette conception du pouvoir politique , au plus haut sommet qui a prévalu dans notre pays jusqu'ici et a engendré une culture politique qui n'a pas l'air de disparaître. Cette culture est faite de petites combinaisons, de magouilles dont le simplisme ne semble pas apparaître à leurs auteurs mais dont les effets ont été destructeurs du tissu social guinéen. Un exemple de ce schéma culturel est, semble-t-il, donné par l'actuel Premier Ministre Lansana Kouyaté. Celui-ci est arrivé dans un contexte que tout le monde connaît et qu'il n'est donc pas besoin de rappeler , sinon de dire qu'il y' avait consensus national sur sa nomination à la Primature et sur les missions précises auxquelles il devait s'atteler. Aucun de ses prédécesseurs, nommés par la seule volonté du Président de la République Lansana Conté, n'avait bénéficié d'une aussi bonne conjoncture pour un Premier ministre guinéen. La question qu'on se pose alors et que devraient se poser ceux qu'on appelle les soutiens du Premier Ministre est : Comment se fait-il qu'un Premier Ministre fêté à son arrivée pour règler des problèmes urgents soit tombé en huit mois sous le coup de la défiance d'un nombre non négligeable de nos compatriotes? Au lieu de se contenter des effets d'annonces : "On va faire ceci, on a entrepris celà, les investisseurs sont à nos portes, etc" . Je dis : " Attendons de voir venir, en Guinée, comme le disait Mamadou Diallo MD: on a toujours conjugué au futur" J'ajoute , pour ma part , que l'accumulation de difficultés au long des années ne pouvait pas permettre de les voir résolues toutes en un si court délai ( huit mois),même en une, deux voire trois années, il restera encore beaucoup à faire. C’était un message à faire passer et Lansana Kouyaté ne me semble pas l'avoir suffisamment montré aux guinéens. La feuille de missions n’est pas apparue comme sa priorité à la Primature. Par des voyages incessants et coûteux qui ne vont pas tous peser leur pesant d'or, le PM a lui-même brouillé les cartes sur sa présence à la Primature et sur les intentions présidentielles qu'on lui prête. Et si celà était avéré, il constituerait une véritable trahison de la confiance que lui avaient manifestée les guinéens en début 2007. En effet si le Gouvernement de Lansana Kouyaté avait donné une orientation sans équivoque à la réalisation de sa feuille de missions, il balaierait du coup toute critique sur son comportement.
Ainsi, parle-t-on de l'organisation des festivités pour le cinquantenaire de l'indépendance de la Guinée. Une fête de cette taille va coûter cher à un pays qui a des priorités autrement plus urgentes que la fête. Une fête dans toute société humaine a toujours symbolisé le couronnement d'une réussite individuelle, familiale, villageoise, régionale, nationale etc. Dans le cas de la Guinée, il s'agirait alors de fêter le couronnement de notre réussite nationale au cours de la période 1958-2008.Qui d'entre les guinéens peut affirmer sans une forte dose de cynisme que cette période de larmes, de sang, de milliers de morts (pour rien) et de dispersions de millions de guinéens à travers le monde, mérite d'être fêtée? Le cynisme de cette idée est encore plus révoltant quand on sait que ceux qui veulent cette organisation sont des hommes qui ont sillonné le monde et ont pu comparer l'état matériel et moral de la Guinée d'aujourd'hui à ceux d'autres pays comparables. Ah! Comme les fonds à engloutir dans ces festivités seraient les bienvenus dans des secteurs vitaux de notre pays! : Équipements d'écoles primaires, d'infirmeries etc. Quand est-ce que nous allons cesser de tendre la sébile, sans aucune dignité, en direction des bailleurs de fonds extérieurs et des ONG pour ensuite penser faire la fête? Si tout ce qui s'écrit au sujet de la célébration de ce cinquantenaire est fondé, il révèlerait et pas seulement aux yeux des seuls guinéens mais aussi de certains invités, l'ampleur de l'inconscience de la classe politique au pouvoir face à l'impérieux redressement de la Guinée. Si une célébration des 50 ans d'indépendance était consacrée à faire se rencontrer les guinéens pour un examen global du bilan de la période et l'entrevue des voies alternatives possibles d'avenir, je pense qu'un nombre élevé de nos concitoyens adhèrerait à cette idée (je reviendrai sur cette question dans mon prochain article).
