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    Guinée : La Guinée en danger

     mercredi 09 janvier 2008   

    Depuis le début de la décennie 2000, la Guinée est confrontée à une profonde crise économique et financière. Cette crise, qui est entretenue par une gestion hasardeuse des ressources publiques, n’est pas étrangère à l’insurrection populaire de janvier 2007.

    Cette contestation trouve ses origines dans la sérieuse détérioration des conditions de vie des populations et une absence totale de perspectives. Par ailleurs, ces troubles se sont malheureusement soldés par une centaine de morts et d’importants dégâts matériels.

    Sur le plan politique, il faut également remarquer que le gouvernement n’a pas engagé de vaste programme de réformes, lequel aurait eu pour base le désengagement de l’Etat et la libéralisation de l’économie.

    L’Etat guinéen se débat dans une crise dont la gravité ne saurait être sous estimée.

    Les problèmes qui se posent à lui sont souvent d’ordre psychologique (rappelons que la Guinée a subi une longue période de dictature) et ethnique. Des clans se sont ainsi constitués, et les arguments de sagesse et de raison ont peu de poids pour les contrer.

    Face aux extrémistes qui se dressent les uns contre les autres avec passion, les modérés sont vite accusés de traîtrise pour ne soutenir aucun des deux camps.

    Pour cette raison, je partage les inquiétudes de tel diplomate guinéen qui entendrait de sa hiérarchie qu’ « il faut que les Guinéens comprennent que se sont les Soussous qui gouvernent » (sic).

    Pourtant, je persiste à croire que les modérés sont majoritaires dans le pays. La difficulté est de les rassembler et de leur donner le courage de résister aux ultras, présents dans toutes les couches sociales.

    Je souhaite rappeler que la Guinée a connu début 2007 une période de crise majeure. Huit semaines et demie de grève générale pendant lesquelles le peuple guinéen a manifesté sa désapprobation devant nombre de problèmes : les détournements d’argent public ou encore l’ethnocentrisme…

    L’état de siège décrété par le général Président le 12 février, a en outre été entaché de violences qui ont fait plusieurs morts.

    Le 22 février, l’Assemblée nationale en session extraordinaire a refusé de proroger l’état de siège. Celui-ci octroyait des pouvoirs élargis aux forces de l’ordre et a servi de prétexte à certains éléments de l’armée et de police pour pouvoir mener une politique véritablement répressive.

    Elle a entraîné des pertes humaines, des dégâts matériels considérables, des perquisitions à domicile avec vols, viols et arrestations ciblés.

    À l’issue de cette crise, après de longues et interminables négociations entre le Président de la République, la société civile et les institutions internationales, un protocole d’accord a été trouvé, et une feuille de route mise en place.

    Le monde nous regarde, qu’il s’agisse de nos voisins ou de nos bailleurs de fond, et ils sont stupéfaits par la violence de nos querelles et l’impossibilité que nous affichons à trouver des remèdes…

    Bien entendu, les critiques sont également internes, et je pourrais vous citer nombre de textes et d’articles marqués par la plus grande outrance.

    Il nous faut retrouver le sens de la mesure : dénigrer notre pays ou entretenir un pessimisme latent ne saurait, à terme, qu’aggraver encore la situation.

    Et en effet, avons-nous oui ou non des problèmes ? Traversons-nous oui ou non une crise ? Non, nous ne sommes pas une nation en déclin. L’idée de déclin contient quelque chose d’irréversible, de fatal …

    Elle contient dans son essence un fatalisme qui conduit au renoncement… Si la crise est un moment qui, j’en conviens, s’éternise parfois, on peut s’en sortir à force de volonté. Là est toute la différence.

    Tous les pays ont leurs problèmes. Si la Guinée connaît une période difficile, il ne faut l’imputer ni aux Soussous, ni aux Malinkés, ni aux Peuls ou aux Forestiers... Le problème trouve sa source dans la mal gouvernance, une minorité considérant que le pays lui appartient. À cela s’ajoutent les difficultés économiques qui entretiennent cette situation.

    Ces difficultés économiques et sociales sont les vrais problèmes. Pour les résoudre, il faut que les modérés s’unissent.

    Ceux qui prennent la responsabilité de déclencher une grève générale pour défendre leur intérêt particulier s’exposent à des actions en justice.

    Elles seront initiées par notre organisation non gouvernementale (en accord avec Amnesty International) et avec les Parquets de Paris et de Conakry, selon un dispositif mis en place l’an dernier.

    Nous avons aujourd’hui l’avantage de connaître par l’intermédiaire de la Banque de France les cordonnées bancaires de chaque titulaire susceptible de faire l’objet d’une poursuite judiciaire, pour lui-même, mais aussi pour sa famille.

    Les plus hauts responsables l’Etat qui distribuent de l’argent dans les quartiers pour inciter les citoyens à lancer une grève générale doivent d’abord faire cette proposition à leurs enfants, installés en Europe et aux USA, et en sécurité dans des villas cossues.

    Malheureusement, beaucoup de mal a déjà été commis, et nous ne pouvons que déplorer les victimes de viol, d’assassinat, et partager la douleur de tous ceux qui ont perdu un membre de leur famille…

    Je fais solennellement appel au bon sens des syndicats, une grève générale pouvant avoir des conséquences catastrophiques pour nos populations les plus démunies. À ce titre, nous soutenons la démarche responsable du Conseil National des Organisations de la Société Civile Guinéenne (CNOSCG). Il faut absolument privilégier une démarche de dialogue et de concertation avec tous les acteurs concernés, afin d’aboutir à un accord global qui permette de sortir définitivement la Guinée de cette impasse.

    Nous condamnons la grève générale, encourageons la poursuite du dialogue et souhaitons la mise en place d’un gouvernement d’union nationale, ainsi que l’organisation rapide d’élections législatives.

    Le Président de la République et le chef du Gouvernement sont garants de l’ordre public, et, en tant que tels, nous affirmons qu’ils répondront devant les tribunaux internationaux des victimes qui auraient eu à souffrir d’une telle grève.

    Par Ismaël BAH
    Président de la Fédération des Associations des Guinéens et Africains de France
    (Organisation Non Gouvernementale)
    Pour www.nlsguinee.com


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