Pourquoi les fermetures ? Avant 1984, la Guinée dépensait (5000 FG/ an) pour faire fonctionner les entreprises publiques capable de ne produire que (3000 FG/ an) ; En gros des entreprises fonctionnant à perte.
Pourquoi elles existaient alors ? Par ce qu’elles avaient une finalité économique (produire ces 3000 FG), une finalité sociale (emploi pour tous) et une finalité de redistribution de la richesse nationale.
Comment l’Etat les maintenait en fonctionnement avant 1984 ?/i> Simplement, l’Etat avait le pouvoir d’obliger les guinéens à lui donner ces (2000 FG/ an) ou de s’endetter pour faire fonctionner ces entreprises.
En 1984, le changement du R.E.S au R.E.L a fait perdre à l’Etat ce droit de nous contraindre à payer les (2000FG/ an) ou de contracter des dettes au nom des entreprises publiques. En même temps, l’Etat a perdue l’obligation (de créer les 3000FG/an), l’obligation (de créer l’emploi pour tous), l’obligation d’arbitrer la redistribution de la richesse nationale entre les citoyens. Dans ce nouvel ordre économique, il n’y avait ni l’intérêt, ni les moyens pour l’Etat de continuer à faire fonctionner ces entreprises publiques.
Maintenant, pour comprendre « En quoi la dette de l’Etat ? », il faut simplement se référer aux dettes (2000 FG/an) cumulées par les entreprises publiques avant 1984 et les coûts de la fermeture par exemple.
Nous résumons sur le plan matériel que la transition du R.E.S au R.E.L a crée dans l’économie guinéenne : Le chômage de masse (dans la population) et la dette publique (pour l’Etat) due à la fermeture des entreprises publiques.
Sur le plan social et humain, la transition à causée une distorsion sociale d’orientation et une distorsion sociale de capacité humaine.
Ces distorsions sont moins évidentes certainement, mais elles sont celles qui coutent le plus à l’économie guinéenne d’aujourd’hui.
La transition a obligé les guinéens de migrer massivement vers les secteurs non productifs de notre économie (secteur facile à pratiquer – n’exigeant pas de grandes qualifications et – capable de générer un revenu dans l’immédiat). Ce nouveau secteur d’accueil était « le secteur commercial » ; un secteur à la fois improductif et difficile à maîtriser.
Quelle est l’explication ? Pour comprendre cette explication, il faut s’intéresser à la question suivante : Une activité qui consiste à acheter un bien à 100FG et le revendre à 150 FG, sans aucune transformation, peut- elle être assimilable à une activité productive au niveau national ? Correspond- t- elle à une création réelle de richesse ? A mon avis, cette activité correspond à une création de richesse au niveau individuel, mais ne correspond à rien en terme réel au niveau national (la somme est nulle). La somme nulle signifie ici : Ce que Paul a perdu le matin est égal à ce que Pierre à gagné le même matin, alors il n’y a pas de gain si Paul et Pierre sont de la même famille ; il n’y a eu qu’un simple transfert. Dans le même cadre, nous avons la logique suivante : Il n’y a pas de développement sans production - le secteur commercial n’est pas un secteur productif - l’essentiel de l’économie guinéenne n’est fondé que sur le commercial - alors la Guinée est un pays stationnaire (impossible de faire avancer son économie).
En résumé, la distorsion d’orientation dans l’économie guinéenne correspond à cette forte concentration de la population active dans les secteurs non productifs.
La distorsion sociale de capacité quand à elle correspond au manque de compétitivité du travailleur guinéen : Le travailleur guinéen manque d’initiative innovante (tendance à faire toujours la même chose et de la même façon) – Manque de qualification soutenue et adaptée – Un débit de travail très faible (tendance à travailler à 5 sur ce qu’une seule personne devrait faire) – Manque d’esprit d’entreprise (Peur de perdre , peur d’initier, presser d’obtenir des résultats, manque d’esprit d’équipe et de collaboration dans le travail, manque de confiance aux autres, manque de délégation des tâches, tendance à penser faire des miracles tout seul …) – Manque d’auto-évaluation …..
Partant de ce descriptif de la distorsion sociale de capacité dans notre pays, utilisons la logique suivante.
