samedi 05 janvier 2008
En signant le décret qui a mis fin aux fonctions de ministre de la Communication et des NTI de Justin Morel Junior le général Lansana Conté violait-il pour la première fois les accords signés le 27 janvier 2007 qui, on se le rappelle, avaient conduit à la nomination de Lansana Kouyaté au poste de Premier ministre, chef du gouvernement ? Les syndicats, la société civile et Lansana Kouyaté ne devaient-ils pas réagir depuis que le général Conté s’est mis à mettre fin aux accords ? Faut-il, aujourd’hui, soutenir le gouvernement Kouyaté dont le bilan a été si bien décrit dans le message à la nation attribué à Lansana Conté ?
Remplacer le gouvernement de consensus …
La rupture au sommet de l’Etat est grande. D’un côté, le chef de l’Etat, Lansana Conté, qui n’a jamais accepté ce qu’il a toujours considéré comme une humiliation : se voir dépouiller de certaines de ses prérogatives, pour ne pas dire tout simplement de son pouvoir. Autour de lui, tous les anciens dignitaires, civils et militaires, avec lesquels il a instauré un système politique mafieux et népotique.
De l’autre, le chef du gouvernement, Lansana Kouyaté, qui n’a jamais su porter les habits de chef de gouvernement que les guinéens ont confectionnés pour lui, ou toute autre personne qui aurait été appelée à assumer cette charge. L’homme Kouyaté, fort du soutien des forces syndicales, de la société civile et pratiquement de l’essentiel de la classe politique, a semblé passer son temps à être un commis de l’Etat, un subordonné de Lansana Conté, plutôt que le chef d’une équipe chargée de remettre le pays en état de marche, comme défini sur la feuille de route signée notamment par le général Conté. Il pouvait éviter à la Guinée cette crise qui se dessine aujourd’hui et qui devrait normalement l’emporter avec toute son équipe.
Rupture définitive ?
Faut-il croire que cette rupture au sommet de l’Etat sera définitive ou alors que les 2 Lansana sauront s’accommoder et repartir sur de nouvelles bases de partage du pouvoir ? Si certains analystes estiment «que cette fois-ci l’on devrait plutôt parler d’une rupture définitive vu les positions que semblent adopter chacun des camps», et d’autre, eux, «pensent que Kouyaté va accepter les conditions de Conté car, son gouvernement parle plutôt de dialogue au lieu de démission».
Pour ceux qui croient en la rupture définitive, ils soutiennent qu’ «en exigeant le retour inconditionnel de Justin Morel Junior au gouvernement et ce, même avec l’appui des syndicats et de la société civile, ils auront en face d’eux un Lansana Conté qui est plus puissant qu’il ne l’était l’année dernière. A la différence de l’année dernière, cette fois-ci, il n’a pas de bilan à défendre. Ce sont ses adversaires, Lansana Kouyaté, Justin Morel et le reste du gouvernement dit de consensus qui ont un bilan à défendre. Et ce bilan parle de lui-même : négatif sur tous les points. Et les Guinéens ont apprécié le contenu du message à la nation attribué au général Conté et qui a motivé le limogeage de Morel».
… par un gouvernement d’union nationale
«Cette fois-ci, Lansana Conté ayant fait une analyse que partage tout le monde, il a donc les moyens de s’imposer et de faire des propositions concrètes en demandant par exemple à tous les partis politiques, aux syndicats et à la société civile de s’entendre pour la formation d’un gouvernement d’union nationale et de définir un programme clair de 2 années, qui finirait avec son mandat en décembre 2010». Est-ce ce qu’a compris le camp présidentiel pour attaquer l’équipe du chef du gouvernement ? Possible, surtout que de nombreuses semaines l’on a cessé de parler de remaniement ministériel, de changement de premier ministre.
Si le général Conté opte pour la composition d’une nouvelle équipe gouvernementale en concertation avec toutes les forces politiques, syndicales et sociales du pays, il est fort possible qu’il sorte gagnant de cette confrontation avec le gouvernement Kouyaté. «Mais, avertissent ces analystes, s’il se laisse entraîner par son entourage, dans une logique de retour des Mamadou Sylla, Fodé Bangoura et autres Kassory Fofana, Cellou Dalein ou Eugène Camara, qui ont plongé le pays dans la crise économique, financière et politique qui a connu son paroxysme il y a un an, en janvier et février 2007, ce sera la fin pour beaucoup en commençant par lui-même. Et c’est ce que chercherait Kouyaté et… Kadhafi».
