dimanche 13 janvier 2008
Son excellence maître Lamine SIDINE, Président de la cours suprême de la République de Guinée, le rapporteur des institutions Républicaines sur la crise, nous a fait avec brio, le compte rendu de la rencontre du Palais du peuple sur la crise qui se couve dans notre pays. Grâce au Journal Diplomate et depuis Paris, j’ai pu suivre l’intégralité des images de la RTG sur la rencontre. Ce qui me met aujourd’hui à l’abri des charlatans et autres troubadours de l’info. Je leur en remercie sincèrement.
Après avoir vu et écouté la version authentique sur la crise, je pense que tout guinéen éclairé comprend que la crise qui commence, est un montage qui a été fait avec un amateurisme primaire par un groupe composé de ministres du gouvernement et de syndicats. Les anciennes pratiques ont la vie dure. Tout commence par un décret d’application fait sous l’autorité du ministre de la fonction publique du gouvernement, décret signé, publié avec brio et félicitation du gouvernement au Secrétaire Général de la présidence Monsieur Sam Mamady Soumah. Deux jours après, certain membres du gouvernement se dénient, début d’une mutinerie au sein du gouvernement. Il a fallu l’intervention de leur collègue de la fonction publique en charge du dossier pour rétablir l’authenticité dudit décret. Le début d’une folie pour un homme normal.
Après, c’est l’interdiction par le ministre de l’information et de la NTI, la diffusion sur les médias publics, le discours des vœux de nouvel an du Chef de l’Etat, sous prétexte qu’il vient probablement du Secrétaire Général de la Présidence de la République, comme d’ailleurs le fameux décret d’application. Nous voici dans un pays bizarroïde doté d’un Régime Présidentiel fort et paradoxalement, un régime où les ministres forgent leur légitimité institutionnelle derrière un accord syndical. Un régime où les ministres n’obéissent ni au Président de la République, Chef de l’Etat, ni à la constitution ; un pays où les enfants en déshérence assassinent un médecin qui rentre chez lui après une nuit éprouvante à sauver la vie à l’hôpital Donka.
Qui sommes-nous ? Où allons-nous ? Que deviendrons-nous ? A de pareils moments, ce sont ces différentes questions qui me viennent à l’esprit, avant de prononcer mon ultime absoute pour les mécréants qui, de jour en jour, enfoncent notre pays dans la souffrance et la misère indigne.
Faut-il encore rappeler ici que notre constitution adoptée en 1990 instaure un régime présidentiel. Tout en reconnaissant la séparation de pouvoirs, notre constitution fait du Président de la République, le garent du fonctionnement des institutions républicaines et cela, conformément à la loi. Donc il joue un rôle central.
Sans faire mention le poste de Premier ministre et chef de gouvernement. La constitution de la république de Guinée accorde le pouvoir au « Président de la république, Chef de l’Etat » en matière de formation de gouvernement, la possibilité de déléguer un pouvoir spécial à un membre de son gouvernement. « Article 39 : Le Président de la République fixe par décret, les attributions de chaque ministre et peut lui déléguer une partie de ses prérogatives » Nous ne devons jamais perdre de vue que, défendre la constitution ne signifie pas défendre un Président de la République, cette vision des trotskistes révolutionnaires, des anarchistes et des Nihilistes ne peut nous conduire que dans les pires des catastrophes.
Ce rappel ci-dessus s’adresse bien évidemment à nos deux syndicalistes et à notre ancien ministre de l’information. Nul ne peut prétendre être un apôtre de la légitimité, l’incarnation de la légalité et de la justice pour un peuple. Je souhaite à notre PM Mr Lansana Kouyaté, qu’un jour, qu’il soit nommé non pas par un syndicat, non plus par un Président de la République, mais plutôt par le peuple (seul détenteur du pouvoir souverain). C’est seulement ce jour là, qu’il mesurera pleinement que c’est le respect de la constitution qui différencie la civilisation de la démocratie à celle de la barbarie. Barbarie démocratique ! Ces mêmes affres qu’un citoyen doit combattre aujourd’hui.
Sans passion, avec la plus grande sérénité, nous devons comprendre et accepter que si , c’est Dieu qui fait un Roi, c’est le peuple qui le couronne. Le PM aurait dû s’en inspirer pour travailler, encore travailler dans la transparence et dans la rigueur budgétaire. Avec sa feuille de route, il avait tout pour réussir mais hélas ! sous pression des zéro, il a fini par confondre vitesse et précipitation. Résultat, son gouvernement est aujourd’hui pour la Guinée, comme un médecin légiste au chevet d’un malade. Qui dit médecin légiste, pense à l’autopsie sur un cadavre. Alors, la Guinée et son « Etat évanescent », devons-nous attendre qu’on nous conduise tout droit à l’abattoir ?
Notre Prince PM a bien bénéficié un capital de sympathie d’un Dalaï-Lama au Tibet. Mais, il n’a pas tardé à le faire fondre comme une boule de neige dans le désert de la Libye. Alors que s’est-il passé ?