Voir dans l'organisation des fêtes du cinquantenaire une occasion de se forger une place politique serait se comporter comme on l'a toujours fait en Guinée, c’est-à-dire faire fi de l'environnement sociopolitique du pays tout en faisant semblant qu'on y attache de l’importance.
Cet environnement n’a pourtant pas manqué de faire l'objet de réflexions profondes par les guinéens de toutes spécialités, je l'ai rappelé ci-dessus, en disant qu'il suffit de consulter la presse guinéenne écrite ou électronique ou encore des ouvrages mais le pays a continué à être gouverné dans une quasi-absence de schéma directeur de l'action gouvernementale. L’improvisation a presque toujours tenu lieu d'un tel schéma .Je ne résiste pas à l'envie de rappeler que c'est encore le Responsable suprême de la Catastrophe guinéenne qui a introduit dans notre pays ( sous le régime du Parti-Etat) cette culture de l'improvisation dans la gestion de lEtat.
Dans une interview accordée au mensuel Bingo (voir Bingo, Le mensuel du Monde noir n° 181, février 1968, Spécial Guinée, page VI), à la question que le journaliste pose au Président Sékou Touré
: "Avec l'emploi de temps que j'observe depuis plusieurs jours, où trouvez-vous le temps d'écrire vos brochures si nombreuses?", la réponse fut: "Je puis dire que tous les livres publiés sont le fruit d'improvisation..."Même en tentant dans la suite de l'interview de corriger quelque peu ce terme , il s'agissait bel et bien d'un réel état d'esprit. Cette habitude a été poursuivie bien après cette date et c'est une des raisons que dans notre pays il est devenu coutume pour des gouvernants de vite tourner des pages qu'on n'a pas lues et que l'absence de l'esprit de Loi perdure.
Qu'écrivent les guinéens sur leur pays et qui, s'ils étaient lus et médités, aideraient à plus de comportement rationnel?
Sans procéder à une recension complète, je vais me risquer à en indiquer quelques exemples sur les tous derniers mois de l'année écoulée:
- Sur la Toile , une floraison d'écrits qui apportent leurs contributions aux réflexions communes sur notre pays. Ces écrits n'indisposent que des esprits chagrins qui ne devinent pas toute l'ouverture que celà peut nous apporter.Je vais en citer quelques cas et celà n'engage que moi: Amadou Damaro Camara nous a gratifié à plusieurs reprises des contributions substantielles et en tant qu'invité du site kibarou.com ,il a présenté un témoignage vécu sur les évènements de juilet 1985 mettant en accusation l'ancien Premier ministre , le Colonel Diarra Traoré. Camara qui a vécu de très près ces évènements, est sur l'écriture d'un ouvrage qui apportera son éclairage sur cette partie de l'histoire de la Guinée. Des plumes fertiles, incisives mais aussi parfois sarcastiques de ceux qui sont aux aguets pour nous informer et que tout internaute connaît: Ibrahima Kylé Diallo (parfois caustique pour la cause du peuple), Jacques Kourouma (guerrier également pour la cause du peuple), Mamadou Billo Sy Savané (pédagogue dans ses recommandations à la jeunesse et aux militaires guinéens), Dramane Touré (voltairien), Mmes Adji Barry Baud, Madina Kouyaté Barry, Bilguissa Barry, Adama Rabi Youla, M'Boulou Kébé ont continué d'apporter des contributions stimulantes dans nos échanges pour l'évolution de la société guinéenne. Si j'ai cité à la suite leur nom, celà ne procède pas d'un esprit machiste mais c'est tout simplement que celà fait un temps que je voulais dire à chacune ceci et en toute fraternité. Tout ce qui s'est toujours fait dans notre pays a trouvé nos mères et nos soeurs au premier rang. Aujourd'hui encore, si au milieu des milles et une difficulté quotidienne des familles arrivent à survivre, celà est très souvent dû à l'ingéniosité des femmes qu'à celle des hommes. Ceci n'est pas dit pour endormir les femmes. Je le dis avec sincérité.
