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    Guinée : cinquantenaire

     dimanche 02 décembre 2007   

    Première partie : vers une possible légitimation du système Sékou TOURE ?

    Le destin de toutes les tyrannies Noires Africaines est toujours le même. Le tyran disparaît, les anciens bourreaux s’emparent du pouvoir et s’empressent de liquider quelques boucs émissaires, autrefois trop voyants, mais aujourd’hui encombrants. Par ce geste sacrificiel, les nouveaux maîtres s’auto-blanchissent de tous les crimes qu’ils ont commis ou aidé à commettre. Comme toujours, ils n’auraient fait qu’« exécuter des ordres » qu’ils auraient reçus. Tout compte fait, des « soldats disciplinés », ni coupables, ni responsables. Le bon peuple applaudit au « changement » qui, bientôt, se montre sous son vrai visage : une tyrannie villageoise, sanguinaire et prédatrice comme sa devancière, ou pire qu’elle. Chaque Guinéen aura reconnu le portrait du régime de M. Lansana Conté.

    En Mars 1984, le tyran sanguinaire de la Guinée (Conakry), M. Sékou TOURE meurt brutalement dans un hôpital à Cleveland (U.S.A. ). Moins de dix jours après, son régime s’effondre, presque tout seul. . Le P.D.G.(Parti Démocratique de Guinée), alors Parti-Etat, se désagrège instantanément comme un morceau de sucre dans de l’eau. C’est dans ce contexte que quelques militaires parfaitement inconnus, ramassent dans la rue, un pouvoir en déshérence, après 26 ans de tyrannie sanguinaire. Ils installent à leur tête un certain colonel, Lansana Conté. Il doit sa promotion à Sékou Touré pour lequel il a exécuté des « œuvres » peu compatibles avec l’honneur d’un militaire patriote.

    Quelques notabilités du système Pdgiste déchu (Mamadi Keita, Ismaël Touré, Siaka Touré…) sont exécutées quelques mois plus tard, dans les camps même où elles avaient l’habitude de torturer leurs victimes, avant de les assassiner. Le pays applaudit alors, non pas l’avènement de Lansana Conté qui était un parfait inconnu, mais la fin d’une longue tyrannie sanguinaire. Chaque Guinéen, de façon explicite ou implicite, attendait une suite qui aurait pu ressembler à une conférence nationale au cours de laquelle, quelques questions comme celles-ci seraient posées et si possible, y apporter collectivement les réponses appropriées :

    Une vraie explication au niveau national sur les 26 ans du P.D.G. Qui a fait quoi ? Qu’est ce qui a rendu possible un si longue tyrannie sanguinaire ? Pourquoi avoir laissé un clan familial abîmer la vie de millions de Guinéens ? Tous ceux qui étaient détenus dans les différents camps militaires de torture, y étaient-ils tous au titre de prisonniers politiques… ? Certains prisonniers du camp Boiro ont survécu, par exemple MM Porthos Diallo, Alsény René Gomez….Ces heureux bénéficiaires de la clémence inhabituelle de Sékou Touré pourraient peut être nous expliquer ce qui, d’après eux, a motivé la bienveillance singulière du tyran à leur égard et sa cruauté toute aussi singulière à l’endroit de toutes les autre victimes moins chanceuses. L’histoire de notre pays y gagnerait en clarté et apaisement.

    Hélas ! Les protagonistes d’alors, nouveau pouvoir militaire et notabilités oppositionnelles rentrant de l’Extérieur, y étaient farouchement hostiles. Chaque camp a alors laissé l’impression qu’il avait plus à cacher des choses, qu’à faciliter la lumière sur l’histoire récente de notre pays, de 1958 à 1984.

    D’explication, il n’y en eut point. Certaines victimes ont bien essayé de parler, de demander des comptes, non pas pour régler des comptes, mais pour clarifier ce qui doit l’être, afin que la Nation apaisée, puisse se réconcilier avec elle-même. Mais écrasées par le poids de la douleur et de l’injustice, abandonnée par les nouveaux puissants qui étaient pour la plupart d’anciens bourreaux, leur voix est restée inaudible. D’autres victimes, devenues ministres de Lansana Conté, se sont transformées à leur tour en bourreaux. Les massacres perpétrés contre la jeunesse de notre pays en Juin 2006, et plus tard en Janvier-Février 2007 en sont la démonstration, s’il en était besoin.