Après mon observation de la vie politique guinéenne, j’avancerai une explication aux échecs des primatures sous l’ère Conté, ils sont dus au « syndrome de la primature sous l’ère Conté ». De quoi s’agit-il ?
1- Le syndrome de la Primature sous l’ère Conté : culturellement et historiquement, un homme de pouvoir en Afrique et plus particulièrement en Guinée, est un homme mystérieux, craint, paradoxal, sophistiqué et peu ordinaire. Si le Premier Président de la Guinée avait mis ces critères à contribution pour faire asseoir son pouvoir, l’actuel Président les a tout simplement et volontairement ignorés. Est-ce sa rupture avec le passé ?
Malheureusement, nos hommes politiques, moins que les citoyens, n’ont pas su adapter à cette réalité à leurs conceptions et à l’animation de la vie politique dans notre pays.
L’affrontement devient ainsi, le seul test de l’existence du pouvoir exécutif. Une conception erronée de la démocratie.
Un pouvoir démystifié par la simplicité de son détenteur constitutionnel, pour tout outsider audacieux et prétentieux, ce pouvoir devient un pouvoir à prendre et cela, quelque soit le stratagème à mettre en place. Chacun PM, à sa manière et avec habilité qui est la sienne, avait tenté sa chance. C’est l’examen de passage de Kouyaté à l’école de la primature de Conté. Faut-il les condamner ou non ? A chacun d’apporter sa réponse.
Tombé sous le coup du fameux syndrome, le PM va commettre en plus, deux autres grandes erreurs dont l’une stratégique et l’autre sur la mise en œuvre de son action. Je ne parlerais pas ici du casting déplorable auquel, le PM est parvenu pour faire son gouvernement. Etait-il sous contrôle des syndicats ? Cela ne m’empêche de le féliciter au passage pour avoir dans son gouvernement, des personnes ressources comme monsieur Doré ministre des finances et son homologue de l’agriculture.
Lorsque nous ajoutons à ces deux erreurs, les accords tripartites qui sont inconstitutionnels, vous comprendrez mieux l’imbroglio qui nous conduit inéluctablement à la crise actuelle.
a)- Erreurs de stratégies
Malheureusement, le PM a commencé par faire la politique politicienne c’est-à-dire, contrôler vaille que vaille les leviers du pouvoir sans avoir à justifier ses intentions et sans aucun bilan concret. C’est ainsi, qu’il avait procédé aux nominations des préfets et des gouverneurs des régions sur la base que certain représentant du peuple qualifia d’ethnocentrique. On se souvient encore le cas litigieux du préfet de Dubéréka « Brada ».
Avec la situation qui prévalait, n’était-il pas dans son devoir de PM ?
A la sortie de cette épreuve, un groupe d’opportunistes et démagogues épaulé par une fraction de syndicats troskistes vont saisir l’occasion pour vendre au PM, l’idée de création des comités de soutien. Un butin inespéré dans un pays entièrement envahi par « Conakry sömma-dalà » la misère perpétuelle de conakry-ka. Un terreau fertile pour l’épidémie de soutien qui ne tarda à se propager comme la grippe espagnole et en même temps, tout le monde se pose la même question à savoir :
A quoi serviront les comités de soutien pour un PM dans un régime Présidentiel ?
Seul Mr Manet le président de ces comités de soutien que certain disent juteux, peut nous répondre. Mais ce qui reste clair pour un démocrate équilibré et éclairé, seul la volonté du Chef de l’Etat sur la base du résultat de mission ou de feuille de route demeure, le légitime et fidèle soutien d’un PM. Bientôt un an, depuis que le PM est engagé dans des stériles gageurs de positionnement stratégique. Avait-il réellement besoin pour sa mission?.
Ainsi, son gouvernement n’est jamais parvenu à décliner avec clarté, l’intégralité de sa stratégie. Il est resté sur les effets d’annonce et d’innombrables déplacements extérieurs coûteux pour un pays sous perfusion financière. Son ministre des finances, avec une petite délégation auraient pu accomplir certaines missions avec efficience. Ce constat, a sans aucun doute influé négativement sur la capacité des administrations en matière de lisibilité et la fluidité dans la gestion (efficacité et efficience).
