Guinée : APRÈS LA RENCONTRE ALPHA , SIDYA, ET BÂ À PARIS JEAN MARIE DORÉ VA-T-IL QUITTER LE FRAD ?
26 octobre 2005
À peine Bâ Mamadou et ses pairs tentent-ils de surmonter leurs querelles, que l’on assiste à un début de conflit entre Jean-Marie Doré d’un côté Alpha Condé et Sidya Touré, de l’autre. Les leaders de l’opposition seront-ils toujours opposés les uns aux autres ?
Hasard de calendrier ou rendez-vous délibéré, Alpha Condé, Bâ Mamadou et Sidya Touré se sont retrouvés à Paris il y a quelques jours pour tenter de mettre fin aux malentendus et conflits qui ont caractérisé leurs rapports, ces derniers temps. À ce propos, Bâ Mamadou avait pris volontairement ses distances par rapport au Frad, qui regroupe en son sein les principales formations politiques de l’opposition.
À l’exception notable de l’UPR de feu Siradiou Diallo. Parce que, contrairement aux partis alliés du Frad, l’UPR n’a pas boycotté les élections législatives. Seule à l’élection présidentielle de 2003, l’UPR n’avait pas pris part. A la surprise générale d’ailleurs, car il avait auparavant participé à toutes les consultations électorales, très réfractaire au boycottage et à la politique de la chaise vide. Si le défunt président de l’UPR Siradiou Diallo était un fervent partisan du dialogue et du compromis et appelait sans cesse à aller aux élections pour établir le rapport de forces sur le terrain, peu avant de disparaître il s’était assez rapproché du Frad.
A la faveur d’une rencontre avec Alpha Condé, qui était ‘’son ennemi intime’’ et Jean-Marie Doré ‘’l’ami et l’allié naturel’’, Siradiou Diallo était sur le point de conclure une nouvelle alliance dans le cadre de l’alternance. Aujourd’hui, son successeur Bah Ousmane est partagé entre la modération d’une opposition parlementaire et la rigueur d’un parti engagé dans la conquête du pouvoir. Aussi, selon les circonstances et les enjeux du moment, l’UPR a-t-il des prises de position qui le rapprochent du Frad ou l’en éloignent.
Il semble en être de même désormais pour l’UFDG de Bâ Mamadou qui, bien qu’allié au Frad, entend parfois marquer sa différence et à l’occasion se démarquer de certaines de ses décisions et stratégies. Ainsi, Bâ Mamadou a décidé de participer au dialogue politique national après avoir obtenu du gouvernement certaines garanties jugées insuffisantes par ses pairs. Dès lors, il y a eu un malaise qui a affecté l’unité et la discipline du groupe. L’attitude de Bâ Mamadou qualifiée de ‘’suspecte’’ a été fustigée. Accusé, le leader de l’UFDG, naturellement, s’est défendu. L’on assiste, à l’occasion, à une véritable passe d’armes entre Jean-Marie Doré, le porte-parole du Frad, et lui dans les colonnes des journaux. Les deux opposants ne se sont guère ménagés.
Bref, les contradictions dans le Frad ont été étalées au grand jour.
C’est dans ce climat délétère que le président du RPG revient au bercail après une longue absence du pays. Dès son arrivée, Alpha Condé prêche l’unité de l’opposition, appelle à un vaste rassemblement des forces du changement. Il entreprend donc de calmer le jeu et de réconcilier toutes les tendances afin de faciliter la mobilisation pour le changement. C’est dans ce cadre qu’il rencontrera notamment l’UPR et l’UFDG qui, quoique des partis politiques d’opposition, revendiquent et assument leurs différences avec les autres partis de l’opposition. La démarche du président du RPG a été bien perçue, mais les griefs exprimés par les différentes parties et les tendances qu’il a rencontrées révèlent la complexité de sa tâche.
Le professeur Alpha Condé ne baisse pas pour autant les bras. Surtout qu’au cours d’une conférence de presse du Frad, ses leaders qui avaient des approches différentes à propos des moyens et stratégies de lutte pour le changement ont parlé d’une voix ferme et intransigeante face au dialogue politique et aux échéances électorales. Le Frad, pour ‘’isoler’’ davantage le régime et, partant, accélérer le processus de changement, voudrait rallier à sa cause l’UPR et l’UFDG. Bien entendu, avec l’UFDG, la tâche est plus aisée, dans la mesure où ce parti a toujours été partie prenante au Frad. Malgré les divergences de vue entre Bâ Mamadou et ses partenaires, il n’y a pas encore eu de rupture formelle.
À Paris, le président du RPG et celui de l’UFR, en rencontrant Bâ Mamadou, ont donc juste cherché à réchauffer les rapports pour un nouveau départ.
Si a priori l’initiative des leaders s’inscrit dans la recherche de l’unité d’action, à Conakry elle a été mal accueillie. En effet, Jean-Marie Doré se sent frustré, voire même trahi. Le porte-parole du Frad rumine sa colère et sa déception pour n’avoir pas été informé des discussions, à plus forte raison consulté ou associé. Le secrétaire général de l’UPG craint davantage d’être mis devant le fait accompli en pensant à d’éventuels accords ou à des décisions qu’il lui sera demandé de subir. Avant les explications de ses alliés sur leur démarche, il menace de claquer la porte. Alpha Condé, revenu à Conakry après avoir participé à une conférence à Cotonou, et Sidya Touré sauront-ils l’en dissuader ?
En tout cas, le torchon brûle entre Jean-Marie Doré et ses pairs Sidya Touré et Alpha Condé auxquels ils reprochent de lui avoir fait ‘’un bébé dans le dos’’, et sur les bords de la Seine. Une circonstance aggravante.
M. MOUCTAR DIALLO
L’Observateur, partenaire de Nlsguinee.com
|