Guinée : DÉVELOPPEMENT DU SECTEUR PRIVÉ : LE DÉSENGAGEMENT DE L'ÉTAT, UNE NÉCÉSSITÉ POUR LE DÉCOLLAGE ÉCONOMIQUE
29 octobre 2005
A l’époque où le pain était sous strict rationnement et un pantalon de blue jeans un luxe inaccessible à maintes personnes, le Comité Militaire de Redressement National prenait la bride du pouvoir en 1984 et désignait Lansana Conté Chef de l’Etat. Le peuple tout entier témoigna sa satisfaction à l’avènement de ce pouvoir qui devrait marquer la fin d’une sanglante répression et le début d’un grand espoir.
Des mesures draconiennes avaient été envisagées pour raccommoder une économie tout à fait en haillon afin de sortir la Guinée de son paillasson de misères et élever d’un pouce, au moins, le niveau de vie du Guinéen. Cinq années plus tard, on commença à dire c’est trop. L’espoir s’est en fait effondré peu à peu comme un château de sable dans le Sahara.
L’illusion entretenue par des programmes alléchants et des discours pompeux s’est également effondrée parce que tel on le croyait, la « Baguette magique » du Général Président n’a pas pu résoudre les problèmes rationnels qui nous dévorent au quotidien.
C’est notamment l’état de nos routes qui, pour la plus part, ne sont bonnes que pour le Paris-Dakar-Conakry ou N’Zérékoré. L’eau et l’électricité sont rationnées comme le pain de jadis. Bien que les soins de santé primaire sont relativement peux coûteux, l’état de nos hôpitaux et cliniques reste piteux. Une ordonnance médicale représente un ticket de voyage au pays où reposent nos arrières grands-parents. Tout simplement parce que notre Franc est recouvert de gombo lui permettant de glisser très facilement sur la forte pente d’un gouffre sans fond qu’est notre économie. Les prix eux s’élèvent vers le ciel sans aider les salaires à sortir du gouffre qui ne fait que les engloutir. A cela s’ajoute la coulée des liquidités des coffres très peu étanches du trésor public vers l’inconnu.
Boum ! arrivent sur Conakry les « tracts », les « marches pacifiques », la « ville morte », les émeutes avec leurs morts et leurs blessés, des femmes matées et ramenées au foyer, des « appréhendés » commandités par M. Personne, l’Université en congés forcés en pleine année scolaire, la voiture du Patron de l’Education brûlée.
Aussi, Kamsar et Fria, les citées minières, prennent leur part du déluge de la violence de ces années 90-92. Kankan et N’Zérékoré également, Siguiri et Kindia ne restent pas indifférentes. Kouroussa et Kissidougou n’en souffrent pas peu et prennent leur quota.
Entre temps, dans le tumulte et après la tempête « wo fataara » du 4 juillet 1985, le Général Président sonne la cloche de l’école de la démocratie multipartites après 26 années de dictature civile jalonnée de répressions… et 7 autres malheureuses années de « Redressement National » qui laissent des millions de « sans emploies » et « sans espoir ».
A peine quelques mois une marée de parties politiques, pardon Partis politiques, se forment. La rentrée se fait dans une « classe » mal équipé et sans Professeur qualifié pour les circonstances. C’est un bon petit nombre de 42 Partis soit à peu près quatre galantes équipes de Football pour souder la Nation qui se fissure au lieu d’une conférence nationale qui l’aurait dit-on fragmentée.
La Coupe Nationale de Réconciliation des Ethnies (CONARE) mise en jeu sonne fort bien à l’oreille comme « Konaré » qui symbolise en fait l’expression de la démocratie au Mali voisin. Ce tournoi serait très beau si les « Commandos qu’on arme pour semer la pagaille partout » épargnait le terrain. Il devraient d’ailleurs être neutralisés, et Gomez ne devrait pas être arbitre parce qu’ « il n’a pas à être neutre » et parce qu’ « on ne peut l’approuver ».
Mais heureusement le Général Conté, étant entraîneur de toutes les équipes et « en dessus des éligibles », disons des footballeurs, pourrait arbitrer par excellence de par « sa tolérance » et par le fait qu’i « n’a pas peur des critiques » au cas où les spectateurs et les « cireurs de bottes » se mettaient à murmurer.
Le Guinéen était sportif et surtout footballeur. Aujourd’hui il a l’air de se métamorphoser en « footballo-ethno-politique ». Jadis, il ne faisait de la politique que pour deux raisons : défendre sa peau et son ventre et avoir la reconnaissance du « Responsable Suprême de la Révolution ».
Aujourd’hui, il la fait pour son ethnie et de l’argent. Même dans les Maisons Sacrées de Dieu, on parle de « démocratie ». Un scandale spirituel non ? La religion ne doit pas s’occuper que du spirituel. Formé spirituellement, la prédisposition démocratique de l’Homme sera positive, n’y allons pas au delà.
L’enchaînement ainsi d’événements circonstanciés depuis l’indépendance et l’envergure qu’a emprunté le climat politique en Guinée ne laisse présager que théoriquement la perspective d’une vraie démocratie sur une base solide. Car, osons le reconnaître qu’en Décembre 1992, le Guinéen ne serait pas allé aux urnes par conviction d’un programme politique ou pour un symbole comme en 1958, mais plutôt pour une personnalité de son ethnie. Jamais la Guinée n’a été autant divisée et aussi proche de la confrontation et du bain de sang. Elle n’a jamais été aussi éloignée de la tolérance et de la réconciliation.
Le salut politique de la Guinée n’est ni dans le départ de Conté, ni à ce qu’il s’accroche au pouvoir contre la volonté populaire, ni même dans les élections libres et transparentes. Mais ce salut est dans un échange d’idées constant et franc, dans l’amour profond et réel pour la réconciliation et la tolérance de chacun pour la construction de ce beau pays…
Paru pour la première fois dans L’événement de Guinée No. 024 du 24/12/92
M. AMADOU SADIO DIALLO
e-mail : amadusd@yahoo.com
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