    Depuis, l’inévitable clarification pourtant utile au pays, est verrouillée. Et il en sera ainsi, tant que nos compatriotes ( y compris celui qui écrit ces lignes) n’auront pas réalisé que c’est d’un changement radical dont nous avons besoin, et pas du tout de « réformes » ou de « changements » octroyés par un « président » illégitime, convaincu que notre pays est sa propriété et les Guinéens, ses Serviteurs ; ou par un « premier ministre » inconstitutionnel coopté dont le comportement ruineux, est lourd de menace pour la paix civile. Après tout, ceux qui dirigeaient les pelotons d’exécution, ainsi que les véhéments procureurs politiques, occupent la tête de l’Etat et « l’assemblée nationale ». Pourquoi accepteraient-ils l’organisation d’un débat dont le déroulement normal conduirait tout naturellement à mettre en lumière les ignominies qu’ils se sont employés à dissimuler depuis presque 24 ans ? Au contraire, tout leur passé les incite à empêcher un regard éclairé sur le régime sanguinaire dont ils étaient les « Notabilités ». Et, ils sont d’autant plus déterminés qu’ils ont provisoirement réussi à endiguer l’esprit des évènements de Janvier et Février 2007. Le supposé premier ministre a déjà sa propre milice privée qui rappelle étrangement « Blé Goudé » de Laurent GBAGBO en Côte d’Ivoire. Et ses accointances libano-arabes ne présagent rien de bon d’un point de vue économique pour notre pays.

    Mr. Elhadj Moussa Sanguiana CAMARA, l’un des sanguinaires procureurs politiques de l’ère Sékou Touré ne s’y est pas trompé. Il sort de ses oubliettes pour narguer les suppliciés des centres de tortures. Dans une interview accordée à nlsguinee.com, il affirme : « Je dirai qu’en réalité, le P.D.G., le premier régime n’a accusé personne contrairement à ce que disent certains… ». Plus loin, il ajoute : « …Ce que je retiens de l’homme, c’est que feu Ahmed Sékou Touré était un homme de vérité…il était humain … » Pour lui, Sékou Touré était donc un « humaniste » et le camp Boiro, un centre de loisir. Les victimes (Kassory BANGOURA, Amiata Mady KABA, BARRY III, Félix MATHIOS, ZOUMANIGUI Kékoura, Mme Loffo CAMARA, Karim FOFANA….) ne sont victimes que d’elles-mêmes. Elles n’ont pas été torturées, ni assassinées. Sacrée réécriture de l’histoire récente.

    La sortie passablement sénile de Elhadj Moussa Sanguiana CAMARA n’est pas fortuite. Elle préfigure déjà ce que pourrait être la tonalité générale de leur « cinquantenaire » : les « salauds de Guinéens » contre le « magnanime » Sékou Touré. Les rencontres organisées à BAMAKO à ce sujet, peuvent être déjà considérées comme une répétition générale, avant la célébration triomphale annoncée. Chaque Guinéen, sans être spécialement perspicace comprend bien qu’il s’agit de « célébrer » M. Lansana Kouyaté avant qu’il ne s’autoproclame « élu », et successeur de Lansana Conté qu’il a déjà « bourguibisé ». En un certain sens, M. Kouyaté n’a pas tort. Il veut le pouvoir. Il s’en donne les moyens. Ayant compris que Lansana Conté est le principal obstacle à tout progrès de notre pays, il s’emploie avec détermination à le marginaliser, quand les autres (opposants et militaires ) tergiversent sans raison avouable. Le cinquantenaire est donc pour lui, un prétexte, mais un prétexte opportun. Il ne s’en dessaisira pas. A juste raison.

    Alors, se pose la question de savoir si le cinquantenaire est le moment approprié pour parvenir à cette indispensable clarification. Il me semble que collectivement, nous avons à répondre à deux questions préalables : qu’est ce que doit être exactement pour nous, le cinquantenaire de notre « République » ? Quelle est l’équipe qui a la légitimité pour en conduire l’organisation et pour dire quoi ?

    Pour nous Guinéens, et en raison du passé peu honorable du régime précédent, que doit être le cinquantenaire ?

    (Je parle uniquement du régime précédent, parce que, à mon avis, le régime de M. Lansana Conté n’est qu’une variante dégradée et grotesque du système Sékou Touré. Le concept de 2ème république ne me paraît pas pertinent, puisqu’il n’y a pas eu de rupture décisive. Il y a une pâle continuité honteuse).

    La célébration du cinquantième anniversaire de l’accession de notre pays à la souveraineté internationale n’est pas critiquable en soi. Ce pourrait même être une belle occasion de se réunir. Mais autour de qui et de quoi ?