Malgré la part essentielle des femmes dans la marche quotidienne de notre société, la condition féminine demeure encore un champ fécond de combat. Certaines de vos contributions n'ont d'ailleurs pas attendu mes observations pour effectivement aborder ces questions. Cependant je pense que ce n'est pas systématiquement la revendication de la Présidence de la République qui doit constituer l'ossature de la revendication des femmes. C'est sur le terrain de l'égalité entre hommes et femmes que nos soeurs doivent appeler à se battre. Elles trouveront à leurs côtés de jeunes générations d'hommes guinéens. Cette bataille n'empêche nullement, le moment des élections venu que des femmes soient candidates en 2010. Cette bataille de l'égalité homme-femme constituerait même un thème porteur de campagnes présidentielles. Au Libéria voisin, Mme Ellen Johnson n'avait pas posé , à ma connaissance, un préalable féministe à sa candidature. Le moment venu , elle s'est présentée aux présidentielles, les Libériens ont estimé qu'elle était la meilleure et l'ont élue.Dans notre cas, en Guinée, des femmes ont déjà montré leur capacité à gérer la chose publique, pour ne citer que quelques cas d'aujourd'hui, Mme Rabiatou Sérah Diallo, dans le syndicaluisme depuis 1969,en a gravi tous les échelons; dans les partis politiques,Mme Fatou Bangoura est la n° 2 du RPG, Mme Kaba Rougui Barry a été maire d'une importante commune etc.
Voilà chères compatriotes quelque bribes de mots que je voulais vous dire sans esprit d'attaque ou de polémique.
Ceci étant dit, je reviens à d'autres contributeurs que j'ai remarqués: Cécé Roger Haba, Sadio Barry, Dr Abdoul Baldé, Saïdou Nour Bokoum, Mamadou Oury Baldé, Ansoumane Camara, Dr Mamadou Diallo MD, et j'en oublie d'autres, nous permettent de prendre le pouls du pays.
Des contributions de types travaux universitaires, mais dont les auteurs ont le mérite de les avoir rendus accessibles à un vaste public éclairent sur des questions particulières ( sociétés,économie, droit science politique) et même des compatriotes médecins comme Dr Bangali Kourouma, avaient, il ya quelque temps essayé de traiter de problèmes de santé en Guinée. Les apports dans les domaines ci-dessus cités ont concerné
Une interview de Ousmane Kaba, économiste, ancien fonctionnaire du FMI et ancien Ministre guinéen de l'Economie et des Finances, a permis de lire ses vues sur la vie politique guinéenne et sur l'Université Kofi Anan dont il est le fondateur. Sanoussy Dabo , économiste, a présenté des vues sur "les fonds vautour"; Alia Camara, juriste, sur "les éléments de réflexions sur la fiscalité guinéenne de développement".. Tous deux dans le cadre des activités de l'ACTOG (Association des Cadres et Techniciens d'Origine Guinéenne). De même Djo Kourouma, étudiant, à fait une synthèse sur "les institutions et développement : les coûts de la corruption". Diané Kaba , pour sa part se demande "Qu'est-ce qu'il faut pour la Guinée?", (en trois parties) sur kibarou.com. Touré Ibrahima Sory, juriste, sur le même site: "L'exécutif, le législatif et le judiciaire portent atteinte aux droits de l'homme en Guinée: les droits électoraux institutionnels et objectifs". Mamadou Saïdou Baldé, économiste, fait le point sur "la gestion de la liquidité monétaire en période inflationniste: le cas de la Guinée", Bangoura Lansana, étudiant, "La mondialisation n'est pas responsable ni du retard de la Guinée ni du retard des autres pays d’Afrique".
