samedi 29 décembre 2007
N’envoyez personne à l’abattoir dans la guerre des chefs !
L’actualité politique guinéenne est à nouveau dominée par la chronique d’une guerre des chefs et l’on voudrait, en toute vraisemblance, faire Du peuple, plus précisément de la jeunesse, l’arbitre d’une lutte qui ne les concerne pas !
En effet, le dernier décret signé par le Président de la République, sur l’initiative du Premier Ministre, provoque des commentaires de toute sorte. Vérité des uns ou manigance des autres ? A qui voudrait- on faire croire cette fois- ci encore que le décret du 5 décembre 2007 ne serait pas l’émanation du Premier Ministre ? Très peu de guinéens et d’observateurs de la scène politique seraient prêts à écouter la chanson. Et pour cause ?
Le Premier Ministre guinéen semble vouloir jouer la même rengaine
Qui a oublié le tollé qu’a suscité le premier décret du Premier Ministre par lequel il a nommé les hauts cadres de l’administration, les gouverneurs et les préfets ? A la diffusion de la liste, par la Radio Télévision Guinéenne (RTG) M. Kouyaté était loin de la capitale pour cause de réception d’un de ses hôtes. Lequel, il faut le rappeler, est l’un des rares à se rendre en Guinée depuis l’arrivée du Premier Ministre à son poste.
Lorsque la presse guinéenne, le milieu politique, les guinéens dans leur quasi- totalité ont émis des critiques sur la composition des différents postes, M. Kouyaté ne s’était pas gêné de se décharger sur son Ministre de l’Intérieur. Le Pauvre Bö (ou Beau ?) Keïta dont le nom ou pseudonyme est écorché de mille manières, s’est retrouvé seul face à la lourde responsabilité d’avoir renoué avec des pratiques du passé.
La préférence affichée dans les origines des nominés n’avait pas tardé d’inquiéter plus d’un. Il semblerait que M. Lansana Conté ne soit pas en reste. Il aurait été, comme tout guinéen, très étonné de l’absence de dosage dans les nominations. Cependant, il a laissé son Premier des ministres jouer sa carte.
Je n’avais pas hésité à me faire modestement l’écho de la crainte des guinéens à travers une lettre ouverte au Premier Ministre qui, soi- dit en passant, a accouché depuis une multitude de petits. J’avais voulu attirer son attention et même oser lui proposer de revoir sa copie. Je craignais fort bien d’être rangé parmi les exilés rêveurs et donneurs de leçons. Je savais pertinemment que certains grands, comme on les appelle dans le vocable populaire, n’ont d’oreilles que pour leur cœur ! Autrement dit, ils préfèrent s’écouter que d’user leur tympan aux propos venus du peuple. Le décret a été maintenu et les guinéens ont jugé. En tout cas, la désillusion semble l’avoir emporté sur l’espoir et le rêve de changement. Oh, pardon, on change en marche arrière !
Voilà un nouveau décret aussi attendu qu’un bébé. Qui ignore qu’il est en gestation depuis le mois de mars, soit 9 mois. Le temps qu’il faut pour un accouchement à terme.
Et que se passe-t- il ? L’enfant est là ! Le père n’est pas content ! Pourtant le mariage a été consenti. Qui donc a obligé le Premier Ministre d’accepter son poste ? Les noces ont, de surcroît, été fêtées par tous les guinéens dans la joie et l’allégresse ! Dans ces conditions qui veut- on berner si ce n’est le peuple lui- même?
Le Premier Ministre, un homme seul ou un politique mal inspiré ?
Quel usage, M. Kouyaté a- t-il fait de l’attente placée en lui ? Il devrait, lui-même, se poser la question. Le sobriquet que les guinéens lui ont affublé en dit malheureusement long et constitue un début de réponse.
Le Premier Ministre s’est plus préoccupé de voyages, de promesses démagogiques et de mise en place de comités dits de soutien. L’inspiration des organisations de jeunesse a soulevé toutes sortes de polémiques. L’avenir dira qui a raison.
Le fait le plus grave, c’est la rivalité au sommet de l’Etat. Jamais un Premier Ministre ne s’est révélé aussi opposé à un Président de la République. Pourtant, sans apporter de soutien à M. Conté, je pourrais paraphraser un président français qui disait : « un Premier Ministre reste un Premier Ministre ; un Président, un Président. » Cette assertion n’est nullement une tautologie. Ce sont les institutions qui l’ont voulu ainsi.
Hélas ! Les oppositions ne s’arrêtent pas au sommet.
On accuse également le Premier Ministre d’avoir distiller la division dans le pays. Ne serait- il pas fondé de dire que depuis la nomination des hauts cadres de l’Etat, les guinéens s’observent en chien de faïence ?
Les actes posés par le Premier Ministre guinéen poussent à poser de telles interrogations. Avant tout, il n’a, en aucun moment, respecté les termes de son discours d’investiture. Il n’a jamais instauré des liens dignes de ce nom avec le pays ! Il s’est évertué à voyager en négligeant le fait que la politique intérieure prime sur les relations extérieures. Passe encore si ces dernières étaient bien orientées. Mais les axes et les fréquentations de janvier à maintenant ne semblent rassurer ni les guinéens ni le Président de la République. En politique, on ne saurait emprunter le chemin qui même à un pays étranger, si ami fût- il, comme un sentier qui mène à la rivière. C’est- à- dire y aller matin et soir. Au cas contraire, les gens se douteront si vous y aller pour uniquement de l’eau potable.
Le peuple est divisé. Il y a partout et à tous les niveaux, une bicéphalie fondée sur les « pro et les contre » : « pro Conté » ; « pro Kouyaté » ; pro syndicats » ; « pro ceci ; pro cela » ! Jusqu’où cet état de fait va-t –il nous mener ?