    Un anniversaire est un moment de joie, de fête. Pour des pays comme le nôtre, il doit être le moment où la nation rassemblée, s’interroge à haute voix sur son passé et si possible, crever les abcès douloureux ou honteux. Or, des crimes ignominieux et des criminels ignobles, notre pays n’en manque guère. Les criminels en tout genre (crime de sang et crime économiques) sévissent au sommet de « l’Etat fictif », comme au temps du P.D.G. Dans ces conditions, si la célébration du cinquantenaire ne cache pas une opération politicienne partisane, ou financière, ce gouvernement ne peut en être l’initiateur, ni l’organisateur. Non pas qu’un gouvernement n’aurait pas à organiser l’anniversaire du pays qu’il dirige. Il serait même fondé à le faire, s’il avait une légitimité. Or, il se trouve que le « chef de gouvernement » est illégitime et sa fonction inconstitutionnelle. Par ailleurs, il s’est révélé être plutôt un chef de bande financièrement intéressé, qu’un Patriote désireux de sortir le pays du caniveau dans lequel il est maintenu depuis 22 ans. En outre, il se revendique continuateur de Sékou Touré. Se réclamer de Sékou Touré n’est pas interdit, encore faut-il faire l’inventaire de ses 26 ans de règne, selon moi calamiteux. Le président de la République n’est pas plus qualifié. Il a été l’un des exécuteurs intéressés de toutes les sales besognes du P.D.G. Et des massacres de jeunes Guinéens, il en a commis pour son propre compte, à Conakry, Kindia et en Guinée-Bissau.

    Deuxième partie : Le risque d’un cinquantenaire « frelaté »..

    Dans un discours incendiaire prononcé le 22 Aaoût 1976 contre les Peulhs, une fraction importante de la population guinéenne, M. Sékou Touré dit « …La situation du Fouta….En effet, l’on sait qu’à la naissance du Parti Démocratique de Guinée, le Fouta était menacé, tragiquement menacé de nombreux travers sociaux….l’alcoolisme menaçait les populations…. Y compris les marabouts qui remplissaient leur bouilloire de bière ou de vin….A Conakry, à cette époque, lorsque dix voleurs se trouvaient devant le commissaire ou devant le tribunal, l’on comptait au moins 8 ressortissants de la Moyenne-Guinée (Fouta). ». Parlant des intellectuels Peuhls au sujet de la lutte politique pour la souveraineté internationale, il ajoute « Du temps de la colonisation, ils avaient démissionné du camp de la lutte ; car ils se comptaient au bout des doigts, les Peulhs, jeunes ou vieux intellectuels, qui militaient ardemment dans les rangs du P.D.G…. ».

    Voilà ! Ne pas être du P.D.G., avoir une vision différente, se démarquer d’un « chef » parvenu inculte, dont le penchant criminel apparaissait déjà en pointillé, est qualifié de « trahison ».

    Pour le président de la République qu’il était, un Peulh était soit alcoolique, soit voleur, et souvent les deux à la fois. Ceux des intellectuels qui n’étaient pas dans son parti, ou qui doutaient de sa capacité à diriger un Etat, en plus d’être « alcooliques », « voleurs » étaient bien évidemment des « traîtres ». Nous sommes là, au cœur du débat.

    Le Parti-Etat, notamment son président organise des meetings dans le seul but de stigmatiser, injurier, humilier une composante de sa population, sur une base strictement ethnique. La stigmatisation n’a pas été que verbale. Les exactions sanglantes d’avant l’indépendance contre les mêmes, se sont poursuivies plusieurs années durant, après l’accession à la souveraineté. Les intellectuels les plus solides, pas seulement des Peuhls, ont été suppliciés, leurs cadavres souillés par M. Sékou Touré en personne (si j’en crois M. Alsény René GOMEZ). Il ethnise le débat politique, invite les populations à liquider leurs compatriotes, au seul motif qu’ils sont Peulhs. Savourez cette étrange consigne donnée dans le même discours, à propos des intellectuels « …Pour ceux qui sont à l’extérieur, nous n’avons pas voulu jusqu’ici les liquider, mais nous allons le faire désormais… Vous avez le pouvoir, Camarades militants de l’égorger sur place et nous en assumons la responsabilité devant le peuple de Guinée… ». Une invitation explicite à lyncher une partie de ses propres compatriotes. Le peuple de Guinée s’y opposera farouchement. Il n’y eut point de lynchage, ni individuel, ni collectif.