Pour couronner ce survol trop parcellaire des écrits sur la Toile, il faut citer l'écrivain Tierno Monénembo qui indique sur guineeactu.com toute la problématique de "L'exil et l'écriture", très riche d'enseignement.
- Dans la presse écrite, on a eu la chance de voir passer récemment en invité sur kibarou.com Abdoulaye Condé, Directeur de La Nouvelle Tribune et Président de la Convention des Editeurs de la Presse Libre de Guinée (La CEPRELGUI). J'ai senti se dégager de son interview un journaliste d'une grande probité intellectuelle, dans un contexte que je sens être celui où l'on est constamment sommé de s'aligner et à défaut de le faire , ceux pour lesquels on ne chante pas la même chanson, vous alignent. Je pense qu' il y en a d'autres comme lui à la lecture de Aboubacar S. Sampil du Journal L'Indépendant dans "Le FMI au chevet du Gouvernement" affiché par guineeactu.com.
NB : mon texte était prêt quand j'ai lu la nouvelle interview d'Abdoulaye Condé ,je reviens à lui pour faire les observations suivantes et qui ne retirent rien de l'admiration que je viens de manifester pour le journaliste intègre.
Après avoir participé à la journée du Club DLG, le 12 janvier, Abdoulaye Condé accorde une interview au site kibarou.com dont un passage m'a troublé. C'est celui où il se livre à une énumération à la Prévert des "actions matérielles palpables dont semblaient ignorer de nombreux guinéens de Paris" .Cette énumération, d'un observateur fût-il de terrain, me laisse perplexe car le mode de conjugaison est très souvent du futur ou du domaine de l'intentionnel: 16000 emplois de jeunes créés en huit mois ,, c'est du concret, bravo! mais les investisseurs ont des intentions de financement ; il est prévu de refaire les voies urbaines; la commission d'enquête indépendante sur les tueries de juin 2006 et de janvier-février 2007 a été finalement créée (ouf, c'est pas trop tôt !), car une commission créée n'est pas une réalisation etc . Sans avoir repris toute l'énumération d'Abdoulaye Condé, je lui dis qu'un Secrétaire d'Etat à la Communication d'un Gouvernement n'aurait pas fait mieux et je me dis qu'il est assez averti pour avoir son intime conviction sur tout ça.
Je termine par ceci, Abdoulaye Condé insiste sur la réalité du terrain en Guinée et il a raison.Celà le conduit à une remarque très intéressante qui, assez longtemps n'était pas partagée par beaucoup de guinéens de l'intérieur, savoir que "les guinéens de France accordent une grande attention à tout qui se passe dans leur pays, même s'ils n'ont pas la même analyse et interprétation des évènements...". C'est une vue nouvelle d'un homme ouvert mais ne pas avoir la même analyse et interprétation des faits que ceux qui sont sur le terrain, ne doit disqualifier personne, les uns sont sous la pression des faits, les autres ont parfois plus de recul au niveau de la pure analyse.C'est donc une situation d'enrichissement mutuel.
Je reviens au survol que j'avais entrepris:
- Aux écrits de presse, des ouvrages ,essais talentueux, ont enrichi les réflexions sur la Guinée. C'est le cas d' "Enjeux et défis démocratiques en Guinée (février 2007- décembre 2010)" publiés chez L'Harmattan, par les trois chercheurs (Mme Dominique Bangoura, Mohamed Tétémadi Bangoura et Moustapha Diop ) qui avaient sorti en 2006 "Quelle transition pour la Guinée?" (L'Harmattan). Chez le même éditeur, Alsény René Gomez vient de publier "Camp Boiro, Parler ou périr", témoignage poignant sur sa captivité durant huit longues années (1971-1979) et le préfacier, l'historien Djibril Tamsir Niane souligne à juste titre que ce livre vient d'enrichir la littérature de douleur et donc notre mémoire collective sur ces années de braises de notre histoire nationale.
