vendredi 11 janvier 2008
Après la grande grève de janvier et février 2007 qui a conduit à la signature des accords tripartites pour sortir de la crise en Guinée, nous avons constaté vers la fin du mois de décembre, un problème d'adaptation générale. Les anomalies majeures entre la présidence et le gouvernement ont eu pour conséquence de prévoir le déclenchement d’une grève illimittée le 10 JANVIER 2008 par nos syndicats qui avaient organisé en janvier 2007, un véritable mouvement social avec ses revendications collectives opposées aux pratiques du gouvernement d’alors.
La Guinée devient de plus en plus fragile et nous avons le sentiment qui prévaut qu’elle puisse s’enfoncer dans une nouvelle crise dont on discerne difficilement les issues possibles. Cette nouvelle crise qui met en interaction les acteurs concernés par le déblocage, vise à conjuguer des approches et des regards différents sur les voies possibles de son denouement. A ce niveau, il faudrait prendre une mesure responsable qui soit favorable à la protection des manifestants au cas où la grève sera relancée plus tard. Qui pouvait imaginer au retour d’une telle situation après les massacres de Janvier et février 2007, il y a seulement un an!? Les images des corps m’ont pas encore disparu sous nos yeux, de notre Coeur et de notre pensée. Nous avions salué les efforts des sindicats et je pense que nous le ferons autant de fois que nécessaire. Nous aspirons toutes et tous aux changements et si c’est la grève qui soit la seule voie admissible, nous optons pour la grève mais avec des précautions et des quarantines d’éviter des tueries sauvages que nous avons connues l’année passée. L’armée nationale n’a pas hésité d’ouvrir feu sur des manifestants. Cette manifestation dont la plupart des victimes étaient des jeunes gens ne nous a pas laissé un agréable souvenir, j’y pense toujours avec peine. Ce passage n’est pas pour décourager les syndicats dont nous saluons le courage, ni pour minimiser ou négliger leurs efforts, non! Ils ont eu le mérite d’être salués hier et ils ont le même mérite aujourd’hui car grâce à leur movement, pour la cause commune, qui a rassemblé toutes les couches sociales de notre pays (de l’intérieur comme de l’extérieur), nous avons quand même eu pour la premiere fois un premier ministre de consensus, chef de gouvernement choisi selon la reclamation populaire. Il faut reconnaitre ce mérite au mouvement syndical. C’est une déception de constater qu’après tout ce combat, il y a encore quelques cadres de la présidence qui s’impliquent défavorablement dans l’application des accords qui ont conduit à la fin de la grande grève de 2007. Quand des citoyens sont morts suite à une revendication collective fondée sur la satisfaction des vrais besoins humains, et qu’on négocie après une telle tragédie, je pense que les résultats de cette négociation deviennent sacrés, et qu’on devrait respecter les issues. Sinon, on se demande où est la morale. C’est l’acte le seul capable de redonner un sens à nos valeurs comme le respect des mémoires.
Les intérêts humains ne sont pas substituables à un intérêt politique dans un pays indépendant et démocratique comme la Guinée malgré le jeune âge de sa démocratie.
Au niveau du gouvernement, pour établir un bilan pertinent, il convient de distinguer les problèmes généraux qui concernent la Guinée d’aujourd’hui. De nouvelles politiques ont été forgées pour soutenir des reformes engagées par le gouvernement issu après la grande insurrection populaire de janvier et février 2007. Elles ont donné lieu au rétablissement de la négociation entre la Guinée et les institutions financières internationales dont l’obtension du programme formel avec le FMI, puis la confiance s’installe peu à peu.
Tous les Guinéens sont confrontés à cette problématique (notamment nous les jeunes): comment préserver les valeurs héritées de l'après-grève (solidarité des jeunes, s’exposer à la mort pour sauver l’ambition commune), se sacrifier pour tous. C’est là l’exercice le plus sacré de la jeunesse guinéenne dont le méritre et le sacrifice devraient être recompensés. Et pour le faire, ils n’ont pas eu besoin de demander la présence de tous avec eux sur le terrain. Ils ont senti la necessité et ont pris le courage d’accomplir ce sacrifice inattendu de notre époque. Véritable outil de transformation sociale! l’émotion est grande…
Pour que le gouvernement Kouyaté ou n’importe quel autre gouvernement en Guinée puisse répondre aux attentes des populations, il a besoin de ressources consequentes et nous avons vu le gouvernement se battre dans ce sens. Les problèmes actuels provoqués entre le gouvernement et la présidence affaiblissent les capacités d’opérations des services publics qui sont déja insuffisantes pour résoudre les problèmes de notre pays. Nous détruirons la confiance des populations si de telles attitudes sont entretenues au plus haut niveau. Or, les populations Guinéennes, demandent avant tout que les gouvernants apportent une solution à nos problèmes quotidiens et nous encourageons tout gouvernement dans ce sens.
Que Dieu sauve la Guinée
Vive la Guinée.
Par Mamoudou Kouyaté, depuis New York
Email: kouyatasse@yahoo.fr
Pour www.nlsguinee.com