    Voilà brièvement présenté, l’un des lourds contentieux de dimension nationale qui mériterait d’être débattus publiquement au cours d’une vraie conférence nationale, préalable à toute célébration non partisane d’un quelconque cinquantenaire.

    Le P.D.G. et ses supporters ont souvent accusé leurs adversaires vrais ou supposés de trahison. Par exemple, BARRY III a été qualifié de « traître » et supplicié sans autre explication. (Je n’ai aucun lien avec BARRY III, ni avec aucun de tous ceux de sa génération. Mes parents n’étaient pas allés à l’école). Une conférence nationale serait l’occasion et le lieu de démontrer quelle cause il aurait « trahi », qui il aurait « trahi » et comment a-t-il « trahi » si tel était le cas. Le même raisonnement peut être appliqué à Karim FOFANA, KEITA Koumandjan, etc…. Les archives concernant les intellectuels de cette génération sont disponibles en France, en Afrique (Mali, Sénégal ), mais aussi en Guinée. Il se pourrait bien qu’à l’issue du débat public, nos compatriotes réalisent que les « traîtres » n’étaient pas ceux qu’on a désignés. Il se pourrait même que la légende de Sékou Touré en prenne un sérieux coup. La probabilité qu’il apparaisse pour ce qu’il est, c’est-à-dire un authentique vulgaire criminel semble élevée. D’où l’acharnement du pouvoir actuel (sans distinction de génération) à empêcher tout débat public sur les périodes 1958-1984

    Il n’est pas question pour moi de mettre en exergue tel ou tel personnage, ou d’instaurer une hiérarchie victimaire. Il s’agit d’éclairer deux étapes importantes de l’histoire récente de notre pays : 1958-1984 et 1985-2007. Des milliers de familles ont été détruites à partir de 1956 par Sékou Touré et ses Associés du P.D.G. Les massacres ont continué jusqu’à sa mort. Vouloir asseoir une célébration sur la tragédie des victimes, c’est préparer la possible désintégration du pays. Il y aurait alors deux pays : celui des victimes dont on nie les souffrances réelles et les bourreaux ou leurs héritiers ( idéologique et familial) qui eux, célébreraient ostensiblement leurs ascendants criminels. L’arrogance du bourreau face à la victime négligée. Un cinquantenaire légitime, travesti en opération politicienne dans l’unique but de relégitimer Sékou Touré, déjà réhabilité par Lansana Conté. Le palais présidentiel porte son nom : Sékhoutouréya.(en Soussou : chez Sékou Touré). Ses victimes qui se chiffrent par milliers sont ignorées, quand on ne jette pas l’opprobre sur elles.

    Les premiers textes relatifs au fameux cinquantenaire qui sont parus, laissent craindre le pire. Un ancien ambassadeur de France à Conakry et ami personnel du tyran, a dans un article publié dans kibarou.com donné le ton. Sékou Touré : l’homme qui a dit non ! La célébration avant inventaire. Les fosses communes, les pendaisons publiques, les exactions humiliantes infligées aux populations, ni vues, ni connues. Le témoignage comporte bien sûr quelques critiques du régime du P.D.G. pour mieux faire passer l’idée que son « ami » était un panafricaniste doublé d’un « patriote ». Il fait état de la répression qui n’était que sévère (donc pas sanguinaire). Il est sûr qu’il y avait multiplication de complots, ce qui à ses yeux entraînait des répressions sévères, en réalité sanguinaire. En clair, Sékou Touré assassinait, parce qu’il y aurait « complots ». M. l’ambassadeur en est sûr. Il évite la précaution oratoire usuelle. Il n’emploie aucun conditionnel. On en déduit aisément que les suppliciés des pendaisons, les fosses communes, les exécutions sommaires étaient tous des comploteurs qui avaient mérité les supplices les plus inhumains. Il oublie toutefois de rapporter les faits qui l’autorisent à être affirmatif. Dans la même logique, M. Moussa Sanguiana CAMARA, aujourd’hui conseiller officieux de M. Kouyaté, hier procureur cruel des tribunaux du P.D.G., prône l’oubli du passé. L’amnésie comme mode de réconciliation. Fantastique conseil qui ressemble fort à une auto-absolution.

    M. Alsény René GOMEZ, a commencé à apporter quelques lumières, à mon avis insuffisantes sur la période 1958-1984. Mais, son livre (que je n’ai pas encore lu) a le mérite d’exister. Il faut le saluer. Pour ma part, je considère que ce livre n’est qu’une petite première contribution. Il ne peut s’arrêter en si bon chemin.