Le très rapide survol (incomplet, j'en conviens) que je viens de faire sur les efforts de réflexions déployés sur la Guinée, n'est pas fortuit dans mon esprit. C'est pour montrer que malgré ces efforts, ceux qui ont toujours dirigé le pays, ont foulé aux pieds tout texte écrit qui aurait pu les aider à mieux prendre conscience des problèmes posés,au lieu de se complaire dans l'improvisation coupée de courtes périodes de réflexions comme ce fut le cas de la période 1993-1999, où par exemple sous l'égide du Ministère du Plan et de la Coopération,on a vu sortir des documents sur le "Cadrage macro-économique".Au cours des mêmes années, la Banque Centrale de la République de Guinée , publiait un intéressant "Bulletin trimestriel d'études et de statistiques" .Mais c'est la culture d'improvisation qui a globalement entraîné au long des presque 50 années d'indépendance trois comportements dont les effets négatifs se sont cumulés et expliquent l'état dans lequel est englué notre pays.
Il s'agit, je me répète de:
- La méconnaissance de l'esprit de Loi;
-Le faible, si ce n'est pas l'absence de souci de l'unité nationale;
- Le peu de considération dans la pratique du Gouvernement d'union et de démocratie
nationale.
+++a) L'esprit de Loi (et non des lois).
Dans ce domaine,ce qui fait défaut depuis la fondation de la République de Guinée en octobre 1958,c'est, mises à part les apparences, le souci de tout coordonner dans des lois et à s'y tenir : options politiques, économiques et administratives etc . Avoir des lois, faire semblant de s'y conformer mais sans pour autant cesser de les violer,ce n'est pas avoir l'esprit de Loi. Notre Pouvoir judiciaire a toujours compté des juristes de toutes spécialités de haut niveau et celà, aujourd'hui encore plus qu'hier mais Sékou Touré comme Lansana Conté avaient toujours agi dans tous les domaines selon leurs humeurs. Quel exemple éclatant peut-il illustrer cet état de l'absence d'esprit de Loi que celui de Lansana Conté, Président de la République, se rendant en personne, à la prison pour libérer des personnes sous écrous par décisions judiciaires? Ce mépris de l'esprit de Loi n'a d'ailleurs jamais conduit à la suppressionmatérielle de l'armature judiciaire du pays pour après dire "voyez nous avons des lois!" . Nous avons en effet toujours eu une Constitution (Loi fondamentale du pays) comme tous les pays mais qu'on a toujours dépecée quand celà arrangeait le Pouvoir en place . Nous avons toutes les gammes de lois mais c'est l'arbitraire qui a toujours prévalu ,bien des citoyens en sont covaincus et s'adonnent à la débrouillardise que personne ne considère comme très souvent contraire à l'esprit de Loi.
Cet esprit de Loi traduit non seulement un souci d'ordre, de clarté mais également un souci de protection du citoyen, de garantie de tout un chacun contre l'arbitraire mais aussi de sauvegarde du principe de l'égalité de tous devant la Loi. L'absence d'esprit de Loi conduit à la division nationale, favorise politiquement les uns en défavorisant les autres. La Loi, parce qu'elle n'est prévue pour ou contre personne nommée est une protection , une garantie contre l'arbitraire. Elle crée ainsi un état (une situation) de droit.C'est cet état qui manque cruellement à la Guinée et qui a arrangé, arrange toujours les petits pharons qui ont gouverné le pays jusqu'ici.
+++b) Le souci de l'unité nationale.
