mardi 27 novembre 2007
"J'ai tué et je n'hésiterai pas à tuer..." Général Lansana Conté
Lorsqu’un Général est à la tête d’un pays, c’est toute son Armée qui est au pouvoir. Dans le cas spécifique de la Guinée, il y a des « pions » civils (les ministres) derrière lesquels il y a l’ombre de ceux qui manipulent le pouvoir. Ils sont en clans et sous clans. Ils peuvent faire et défaire les hommes au service du Président. Ils concoctent toutes les recettes de la cuisine du gouvernement et la misère des populations. La Constitution n'ayant aucune valeur à leurs yeux, ils décident qui doit être l'"hériter" du général président.
Et puisqu’il faut deux pour un Tango, il a fallu l’aide de cette "vaillante" Armée guinéenne et le PDG-RDA du « responsable suprême de la révolution » pour nous mener dans les eaux tumultueuses de la révolution vingt six années durant avant d’arriver à mauvais port et en eau trouble le 3 avril 1984. A cette malheureuse date il a fallu aussi la caution de cette même "brave" Armée et le Parti de l'Unité et du Progrès (Pup) du « responsable suprême » de notre pseudo démocratie pour traîner ce pays vers un cimetière collectif.
Nos politiciens qui trottinent dans nos Institutions peu fiables depuis ce multipartisme diviseur des années 90, n’ont servi qu’à légitimer un pouvoir militaire illégal qui s’est servi des biens du peuple avec gourmandise. L’opposition à ce régime militaro affairiste mafieux ne se limite qu’à quelques « propriétaires » pardon, leaders de partis politiques. Leurs clients ou du moins… militants n’étant que des « débrouillards ». Puisqu’il faut « pourrir » avec le système ou « mourir » de misère quand on est opposé au système.
L'Armée dans sa majorité, les cadres et bon nombre de nos politiciens, devenus pénitenciers du régime ont choisi de « pourrir » avec le système au lieu de le changer pour le bien de tous les Guinéens. Nous constatons avec beaucoup d’amertumes que ce délabrement politique qui a parfaitement servi à diviser profondément les Guinéens à tous les niveaux est loin d’instaurer la démocratie à la base.
En Guinée, on n’a pas besoin d’un pouvoir surnaturel pour comprendre qu’après Lansana Conté c’est un militaire qui prendra le pouvoir. La Guinée est plus apte à vivre un scénario à la togolaise qu’une succession dans le respect de la Constitution. Pour s’en rassurer il ne suffit que de procéder bêtement à une petite arithmétique dans l’Armée et d’autres postes stratégiques qu’occupent la famille présidentielle et ses alliés dans tous les rouages de l’Etat.
D’ailleurs, aux yeux du chef de l’Etat lui-même (et de ses alliés) que vaut la Constitution guinéenne? En dehors de jurer théoriquement de la « respecter » et de la « faire respecter » comme ces enfants voyous jurent sur la ceinture de leur père.
Certainement, nous nous acheminons vers la phase finale de la substitution de l’Etat guinéen par la famille présidentielle. Tous les ingrédients sont réunis et les « Chef cuisiniers » du système sont prêts à se mettre à l’œuvre le jour venu. Le monde ne serait pas à sa première expérience. La communauté internationale dite « démocratique » était-elle absente de cette planète pendant les mutations antidémocratiques en République Démocratique du Congo et au Togo ? Certainement pas.
Mais, il a fallu faire un choix entre une « démocratie instable » et une stabilité relative gérée par l’hégémonie d’une famille au détriment de la Nation. « Mieux vaut le diable qu’on connaît que l’ange qu’on ne connaît pas ». Or, si le président français, Jacques Chirac, inversait par trucage les résultats des présidentielles comme l’avait fait le Général Lansana Conté lors des consultations de 1993, 1998 et de 2003, c’est toute la France qui aurait convergée sur l’Elysée pour le déloger. Mais la Guinée ce n'est pas la France. En Guinée on peut congratuler un général qui se fait frauduleusement réélire à la tête de l'Etat dont il méprise la Constitution.
En 1993, juste après la proclamation des résultats en faveur du candidat Lansana Conté, la ville de Conakry fut assiégée par des tirs nourris des militaires une bonne partie de la nuit. Signe dissuasif efficace contre toute intention de manifester contre le gouvernement.