Pas de développement économique sans force de travail, le développement de la guinée ne peut se reposer que sur la main d’œuvre guinéenne, la main d’œuvre guinéenne n’est pas compétitive, alors l’économie guinéenne est une économie stationnaire.
Cette 2ème distorsion peut être la plus difficile à accepter. D’une part, elle relève de l’autocritique, de l’autre, sa compréhension nécessite une comparaison de notre façon de faire à la façon de faire des autres. Il y a des exceptions certes à cette distorsion de capacité, mais notre raisonnement ne s’intéresse qu’à la majorité.
Ce premier volet de l’article nous conduit à identifier une économie guinéenne souffrant des problèmes structurels (de dette - de chômage - de faible productivité du travail - et d’orientation économique). Abordons maintenant le deuxième cadre de notre champ d’analyse qui est l’impact de la mondialisation.
II - Une économie sous le point de la mondialisation :
La guinée est une économie ouverte au reste du monde et subit ainsi les effets de la mondialisation par divers canaux. L’implication de cette ouverture au reste du monde est que la Guinée ne peut plus (n’a plus le droit) de choisir n’importe qu’elle mesure, d’appliquer n’importe qu’elle restriction dans ses rapports d’échange avec les autres pays.
Cette ouverture au reste du monde, cette interconnexion des différentes économies est ce que nous appelons Mondialisation. Ce phénomène global d’intégration des économies n’est pas un choix, il est naturel et n’avance qu’à son propre rythme. Donc, l’approche utile de ce phénomène est de le comprendre et l’intégrer dans nos analyses comme une donnée – une constante que nous ne savons pas modifier. C’est quoi l’incidence de la mondialisation ?
La mondialisation a causé à la Guinée (ou a accentué) un défi de compétitivité intérieure et extérieure, un défi qui se transmet essentiellement par deux canaux fortement liés : Le canal commercial et le canal monétaire. Pour être simple, Quand un chinois fabrique le riz en Chine, le transport vers la Guinée puis le vend « au marché de Madina », il gagne une certaine somme d’argent en Francs guinéen (4000 FG). Pour repartir en Chine, il ne peut pas partir avec le Francs guinéen, alors il repart à « Madina » pour échanger ses (4000 FG) contre le Dollars (par exemple). Plus il est difficile pour le chinois de trouver le Dollars à Madina (exemple le commerçant n’a pas assez de devises), plus le chinois est prêt à donner beaucoup de Francs guinéen pour avoir le peu de Dollars que le commerçant dispose. Pourquoi ? Par ce qu’en Chine, il peut se servir de 1 Dollars mais ne saurait jamais se servir de ses 4000 FG. Cette situation qui fait que le chinois soit prêt à donner plus de Francs guinéen pour avoir une petite quantité de Dollars est ce que nous appelons « la monnaie guinéenne est tombée » (le Francs guinéen n’a plus de valeur ou elle s’est dépréciée). Alors si le commerçant n’a pas du tout de Dollars, il faut quelqu’un d’autre au final qui puisse donner au chinois du Dollars obligatoirement, quelque soit le prix. Ce dernier payeur est la Banque centrale de la Guinée ou l’Etat. Comme l’Etat n’est pas propriétaire du Dollars, il ne sait pas fabriquer le Dollars, alors il sera à son tour face à un problème de manque de devises.
Ce problème de devise provenant de nos rapports avec le reste du monde cause : (1) Aux commerçants-importateurs guinéens les mêmes difficultés que le chinois ; (2) A la population une augmentation des prix (par ce que le commerçant en allant en Europe acheter les marchandises à donner beaucoup de Francs guinéen pour avoir le Dollars, si tu as besoin des marchandises qu’il a importé alors il faut lui donner beaucoup de Francs guinéens) ; (3) A l’Etat un dilemme ( Aller à l’étranger prêter beaucoup de dollars avec intérêt - ou laisser la monnaie guinéenne continuer de se déprécier et voir la population souffrir).
En quoi c’est l’effet de la mondialisation ? Ce problème de Dollars n’existerait pas (ou serait moins ressenti) si on pouvait interdire au chinois de venir avec le riz, ou lui causer des problèmes au port de Conakry de sorte qu’il ne gagne que 1000 FG « au marché de Madina » au lieu de 4000FG. Ou d’interdire au commerçant guinéen d’aller prendre des produits en Europe. Ces mesures (d’interdiction) que l’on appel la protection commerciale sont interdites dans l’économie mondiale - nous ne savons pas changer cela (ou que de façon très limitée).
