jeudi 10 janvier 2008
Pitié pour les morts, arrêtons les analyses sophistiquées, oublions les arguties juridiques ! Regardons-nous dans la glace et voyez ces 200 morts qui nous interpellent ! Ah oui, vous êtes entrain de chercher les membres de la commission qui tardent et traînent le pied. Et vous autres, vous en êtes à faire le bilan catastrophique du Premier ministre. D’ailleurs vous vous dites, pourquoi suivre ces syndicalistes qui s’étaient arrêtés en si bon chemin, après avoir laissé sur le trottoir les Partis politiques...
O mes frères, regardez-vous dans la glace, ils vous voient, ces jeunes martyrs, ils vous regardent entrain d’ergoter et de mégoter sur des dates, des mots d’ordre ! Vous ne voyez pas qu’ils vous tendent le flambeau pour continuer l’historique course de relais ? Vous avez déjà oublié que les anniversaires, cela se commémore, mais que la danse, la palabre et la mamaya sont indécents dans le SOUVENIR DU DEUIL ?
Après 50 ans d’une crise dont il est inutile de rappeler les étapes, le pays est secoué par un vaste mouvement populaire en janvier-février 2007,conduit par les syndicats et « la société civile », mouvement qui a arraché à Lansana Conté un accord qui institue un Premier ministre chef de gouvernement.
Les populations avaient cependant comme mot d’ordre le départ pur et simple de Conté et la fin de son système qui avait conduit à l’impasse.
Depuis la mise en place de ce gouvernement, le pays est loin d’être sorti de la crise.
De quelque côté qu’on regarde, il y aurait des critiques à faire.
C’est vrai, les syndicats et « la société civile » auraient dû aller jusqu’au bout et exiger le départ du Général Lansana Conté comme l’avaient exprimé les populations, au prix de leurs vies.
C’est également hélas vrai, que les signataires de l’accord tripartite se sont contentés de la mise en place d’un gouvernement dit de consensus avec un Premier ministre chef du gouvernement.
Il y a pire, dès les premiers mois, devant les obstacles qu’il a rencontrés avec le Président, le Premier ministre a plusieurs fois eu l’occasion de démissionner, il ne l’a pas fait. On peut y ajouter des dérives financières d’apparat, une prétendue parfaite entente entre le chef de l’Etat et lui, etc. La crise ouverte par le limogeage d’un de ses ministres, porte-parole du gouvernement de surcroît, prouve tout le contraire et met de facto fin au consensus.
Il est aussi vrai qu’il faut tirer les leçons de cette sortie de crise de janvier-février 2007 par une pirouette juridique, un accord par ailleurs juridiquement bâclé, juxtaposé à une constitution dont le garant est celui-là même dont il est supposé entamer au moins en partie, certaines de ses attributions. Cet accord aurait au moins dû être constitutionnalisé en son temps.
Mais ces leçons à tirer demandent des actes et non des théories. Encore moins des soupirs et des états d’âme.
Il faut se résoudre à réveiller les morts, appeler le peuple, l’acteur principal, qui est lui sans faute, à se remettre debout.
Cela n’est pas suivre ou sauver M. Kouyaté, ni même suivre les syndicats.
Tous ceux qui ont entendu l’appel des populations de janvier-février 2007, sans oublier les morts, doivent s’asseoir autour d’une table, non pas pour négocier un accord avec on ne sait quelles institutions totalement en crise, source principale de l’impasse actuelle, mais pour concevoir théoriquement et pratiquement une stratégie de sortie de crise, c’est à dire proposer les voies et moyens de mettre définitivement fin au système qui nous amenés à la crise actuelle et exiger le départ de ceux qui l’incarnent.
Cette rencontre entre toutes les forces vives de la nation devrait conduire ensuite à un vaste débat national, qui aura à l’horizon immédiat, le changement c’est à dire une nouvelle République, après une réconciliation nationale fondée sur un Devoir de Vérité et de Mémoire, garants d’une paix durable.
La seule voie de sortie de crise consiste en la résolution de la contradiction fondamentale (eh oui, les contradictions existent malgré la chute du mur de Berlin !) qui oppose la grande masse d’une part, et l’ensemble de l’appareil d’Etat, que ce soit la mouvance liée au Premier ministre ou les zombies de la nébuleuse présidentielle, d’autre part. En résumé, il faut appeler toutes les forces prêtes à conduire les masses, à se donner la main pour démanteler ce système.
Et qu’on ne vienne pas me ressasser l’antienne qui consiste à dire qu’« il ne faut pas envoyer nos jeunes à la boucherie ». Il suffit que tous les acteurs du changement vrai disent ensemble ce que j’ai un jour suggéré quand tout paraissait baigner, dans la paix des pourris : Gardez vos milliards et vos palaces cernés de boue, pataugez dans vos Hummers et vos Prados en nous éclaboussant, gardez même l’Etat et vos institutions républicaines, d’ailleurs prenez le Mont Nimba et tout l’or de Siguiri et de Dinguiraye sans oublier la bauxite de tout le Kakandé, allez les planter et les planquer dans des banques étrangères!
Simplement nous, on ne sort pas, on vous laisse tout
Nous pas bougé et donc y a pas drap
Villes mortes c’est tout.
Toute autre approche ne conduirait qu’au pourrissement de la situation, en donnant aux hommes du passé, le temps de reprendre totalement l’initiative. Cela exclut toute idée de négociation avec les « institutions républicaines », qui ont conduit au dévoiement du mouvement populaire, dans un accord tripartite constamment violé par les parties signataires, ce qui nous ramène à la case départ.
Et c’est précisément de cette case départ qu’il faut repartir, mais cette fois en invitant les Paris politiques à reprendre leur place, qui est centrale, et donc à reprendre la direction du mouvement populaire.
Il est temps, grand temps que toutes les forces vives de la nation invitent les syndicats à maintenir et à recentrer la pression sociale, dans le cadre d’une large concertation avec les Partis politiques, et à ne pas sombrer à nouveau dans des manœuvres dilatoires avec ces « institutions républicaines » qui doivent maintenant comprendre qu’elles non plus elles ne sont pas « tenues à l’impossible ». Elles ne pourront pas arrêter le prochain un élan populaire sorti des entrailles du pays.
Saïdou Nour Bokoum, Ecrivain
Depuis Paris
Pour www.nlsguinee.com