Au lendemain de la proclamation des résultats des élections présidentielles de 1998, nous avons assisté à un spectacle inédit. Sous le Commandement du Capitaine Sama Panival Bangoura, des éléments de l’Armée furent réquisitionnés pour mater toute forme de manifestation.
Dans le quartier périphérique de la capitale où l’opposition semble avoir plus de voix, des paisibles citoyens furent arbitrairement arrêtés, déshabillés. Des traitements dégradants et inhumains leur avaient été infligés. D’autre avaient été battus à mort et jetés sur la voie ferrée à proximité du camp Alpha Yaya Diallo. Les plus fortunés s’en sont sortis avec la partie postérieure complètement abîmée et ensanglantée suite aux bastonnades. Beaucoup étaient décédés par la suite. Cette œuvre de quelques uns de nos citoyens en uniformes sensés protéger leurs concitoyens restera longtemps gravée dans notre mémoire.
Bien sûr, la démocratie est un long processus qui a mis assez de temps avant d’arriver à son niveau actuel dans les pays occidentaux. On ne se réveil donc pas un beau matin pour se retrouver en démocrate accompli. Mais quand on manque de volonté politique, de civisme, de l’amour et du respect du voisin, l’idée de la construction d’un Etat de droit ne relèvera que du baratin.
Les pays Occidentaux ne peuvent pas nous parachuter leur démocratie ou manifester dans nos rues contre nos propres dictateurs. Ils seront tout de suite taxés de néo-colonialistes. Ils peuvent, à la rigueur, nous donner une partie de l’impôt qu’ils paient à leurs Etats. Même ces dons, pour la plus part, ont tendance à disparaître dans les poches de ceux qui gèrent ce pays à leur propre compte.
Aujourd’hui, chaque décret signé de notre Général président Lansana Conté, (« le très bien aimé » de l’écrasante minorité qui pille ce pays sans répit et « le très mal aimé » de la majorité qui vit dans la misère), déclenche un calcul ethnique et inspire « l’ethno phobie ». Chaque nomination nous prouve à quel point nous sommes divisés et à quel point ceux qui se retrouvent malheureusement à la tête de ce pays nous ont fait subir des transformations de mentalités dangereuses. Ce déséquilibre montre à quel point nous sommes dévorés par le sentiment d’appartenir à notre ethnie au détriment de notre appartenance à cette belle nation qui est la Guinée. C’est le « programme » qui a réussi le mieux ces dernières années en Guinée sous l’égide du chef de l’Etat.
Bien que dépourvu de tout pouvoir réel, aucun premier ministre guinéen n’a essuyé, à tort ou à raison, autant de tirs de ses concurrents et adversaires que Cellou Dallein Diallo. D’une part parce qu’il est ce qu’il est, et d’autre part, parce qu’il serait ce que ses prédécesseurs ont toujours été : un premier ministre jouant le rôle de Directeur Général d’une entreprise familiale appartenant au chef de l’Etat.
Chaque Guinéen doit savoir que nous ne pourrons changer la Guinée que quand nous changeons de mentalité. C’est seulement en ce moment que nous pourrons changer ce système si dangereux pour les composantes de la nation. Nous ne devons plus laisser l’avenir de ce pays dans les mains de ceux qui considèrent que leurs intérêts égoïstes sont supérieurs à ceux de la nation.
Pour y arriver, il faut que nous ayons le courage d’aimer notre nation même si cela est au « détriment » de notre ethnie ou de notre famille. C’est le sacrifice ultime à faire pour la construction d’une nation. Vouloir réserver des comptes faramineux à notre famille ou tous les postes clés « succulents » à notre ethnie n’est pas une expression d’amour. C’est l’égoïsme ultime dont il faut s’en méfier à tout prix.
Comme l’a dit le Chef traditionnel Nigérian du Delta, Eghare W.O. Ojhogar : « C’est comme le Paradis et l’Enfer. Ils ont tout et nous n’avons rien [...] Si nous manifestons, ils nous envoient l’armée …» Et ce n’est pas pour nous caresser tendrement.
Nous devons donc les combattre dans la rue, sans violence, avec la philosophie de l’illustre Gandhi : la désobéissance civile.
Par Amadou Sadio Diallo
Directeur publication
Les Ondes de Guinée
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