Ce cas de figure laisse à la Guinée que deux choix : (1) Créer les conditions naturelles pour décourager le chinois d’importer le riz en Guinée et le commerçant de partir jusqu’en Europe prendre des produits. . (2) Créer les capacités pour le guinéen d’aller vendre lui aussi en Chine (un produit quelconque) et ramener au « marché Madina » les dollars que le chinois a besoin.
Au-delà de ces deux problèmes de compétitivité, la mondialisation à imposée (ou accentuée) à la Guinée le phénomène de « consommation non choisie ». Un phénomène qui a conduit à la généralisation de la corruption.
Explication ? Par « consommation non choisie » il faut entendre que nous ne pouvons plus se défaire de cette tendance de consommer et de vivre à l’image du reste du monde – C’est impossible. Logique : Ce standing de vie que nous sommes obligés de suivre est élevé, couteux, et très changeant – Les guinéens n’ont pas les moyens dans le présent et n’en espèrent pas sur le court/Moyen terme – Alors, la tendance à la corruption des guinéens augmente inévitablement.
Donc, plus nous sommes pauvre, plus nous avons l’incitation à la corruption - Plus nous avons tendance à consommer plus que nous ne gagnons, plus nous avons l’incitation à la corruption - Plus notre niveau de désespoir est élevé, plus nous avons l’incitation à la corruption - Plus il est facile de faire de la corruption, plus nous avons l’incitation à la corruption.
Le plus souvent, nous associons la corruption au problème de moralité. Ce lien certainement existe, mais me semble personnellement pas important. Il est assez abstrait pour que je puisse réfléchir à une solution dans ce cadre. Pour être objective, il y a corruption par ce qu’il existe une offre de corruption et une demande de corruption. Voilà dans « VISION », ce qui fait à la fois l’administration et la population, toutes les deux responsables de ce phénomène que nous avons maintenant le destin commun de résoudre au lieu de le décrire.
La Guinée a connue la corruption avant ce phénomène de mondialisation, mais elle n’avait pas de motif économique ou financier. Elle s’expliquait par des liens sociaux, des rapports personnels et familiaux qui conduisaient les travailleurs à exempter certaines personnes des formalités officielles par exemple. Elle s’expliquait aussi par le fait que la population elle même ignorait ou ne se donnait pas la peine de comprendre et suivre les procédures administratives officielles. Par conséquent, disponible de payer de l’argent à une tiers personne pour contourner ce mécanisme administratif (certainement compliqué) ou d’éviter les longs délais d’attente (même s’il n’a rien à faire).
L’important dans cet article n’est pas de développer toutes les facettes de la mondialisation - Ou de faire un grand débat sur la corruption et ses auteurs. Plutôt, de constater les défis que la mondialisation cause à la Guinée, faire nous accepter nos insuffisances pour enfin construire à notre pays un plan opérationnel efficace dans ce système mondial Vampire.
Pour synthèse, la première section de cet article nous a montré que nous sommes à la recherche de solutions économiques, monétaires et financières pour un pays souffrant : Des problèmes structurels (de dette, de chômage, de productivité du travail et d’orientation économique). La deuxième section quant à elle, nous a montré que nous cherchons des solutions économiques, monétaires et financières pour un pays limité en moyens d’action (normes internationales) et souffrant : Des problèmes structurels de compétitivité (intérieure et extérieure) et du problème de corruption.
L’objectif de « VISION » est de donner des propositions de solutions concrètes dans ce cadre défini. Des solutions susceptibles de sortir l’économie guinéenne de cet état stationnaire de pauvreté. L’importance de fixer ce cadre est d’une part de comprendre l’état actuel de notre économie - De l’autre, à pouvoir éliminer des propositions de solutions magiques fondées sur des capacités que la Guinée n’en a pas et ne saurai avoir à moyen terme.
La suite de cet article portera directement sur ces propositions de solutions.
Pour comprendre « VISION », referez-vous à mon premier article publié sur ce site de www.nlsguinee.com à l’adresse : Qu’est ce qu’il faut pour la GUINEE ? (Première partie)
Par M. Dianè Kaba
E-mail : ndiane2002@yahoo.fr
Site : www.etudiantguinee.com
Pour www.nlsguinee.com