Mais d’autres analystes ne sont pas de cet avis. Pour eux, «Kouyaté va chercher à pousser Conté à s’enfoncer et le laisser faire jusqu’à ce qu’il se mette à nommer ses anciens collaborateurs Fodé Bangoura, Kassory Fofana, Eugène Camara, Cellou Dalein Diallo, etc. Et là, les guinéens vont descendre dans les rues pour exiger la fin de Conté et le soutenir. C’est la raison pour laquelle, il n’est plus question de démission collective du gouvernement. Et Kouyaté pourrait même à cet effet, accepter le remplacement de Morel par Issa Condé et le départ de certains membres de son gouvernement, qui le feraient en solidarité pour leur collègue Justin Morel Junior».
Pour ces derniers, il faut savoir que «Kouyaté, comme il l’a dit à l’AFP, ne va pas démissionner. Il va attendre que Conté le démette. Mais le président ne pas oser le faire vu que les populations ont commencé à descendre dans les rues pour exiger le retour de Justin Morel à son poste».
Longue semaine
Ce qui est certain, c’est qu’une longue semaine de concertations va s’engager à Conakry. Si, comme le croient des commentateurs «Kouyaté et son gouvernement disent qu’ils ne vont pas s’asseoir à la même table que Issa Condé, appelé par Lansana Conté pour remplacer Justin Morel Junior, il faudrait alors savoir que de son Conté, Lansana Conté pourrait tout simplement demander aux médiateurs syndicaux et de la société civile, ainsi qu’aux représentants des institutions républicaines et ceux de partis politiques, de constater que le gouvernement de consensus n’a pas été en mesure de soulager les problèmes des Guinéens et donc, qu’il faudrait plutôt le faire remplacer. Et pour cela, le général Conté n’aura qu’à sortir les constats écrits en juin, juillet et août derniers par les syndicats et la société civile, ou ces forces dénonçaient l’immobilisme et les mauvaises décisions du gouvernement Kouyaté».
Syndicats et Société civile sont-ils montés rapidement en première ligne aux côtés du gouvernement Kouyaté ? On peut le croire. Car ce n’est pas la première fois que le camp présidentiel s’est mis à imposer au chef du gouvernement des choix et des décisions. Certes que c’est la première fois que le chef de l’Etat renvoie un ministre et le remplace par un autre sans consulter le chef du gouvernement. Toutefois, il l’avait déjà dit en juin dernier, 3 mois seulement après la formation du gouvernement Kouyaté qu’il est le seul chef, les autres sont ses subordonnés et qu’il pouvait les renvoyer à tout moment. Et si Lansana Kouyaté avait répliqué en ce temps, pour contredire le général Conté, sans doute que le chef de l’Etat aurait compris qu’il n’avait plus ce pouvoir vu les accords signés.
Lansana Kouyaté qui n’a pas su assumer ses fonctions de chef du gouvernement, et qui a compris qu’il ne pourrait pas être candidat lors des prochaines présidentielles, voudrait peut-être se libérer pour se positionner. C’est à ce niveau qu’il faudrait décortiquer le message qu’il a transmis par l’AFP lorsqu’il a dit : «je ne vais plus reprendre ma valise pour l’étranger. Je resterais ici et c’est ici que je vais me battre ». N’a-t-on pas dit qu’il a déjà un parti politique et suffisamment de fonds pour battre campagne en comptant sur les préfets et gouverneurs qu’il a fait nommer ?
Dans cette confrontation qui fera un gagnant, probablement Lansana Conté s’il accepte de former un nouveau gouvernement d’union nationale et un perdant, Lansana Kouyaté, vu qu’il attend sa destitution et compte après sur la réaction de la rue, il faut tout simplement souhaiter que cela puisse se passer da manière pacifique sans que le sang ne coule.
Baldé Ibrahima Sory, Montréal
E-mail : isbalde@yahoo.ca
Pour www.nlsguinee.com