jeudi 22 novembre 2007
Jusqu’à présent la mémoire historique de la Guinée, de 1984 à la nomination de Lansana Kouyaté le 26 février 2007, a été fondée sur « un pacte de l’oubli » parce que les Guinéens attendaient de trouver un jour de pardon dans le cœur de leurs bourreaux. Ce faisant, le procès du premier régime et des responsables de tous les crimes contre l’humanité en Guinée n’a jamais été fait.
Paradoxe : ce sont ces bourreaux qui, bien aujourd’hui, essaient d’inculper leurs nombreuses victimes. Cela est devenu possible parce que Lansana Kouyaté, en sous main, y travaille. Peu de temps après sa nomination, il fit venir la plupart des membres de la famille des anciens hauts dignitaires du PDG. Dès lors, il ne se gène plus d’adopter le style de leur ancien maître : grand boubou, bain de foule, mensonge à travers des promesses non tenues, discours verbeux et creux, comportement ostentatoire et abusif, acte de générosité très intéressée (distribution d’argent aux nécessiteux guinéens qui doivent magnifier sa « gentillesse et sa largesse. » ) Malheureusement ses pauvres bénéficiaires oublient qu’il ne vient pas de naître, pour mieux dire qu’il n’a jamais prouvé son altruisme avant. Cette attitude est un abus de confiance, une tricherie et une tromperie ! C’est aussi l’achat de conscience de personnes vulnérables et fragilisées que sont devenus majoritairement les Guinéens à cause de la misère et leurs abominables conditions de survie. C’est du machiavélisme à la manière de la souris en gestation qui ronge la plante du pied du dormeur tout en soufflant sur la plaie de peur de l’éveiller. Réveillez-vous, chers compatriotes à la conscience ainsi endormie !
Croyant bien avoir réussi, Lansana Kouyaté se fait le point de mire du projecteur de la lumière que nous ne voulons pas voir détenue par une seule personne, mais par tous les Guinéens. Le sachant bien, il se retourne vers sa famille politique ; celle du PDG. Voilà maintenant ses membres qui veulent lire l’histoire à l’envers en célébrant le 22 novembre 1970 dans le climat folklorique qu’entretient justement le PM au moment où ailleurs, les dictateurs mêmes morts sont sujets à la condamnation de l’histoire. Ce sont les cas en Espagne (Franco et le parti populaire : PP) et de l’arrestation de l’ancien président des Khmers Rouges. Arrêtons-nous à ces deux exemples très récents.
Ces exemples-là auraient pu vous donner à réfléchir, monsieur le PM pour éviter à la Guinée la guerre que vous allumez, peut-être, inconsciemment. Cette attitude est grave et suicidaire pour nos populations. Vous serez la première victime si l’implosion sociale se produisait parce que l’histoire vous retiendra comme le seul responsable au regard de l’accord inavoué et indicible que vous avez passé avec le PDG pour fermer notre triste et douloureux passé.
En Espagne, sous le chef de gouvernement, Zapatero, il y a la loi dite de «mémoire historique » monsieur Lansana Kouyaté. Elle condamne la dictature franquiste, ce régime totalitaire qui a été le contre-courant à la liberté et à la dignité humaine comme le PDG le fut en Guinée de juin 1947 à mars 1984 prolongé aujourd’hui par votre gouvernance. Monsieur le PM, il y a deux ans que Zapatero a fait retirer du centre de Madrid, la dernière statue de Franco. Depuis neuf mois, vous, vous êtes entrain de faire ressusciter le PDG. La commémoration dont se fait l’écho votre site, guinea24.com en est l’expression.
Ces derniers temps, de par votre complaisance, sinon complice positionnement à l’endroit du PDG, la voix des bourreaux se font attendre. El Hadj Moussa Sanguianah est sorti de sa tanière pour lancer au visage du Guinéen : « Je mène une vie paisible […] le PDG n’a jamais accusé quelqu’un ... » Ainsi conduisez-vous inexorablement la Guinée vers la guerre civile dont je parle dans mon article : « la Guinée guettée par la tragédie de l’ethnicisme. »
Guinéennes et Guinéens,
Les agitations qui se font à travers le négationnisme de l’histoire, l’attaque d’une partie de la population par un petit livreur de pizza depuis les USA, le bruissement stérile nommé commémoration traduisent la peur qui gagne nos bourreaux et associés du potentat de notre histoire. Ils gesticulent en pensant dévier la marche de l’histoire que nous voulons désormais balisée à travers et par la réconciliation nationale que j’appelle de tous mes vœux si ce ne sont aussi ceux de tous les Guinéens. Organisons-nous et préparons cette phase de notre existence dans la lucidité, la sérénité, sans rancœur, ni esprit de vengeance. Là où il y a excuse, il y a pardon. Le préalable est que chacun reconnaisse sa part de responsabilité en l’avouant dans le but de réhabiliter sans exclusive toutes les victimes connues et inconnues.
Paris 22 novembre 2007
Par Jacques KOUROUMA
E-mail : jacques.kourouma@orange.fr
Pour www.nlsguinee.com