jeudi 03 janvier 2008
« Lorsque la confusion et le mensonge sont érigés en mode de Gouvernance, ne soyons pas étonnés que rien de positif ne sorte du chapeau magique gouvernemental. La cacophonie remplacerait-elle l’illusion ? L'épilogue, c'est pour bientôt ... »
Après lecture du compte rendu du premier Conseil des ministres du nouvel an 2008, l’on se rend compte que rien ne va plus entre la présidence de la république et la primature.
Pour tenter de sauver la face après la signature du fameux décret érodant son pouvoir, le premier ministre Kouyaté s’est empressé d’aller rendre visite au président de la république en vu d’obtenir une confirmation du soutien que ce dernier lui accorde.
Que vaut un soutien verbal par rapport à un décret dument signé des mains du président ?
Lorsqu’on nous dit que le gouvernement « avait déjà reconnu dans une réunion précédente, qu’une erreur s’était glissée dans le décret de restructuration en ce qui concerne les attributions du Secrétaire général à présidence de la République… », et que celle-ci « touche non seulement les prérogatives attribuées au Secrétaire général, mais aussi le rattachement de la Banque Centrale de la République de Guinée à ses services… », le double constat suivant s’impose :
- Le président de la république aurait été induit en erreur :
Lansana Conté aurait donc signé le décret sans comprendre la portée de son geste ? Dans ce cas, le compte rendu gouvernemental du denier Conseil des ministres révèlerait à nos concitoyens quelque chose de très préoccupant à savoir : une incompétence notoire du premier magistrat du pays car ce dernier ne saurait ni lire, ni interpréter les textes qui lui sont soumis pour signature…
Que des ministres puissent se réunir en conseil et affirmer que le secrétaire général de la présidence a sciemment trompé le président en lui demandant de signer un document que ce dernier ne comprend pas, n’est-ce pas là un dysfonctionnement inquiétant d’un gouvernement qui prétend répondre aux besoins de nos populations ? Si tel est effectivement le cas, il serait judicieux que ce gouvernement dise clairement aux guinéens que le pays est entre les mains d’un sénile qui signe tout et n’importe quoi sans comprendre le contenu et la portée des documents qui lui sont soumis. Le doute est permis quant à la volonté du gouvernement de faire passer un tel message !
- Le président aurait effectivement pris connaissance du contenu du décret initial et a effectué des modifications selon les usages en la matière :
Dans ce cas de figure, Lansana Conté ayant compris les manœuvres politiciennes de son premier ministre et surtout n’ayant constaté aucune amélioration dans le fonctionnement gouvernemental, décide d’amputer une partie du pouvoir de son premier ministre en lui retirant la BCRG et les grands projets. Un premier ministre qui par ailleurs compte sur les maigres ressources financières disponibles pour se faire une santé politique peut à la longue être embarrassant pour le Chef de l’Etat et ses proches. Il est donc plus que probable que Lansana Conté ait voulu sciemment rappeler à l’ordre son premier ministre Kouyaté. Est-ce une bonne chose ? ça c’est un autre débat !
En tout état de cause, la pirouette par laquelle le gouvernement cherche à gérer la chute partielle de Kouyaté ne fera pas long feu. On nous dit ceci : « le Gouvernement avait demandé au Premier Ministre de soumettre au Chef de l’Etat un décret rectificatif. Ce que le Premier Ministre a déjà fait…» En attendant ce fameux décret rectificatif (qui ne viendra probablement pas), le décret déjà signé doit entrer en application dans la mesure où celui-ci est authentique. Dire que « le Gouvernement est et demeure guidé par le décret du 14 mars 2007, fixant les attributions du Premier Ministre ainsi que la lettre de mission confirmant les accords signés entre le Gouvernement d’alors et les partenaires sociaux, le 27 janvier2007... » est une pure conjecture. Car ce nouveau décret rectifie celui du 14 mars 2007. Le tout étant de savoir si on peut contraindre le président de la république à faire marche arrière…
Quant au fameux discours à l’occasion du nouvel an dont on veut douter l’authenticité, le gouvernement entend le discréditer par tous les moyens car celui-ci brosse un constat peu élogieux de la primature de Kouyaté. Ce discours sous-entend des lendemains difficiles pour tout le gouvernement car Lansana conté indique clairement qu’il va remettre de l’ordre dans la maison. Les têtes vont donc tombées pour ainsi dire ! Est-ce souhaitable ? Allez savoir…
La question qui se pose autour de l’originalité du discours du nouvel an est la suivante : qui du secrétariat général de la présidence de la république ou de la primature est habilité à préparer les discours présidentiels ?