Si cette question qu'on n'osait même pas chuchoter, au risque de sa vie, sous la 1ère République, demeure une question récurrente c'est qu'on n'y a pas encore trouvé de solution moyennement satisfaisante.Comme sur beaucoup d'autres sujets les dirigeants politiques et leurs sbires appointés ont toujours fait comme s'il n' y avait rien à régler .Reconnaître qu'il ya des problèmes à régler n'est pas en créer mais au contraire c'est appeler à mettre sur table , sans tabou, tous les ressentiments qui s'accumulent en silence et leur trouver collectivement des réponses. Les proclamations et les agitations frénétiques tendant à montrer un fort souci de l'unité nationale, n'ont pas manqué sous le régime du PDG , tout en agissant concrètement parfois dans le sens opposé: Sékou Touré, le grand panafricaniste ,a dans son propre pays , déclaré la guerre en 1977, à une partie de ce pays ethniquement pointé du doigt. En 1985, rebelote! Lansana Conté, pointe du doigt une ethnie également pour "crime de lèse-majesté": velléités de se saisir du povoir du monarque en place. Croit-on vraiment que nous irons en tant que nation vers une unité nationale renforcée en taisant toutes les ignominies commises dans notre pays? La République des Oublies, la République sans Mémoire, voilà ce que réclament certains guinéens. Non! Parlons-en et nous nous sentirons bien après et l'unité nationale en sortira renforcée. Si celà avait été le cas on ne parlerait plus de cette question.Mais il faut ajouter ici que les deux premiers Présidents de la République ne sont pas les seuls en cause mais tous les guinéens qui s'en sont toujours tenus à de louables intentions proclamées et à des promesses jamais tenues , toujours reculées. C'est seulement en janvier-février 2007 que ce schéma n'a plus tenu debout. Des jeunes guinéens ont offert leurs vies pour que la nation vive et peut-être que certains souhaitent déjà qu'on ne parlent plus d'eux : eux qui avaient à un haut degré le souci de l'unité nationale. C'est sur leurs cèdres qu'a surgi l'actuel Pouvoir exécutif dont le chef Lansana Kouyaté ne semble même pas éprouver la reconnaissance du ventre. Comme un serpent affamé qui se serait brusquement trouvé en face d'un rat (le pouvoir; toujour le pouvoir), il semble avoir oublié son engagement moral et politique de faire la lumiére sur le massacre de de ces jeunes vies dont les familles vivent dans la douleur.Il y aurait des enfants des catégories sociales "supérieures" parmi les victimes , la recherche des responsabilités dans cette tragédie en serait-elle au point mort?C'est bien au point mort puis c'est maintenant qu'on dit qu'une Commission d'enquête est créée. A quand cette commission va-t-elle travailler? Où est le souci de recherche d'unité nationale dans tout ça?
¨+++c) Le souci de Gouvernement d'union et de démocratie nationale.
Ce souci découle du précédent.Dans le cas guinéen on ne peut pas parler Gouvernement d'union et de démocratie nationale pour la double raison suivante. D'une part ,celà aurait supposé une situation de multipartisme et d'autre part que le parti majoritaire fasse appel aux partis minoritaires de participer au gouvernement Ce cas de figure ne s'est jamais présenté même après l'introduction du multipartisme en 1992 Je vais néanmoins rappeler l'expérience vécue sur ce terrain. Sur de courtes périodes de notre histoire, il y a eu des tentatives de faire comme s'il s'agissait de gouvernement d'union alors qu'un seul parti occupait sans partage l'espace politique.
Le Gouvernement territorial issu de la Loi-cadre d'Outremer (français) 1956-1958 , donc avant l'indépendance,était déjà composé pour l'essentiel de militants du PDG-RDA. Il avait pour Président le Gouverneur français et pour Vice-président Sékou Touré. Pour la plupart de ministres même militants politiques,ils étaient investis selon leurs compétences techniques. Le Ministre de l'Agriculture et de l'Elevage, était l'Ingénieur agronome en chef français en service en Guinée , faute de guinéen de cette compétence à l'époque.