    Les anecdotes de la vie quotidienne pendant sa détention au camp Boiro ne peuvent se substituer aux questions de fond. Par exemple, des officiers comme M. Lansana Conté ont-ils dirigé des pelotons d’exécution ? Ont-ils eux-mêmes torturé ou coordonné les opérations de tortures ? Qui a ordonné l’exécution sans procès de plus de 180 officiers Malinkés après Avril 1984 ? Pourquoi ? Pourquoi avoir humilié le colonel Diarra avant de l’assassiner ?

    Un second livre portant sur la période 1985-2007 est attendu avec impatience par des millions de Guinéens. ? On peut imaginer que M. GOMEZ l’a déjà mis en chantier. Ce ne devrait pas être difficile à écrire. Ayant été un acteur décisif du système Conté, il dispose de tous les matériaux dont le pays a besoin pour comprendre les chemins qui l’ont conduit à la déchéance qu’il connaît depuis presque 20 ans. A deux reprises, M. GOMEZ a appartenu à des équipes gouvernementales toujours chassées par des insurrections militaires et civiles. Pourquoi il ne déplore la tyrannie que quand il n’est plus en mesure de l’exercer lui-même ?

    Par exemple les tueries organisées contre la jeunesse en Juin 2006, en Janvier et Février 2007. Pour quelles raisons a-t-il laissé massacrer ses propres compatriotes par Lansana Conté ? Etant un ministre important, il était vraisemblablement au courant que M. Lansana Conté avait l’intention de faire venir de Guinée-Bissau, pays qu’il considère être le sien, des miliciens tueurs, pour l’essentiel issus de sa famille paternelle. Que craignait-il, au point de laisser massacrer la jeunesse de son pays par une milice étrangère ? Quelle est la nature du pacte qui semble le lier à Lansana Conté ?

    Dès sa sortie du camp Boiro, en avril 1984, M. Alpha Abdoulaye DIALLO dit Porthos sort un livre qu’il intitule « La vérité du ministre ». Il y raconte ses conditions de détention au camp Boiro. Il y explique avec force détail comment en Novembre 1970 lors du débarquement d’un corps expéditionnaire portugais à Conakry, il a organisé le plan de sauvetage de Sékou Touré et de sa famille. D’après ce que nous savons depuis, il avait convaincu un couple, descendant de la famille régnante de Dalaba de cacher Sékou Touré dans sa résidence de la minière (un quartier de Conakry). Il a été persuasif semble-t-il. M. Sékou Touré a eu la vie sauve grâce à cette famille. Après les évènements, elle a disparu, accusée de « complot ». Tout comme M. GOMEZ, M. Porthos devrait éclairer le pays sur des épisodes comme celui-là, ou tout au moins donner sa propre lecture des pratiques du P.D.G. et de Sékou Touré dont il a été l’un des sauveurs. Et c’est à son honneur.

    Après « la vérité du ministre », il serait intéressant que M. Porthos écrive « sa vérité ». C’est historiquement utile pour le pays. Il a toujours été un Ministre important de Sékou Touré. Il a un certain niveau de formation universitaire. Il sait écrire. Il a vraisemblablement des matériaux de premières mains. Par exemple, certains proches de Sékou Touré affirment que Kwamé N’KRUMAH était non pas hébergé, mais en résidence surveillée à Conakry à la demande d’une puissance étrangère occidentale. Qu’en est-il ? Sékou Touré ignorait-il le projet d’assassinat de Cabral ?

    On peut donc espérer que l’ancien Secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères du P.D.G. accepte de livrer dans un prochain ouvrage, la philosophie générale du pouvoir dont il a été longtemps, l’une des notabilités technocratiques, d’ailleurs admirée.

    Sans une explication nationale, publique, franche et sans tabou, toute célébration du cinquantenaire ne pourrait être que « frelatée ». Et les démarches auprès d’une épouse de Lansana Conté visant à obtenir l’exclusivité de l’organisation d’un « débat » national sur ces questions sont suspectes. Au demeurant, l’épouse du président autoproclamé n’est pas une institution nationale, ni propriétaire de l’histoire de notre pays. Que des « intellectuels » entreprennent une pareille démarche est désespérant.

    Mamadou Billo Sy Savané, (Rouen) France
    Contact : mamadoulinsan@wanadoo.fr
    Pour www.nlsguinee.com


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