Contrairement aux projets de lois qui sont exclusivement du domaine gouvernemental et les propositions de lois (Parlement), les discours présidentiels sont préparés à la présidence de la république.
Là aussi le communiqué relatif au dernier conseil des ministres insinue que des personnes malintentionnées auraient sciemment fait sortir un discours présidentiel qui serait non-conforme à la volonté de ce dernier. Pour étayer ces dires, l’on argumente en affirmant que le premier ministre s’est rendu auprès du chef de l’Etat pour dit-on, lever les contradictions qui apparaissent nettement entre ce discours et l’adresse faite par le Chef de l’Etat au Gouvernement, lors de la présentation des vœux de nouvel an. « Le Premier Ministre a cru devoir rencontrer le chef de l’Etat ce jour, pour s’assurer que ce discours qui n’a pas été directement lu par le chef de l’Etat comme de coutume, était bien authentique… ». Quel poids peut-on accorder aux paroles rapportées par M. Kouyaté (paroles qui seraient probablement tenues par le président Conté lors d’un éventuel tête-à-tête entre lui et son premier ministre) par rapport au discours officiellement sorti et donc adressé à l’ensemble de la Nation ?
Soit le premier ministre pêche par naïveté au point qu’il n’arrive pas comprendre ce qui passe, soit il use de sa rhétorique habituelle pour semer le trouble dans l’esprit des populations quant à la perte de vitesse qu’il est entrain de subir.
Contrairement à ce que dit le communiqué sorti du conseil des ministres, le discours présidentiel adressé à la Nation ne peut pas être un faux, sinon l’une des conséquences immédiates serait le limogeage de celui ou celle qui s’est permis de le sortir… Il n’en sera rien car Lansana Conté a bel et bien donné son aval avant la sortie du discours.
Tout ceci n’est finalement qu’une guerre des clans que certains, par souci d’exister politiquement ont voulu ressusciter. La supercherie que dénonce le gouvernement n’est pas forcément du côté de la présidence ; elle est aussi à la primature que cette dernière utilise pour tirer un éventuel profit politique.
Si manœuvres dilatoires il y a, celles-ci compromettent évidemment toute solution de sortie de crise rapide car aucun de deux parties ne semblent porter ses préoccupations aux innombrables souffrances de nos populations… Force est de constater que les accusations portées par le gouvernement ont de la peine à passer car avant ce décret, les guinéens ont eu le temps d’observer les faits et gestes de chaque ministre (surtout le premier d’entre eux qui dilapident et dépenses nos finances n’importe comment). « Les actions salvatrices du Gouvernement du changement, dont la mission première est de conduire, dans l’unité la paix et dans la stabilité la Guinée au développement, par la pratique démocratique de la bonne gouvernance… », ne seraient donc que dans l’imagination fertile des ministres et amis de M. Kouyaté. A part les actions qui visent à le propulser au sommet de l’Etat, nous n’avons pas le sentiment que les guinéens vivent mieux depuis sa nomination. L’on attend toujours les conséquences positives d’un quelconque acte concret posé par ce gouvernement.
Inviter par ailleurs le peuple « à n’accorder aucune crédibilité au contenu du message véhiculé sur le Net, et qui ne correspond ni à l’esprit, ni à la lettre des accords du 27 janvier 2007… », alors que le premier ministre déploie des moyens colossaux (y compris sur le Net) pour faire passer ses messages politiques personnels, démontre si besoin est que la panique s’empare du capitaine gouvernemental qui a de la peine à garder le cap.
Il ne faut pas confondre "effort gouvernemental qui vise à résoudre les problèmes des guinéens" et "effort gouvernemental qui vise à propulser Kouyaté à la tête du pays". Le deuxième type d’effort qui est aujourd’hui déployé avec grande pompe n’a jamais fait partie du "Consensus" auquel se réfèrent si souvent les membres de ce gouvernement...
La bulle-Kouyaté se dégonfle lentement mais sûrement !
Mr Ly Elhadji Baila, Zurich, Suisse
Directeur Exécutif de www.nlsguinee.com
Membre de l'Equipe d’Analyse et de Réflexion « Neoleadership »
Contacts: elhadji@nlsguinee.com (ou bien) neoleadership@gmail.com