Après la nomination des gouverneurs et préfets, à mon modeste avis, devait suivre l’évaluation du gouvernement. Une évaluation sanctionnée par la proposition d’un remaniement du PM. A la clef, une structure recentrée (une douzaine de départ et une dizaine arrivée des nouvelles personnes ressources) pour préparer avec efficacité, la mise en place du décret d’application. Aujourd’hui, le décret est là, mais la structure gouvernementale est-elle adaptée à l’esprit du mot « consensus national ». Que faire ? Si ce n’ait de créer une crise infondée et irresponsable comme nos syndicats savent le faire et, aux moutons de panurges de les suivre pour la tonte annuelle. N’est ce pas que les camarades syndicats voulaient une publicité internationale ? BBC, RFI et autres interviews de nos vedettes de l’absurde sont bien servis. En prime quelques morts et un médecin tué à coups de cailloux, félicitation Dr Fofana, félicitation Hadja Rabiatou, vous êtes les héros de la nation, vous avez le sens pour fêter un si triste anniversaire.
b)- Erreurs sur la mise en œuvre de l’action
Sans doute, sous le conseil des faiseurs du roi, le PM s’est vite glissé dans la peau d’un potentiel héritier présomptueux d’un pouvoir avec lequel d’ailleurs, il exprime avec ambiguïté ses désaccords. Un véritable jeu de funambule sur une corde raide, si cela s’installait dans la durée, ce sera immanquable la chute. Risque d’une situation improvisée.
Pour tout PM, reprendre une situation aussi délabrée que celle de notre pays, cela ne devait pas se passer sans audité les administrations publiques et mixtes, sanctionner sévèrement les irrégularités (emprisonnement, saisie des biens et licenciement des coupables). Mais faire un tel exploit en Guinée, il faut éviter de jouer à la souris et du fromage. Un grand sacrifice dans un pays où il y a tant de « batoulas » à la recherche d’un nouveau et généreux Dieu.
Selon un article de aminata.com, l’audit promis par le PM mobilise : 15 cabinets « indépendants » pour un effectif de 230 vérificateurs pour 18 ministères ; 3 Secrétariats Généraux ; 8 Régions et les préfectures et 40 établissement à caractères publics. La question qui se pose à ce niveau est à savoir : ces cabinets, sont-ils réellement indépendants ? Deux raisons motivent mon interrogation :
1) Dans une telle confusion et l’étendue de la corruption, le bon sens veut qu’on externalise l’audit pour la transparence et éviter la complaisance. Aucun membre de l’ancien ou d’actuel gouvernement ne devait être rapporteur ou président de cette opération. Si oui, ! il y aura là, ce que je qualifierai de « l’impossibilité morale ». C’est pourquoi je ne comprends pas que, le ministre de lutte contre la corruption soit le rapporteur de la commission d’audit. Cela, malgré la probité dont il jouit. Par avance, nul ne peut prouver que la gestion de la caisse de sécurité sociale a été sans irrégularités. Si c’est le cas, notre ministre pourra t-il transmettre au PM et aux partenaires sociaux et au Président de la République, un rapport d’audit qui ferait état de la mauvaise gestion d’une caisse où il était le patron? Soyons un peu pertinents, on ne pas être juge et partie, ce sera la fin de la transparence ( mot d’ordre du changement ).
2) Historiquement, culturellement et dans notre vie de tous les jours, moi Lansana, j’ai des amis et des connaissances dans les régions de la Guinée. C’est le cas de tous les guinéens. Supposons que je sois un des responsables de la commission d’audit. Avec le climat actuel, croyez-vous sincèrement que je mettrais en prison mes proches amis comme A.Sylla, F.Tounkara, S.Bah, Abdourahamane Barry de Ditine ? Ne soyons pas hypocrites, nous sommes en Guinée ! ( ps : ils ne sont pas dans l’administration publique )
En 1998, l’audit commandé par le ministère des mines au cabinet Pricewaterhouse Cooper sur la gestion de l’usine de Fria reste une référence en la matière. Mr Ghazarossian et Associé avaient fait, un rapport édifiant sur l’ampleur et l’étendu des détournements. Sans sanction exemplaire, ce dossier reste encore d’actualité.
Pour l’instant, nous n’avons pas le résultat de l’audit commandé par le PM mais, il reste clair que ce dernier ne doit pas servir de menace contre les potentiels adversaires politiques. Car cette pratique serait perçue comme un vice de forme et nuirait à la déontologie du changement (transparence, efficience et probité). D’ou la nécessité de le rendre public avant les échéances électorales.
Pour conclure, En 2010, le problème pour la succession du Président va se poser, la Guinée aurait besoin d’un Homme d’Etat au sens Churchillien du terme « Winston Léonard Spencer Churchill », Si la démocratie peut nous aider à résoudre ce problème, tant mieux, elle nous aurait privé des marronniers de la politique. Ce sont tous les guinéens qui seront heureux et fiers. Pour l’instant, rien ne nous donne l’assurance d’une transition apaisée. Si une telle hypothèse s’imposait à nous, ce serait indiscutable l’armée qui ferait l’affaire de la Guinée. Les prétendants à la magistrature suprême sont avertis. Je prie Dieu tout puissant de nous éviter les affres de la crise. Qu’il accorde à notre pays et ses fils, la santé, la paix et la prospérité dans la fraternité. Amen !
Paris, le 12 janvier 2008.
Lansana Bangoura
Courriel : lansanabang@yahoo.fr
Pour www.nlsguinee.com