Ces faits politiquement suicidaires et sociologiquement explosifs sont imputables au Premier Ministre qui n’a pas su (ou n’a pas pu) mettre à profit le capital de confiance que le peuple de Guinée lui a accordé. Mais dit- on que celui qui voudrait faire monter une vache dans un plafond se fera éreinté avant même que les pattes d’avant ne décollent du sol.
Les syndicalistes et le Société Civile devraient dire ouvertement à M. Kouyaté que son bilan est plus que mitigé. Il est tout simplement décevant ! Depuis le premier gouvernement de la Guinée indépendante, il n’ y a jamais eu d’homme politique qui ait bénéficié de soutien comparable ; soulevé autant d’espoir que lui. Hélas, aucun n’a, non plus, inspiré une aussi mauvaise opinion en peu de temps !
Les guinéens doivent refuser de servir de caution à un système qui ne se souvient de leur existence que dans le besoin
Le décret du 5 décembre est né dans les mêmes circonstances que celui de la nomination des préfets et autres cadres. Le Premier Ministre en pèlerinage à la Mecque a sûrement pris le soin de prévoir ce qui est censé se produire et qui relèverait du domaine étatique. Donc, d’une certaine importance. Il ne pourrait dire qu’il ne se doutait pas que son décret aurait pu être signé d’un jour à l’autre par le Président de la République. S’il prétendait le contraire, il ne peut dire qu’il fait des propositions au Chef de l’Etat sans avoir lu et relu sa copie. Du reste, c’est ce qu’il a sous- entendu en accusant M. Bö kéïta d’être le géniteur du premier décret.
Dans un cas ou dans l’autre, M. Kouyaté n’a plus rien à dire ! En revanche, il a quelque chose à faire. D’un, il va trouver le Président en personne pour des explications en tête- à- tête et de vive voix ! Deux, il rend le tablier à celui qui l’a nommé parce que, estimant qu’il ya eu trahison au sein de l’Exécutif.
Ce dernier motif, qui relève d’un acte personnel, est inscrit dans la Loi Fondamentale et entre parfaitement dans l’exercice de ses fonctions. Il a le droit d’accepter sa nomination. Ce qu’il a fait en février 2007. Il a également le droit de démissionner s’il estime qu’il ne peut jouer pleinement son rôle et que l’honneur de la fonction qu’il occupe est mis en cause ! Mais de grâce, qu’il n’appelle pas des syndicats, dont l’unité déjà fissurée est, à tort ou à raison, imputée à son action ! Il doit observer la même déontologie pour la Société Civile qui garderait, semble- t- il, un peu plus de crédibilité que certains syndicalistes coptés.
Syndicalistes et dirigeants de la Société Civile, la liste des martyrs de janvier et février est déjà trop longue !
Qui a rendu justice à ceux qui sont tombés dans le champ de bataille ? A ce jour, ce n’est pas le gouvernement issu des mois chauds de notre République. La période post- émeute ne semble avoir produit que des comités de soutien, des ONG sans perspectives nationales. Le tiers des dépenses pour les voyages du Premier Ministre aurait été consacré à la mémoire des jeunes gens morts pour la patrie que chaque région du pays érigerait son mausolée ou sa place des martyrs. Rien n’a été fait pour eux : ni soutien moral, ni apport financier de la part de l’Etat.
Si le Secrétaire Général de la Présidence est responsable de ce que vous lui reprochez, M. le Premier Ministre, pourquoi l’avoir remercié de son maintien. Ne serait- il pas là une manière pour le gouvernement de l’acheter ou de faire diversion ?
Leaders syndicaux et de la Société Civile, tout appel à une marche de protestation contre ce décret de M. Kouyaté risque de finir dans le sang ! N’ y aurait- il pas derrière la dénonciation de ce décret une stratégie cachée par ceux qui tentent encore de renouer avec le complot permanent ? N’attendraient- ils pas le moindre désordre pour mettre en marche leur plan et conduire le pays à la dérive ? En outre, ne s’agissait d’une tactique pour pouvoir nommer, une fois encore, aux postes à pourvoir sur la base des mêmes critères de nominations des gouverneurs et préfets ?
Enfin, croyez- vous que M. Conté n’a pas (ou n’a plus) les moyens de démettre celui qu’il a nommé sans passer par un subterfuge en ordonnant la falsification d’un texte qu’il a la prérogative de signer ou de rejeter?
Attention ! du récent complot contre le Président, nous passons à une prétendue falsification de décret ! Et si c’était là une manière d’atteindre M. Conté par ce que le coup de poker du complot ne semble pas avoir donné l’effet escompté ? Si c’était l’échec de la stratégie dudit complot qui a poussé à imaginer une nouvelle stratégie ?
Derrière de telles questions se cache un enjeu. A vous de prendre vos responsabilités ! A M. Kouyaté de prendre les siens s’il estime que son décret a été dépouillé de son contenu. Pire, si, comme je le disais, l’honneur de sa fonction est atteint !
Toute marche en Guinée, dans les conditions actuelles, sera plus dévastatrice que tout ce que le pays a connu jusque- là ! Que M. Conté aille au bout de son mandat ! Qu’il soit démocratiquement remplacé par défaite électorale ou par non représentation !
C’est là et uniquement là que réside le salut de la Guinée. Personne ne sait ce qu’emportera la vague si toutefois la digue est rompue contre nature!
Par Lamarana Petty Diallo
Rédacteur en Chef de kibarou.com
lamarana@kibarou.com
Pour www.nlsguinee.com