Les premiers Gouvernements de l'immédiat après-indépendance étaient aussi à l'image d'union et encore d'une petite dose de démocratie dans la mesure où entre camarades des discussions ouvertes se pratiquaient mais pas pour longtemps car par la suite non seulement l'activisme au sein du PDG est devenu le critère principal d'accès dans les hauteurs du Parti ( ce qui est le cas de tous les partis politiques) mais le PDG devenu officiellement PARTI-ETAT, tout personnel de tout niveau du Gouvernement et des entreprises devait en être une émanation. Du milieu des années 60 à la chute du système du Parti-Etat, il n'y eut plus de Gouvernement qui pouvait donner l'idée qu'à ce niveau il existait une préoccupation d'union nationale. Tout procédait de la seule volonté de Sékou Touré, sous couverture de la démocratie populaire du PDG.J'aurais eu envie sur ce point de prendre à témoins des dignitaires survivants du système du PGD mais je suis convaincu d'avance de ne pas pouvoir en trouver qui puisse être d'accord sur l'ampleur de l'étreinte idéologique que le Responsable suprême de la Catastrophe guinéenne exerçait sur les esprits en Guinée. Celà se comprend quand on rappelle ces recommandations pédagogiques de Louis Sénaïnon Béhanzin Secrétaire d'Etat à l'Idéologie de Sékou Touré: "Il faut à tout prix , par tous les moyens que les élèves soient convaincus que Sékou Touré représente la vérité absolue, que lui seul détient les connaissances dont a besoin le peuple guinéen, que seule sa pensée doit servir de modèle et d'exemple dans la formation et dans l'action pour le mieux-être de la Guinée" ( voir "Perspectives Nouvelles n°40, 1974).Si ces instructions s'adressaient aux enseignants de la formation idéologique des élèves, les adultes subissaient le même matraquage à longueur de temps et il fallait l'accueillir avec enthousiasme, d'où
la cristallisations sur cette époque, encore aujourd'hui, de certains vieux hiérarques au rancart. Pour en revenir au Gouvernement de souci d'union, il n'y en a vraiment pas eu sous ce régime. Certes , on pouvait trouver des noms de ministres de toutes les régions guinéennes mais les principaux avaient toujours été des proches du Président (familialement parlant). Les autres avaient été mis là pour faire bien, comme on dit. En effet, un ministre qui vit dans la peur d'être dénoncé par son planton du Ministère (garçon qui distribue le courrier de bureau en bureau) et dont il se sent épié ,est-il un ministre qui peut prendre des décisions? Les seuls ministres étaient donc de l'entourage familal et affidés par mariage du Président. La démocratie nationale qui aurait consisté à poser et discuter des problèmes variés, notamment régionaux était en fait une dictature personnelle.
L'arrivée du Comité Militaire de Redressement National (CMRN), a fait naître entre militaires une courte période de Gouvernement d'union où toutes les régions étaient représentées (1984-1985) Puis Lansana Conté sorti vainqueur de sa cofrontation avec son Premier Ministre Diarra Traoré a carrément inauguré une ère de gouvernement tribal que l'affairisme qui s'apparente parfois à des pratiques mafieuses a discrétidé. C'est après être allé trop loin dans ces pratiques et une fois fortune faite plus que de raison qu'on a vu réapparaître des gouvernements à coloration plus nationale que tribale. Ce qui n'a d'ailleurs pas fait avancer posivement les affaires de la Guinée.
En ce qui concerne le Gouvernement de Lansana Kouyaté, il est difficile de parler de Gouvernement d'union nationale , les membres de ce Gouvernement n'étant pas des élus du peuple donc ne représentant qu'eux-mêmes. J'ai en effet rappeler qu'un Gouvernement d'union est formé d'un parti majoritaire vainqueur des élections faisant appel à des petits partis,qui gardent leur autonomie, à participer à un Gouvernement d'union nationale.Les reproches faits à Lansana Kouyaté ne sont donc pas fondés sur un plan strictement juridique, puisque ni lui-même ni ses ministres ne sont sont issus d'un suffrage de type classique.On n'est donc pas dans le cadre classique d'un Gouvervement d'union nationale.Mais même au niveau d'un Gouvernement de techniciens et compte tenu des frustrations passées ,au regard aussi de notre niveau de développement sociopolitique, un homme d'Etat nouveau, ayant l'esprit de Loi, soucieux de l'unité nationale, débarrassé d'arrières-pensées politiciennes, aurait formé ce gouvernement ,non pas avec une calculette à la main mais en tenant le plus grand compte des critètes de compétence, certes,mais aussi et surtout des variables ethniques et régionales.
Par Ansoumane Doré, (Dijon, France)
E. Mail: ansoumanedore@yahoo.fr
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