vendredi 16 novembre 2007
La Guinée val, du moins c'est le constat général qui se dégage de toutes les analyses de la situation. Votre rédaction a initié une série d'interviews des '' intellectuels neutres '' à l'effet d'obtenir une sorte de guide pour sortir de la crise qui perdure . Notre premier invité est El hadj Saidou Nour BOKOUM , l'initiateur de '' Guinée 2010, Odyssé de l'Impasse '' .
C'est dans une longue interview , sans langue de bois , qu'El hadj Saidou Nour BOKOUM qui n'est plus à présenter aborde tous les sujets jusqu'ici tabous en Guinée :
- De l'héritage de la Première République (Camp Mamadou BOIRO y compris ) en passant par la gestion catastrophique du règne du Général Lansana CONTÉ jusqu'à la fameuse question de la Conférence Nationale souveraine qui hante les esprits sans oublier la crise de leadership , les dérives de la presse électronique guinéenne . Bref la Guinée sur un rétroviseur .
Tout a été revu à la loupe par cet intellectuel modéré , personne ressource et sobre à la fois dont l'humilité fait l'unanimité au sein de la communauté guinéenne de France et ailleurs en Europe . L'interview sera publiée dans les prochains jours dans notre journal-papier à Conakry et simultanément mise en ligne .
1- L'Observateur : Presentez-vous aux lecteurs de notre journal
El hadj Saidou Nour BOKOUM : Pour les Guinéens je veux bien le faire. « Je me nomme Saïdou Nour Bokoum », n’est-ce pas la fameuse et maudite formule bien connue de ceux qui écoutaient les futurs condamnés du Camp Boiro, qui inventaient ensuite le roman macabre écrit par leurs tortionnaires. A telle enseigne qu’un vieux de Dinguiraye ma ville natale, s’est exclamé un jour avec une rage d’indignation non feinte : « Le plus mauvais de ces gens, est ce malheureux qui s‘appelle.. « ye mé nomme.. » !
Au fait vous connaissez Dinguiraye ? Ca se trouve en Guinée ! Et c‘est une ville fondée par El-Hadj Oumar Tall en 1944 ou 47, bien avant Dakar fondée en 1950 . Je donne ces précisions parce que j’ai été plusieurs fois stupéfait de ne pas entendre cité le nom de ce grand fondateur d’Empire, résistant à la présence coloniale, quand on parle des grands hommes guinéens ! Au compte de quelle aliénation ou quelle inculture faut-il mettre cet oubli ? On parle de Dinah Salif, Samory, Alpha Yaya, etc. Dans cette seconde République, El-Hadj Oumar, connais pas ! On oublie seulement que du temps d’El-Hadj Oumar, la Guinée dans ses frontières actuelles n’existait pas.
Mais la Guinée d’aujourd’hui, dans ce qu’elle a de fondamental, dans ses racines culturelles, c’est à dire la nation guinéenne n’eût pas existé, sans le « passage » d’El-Hadj Oumar Tall. Pas seulement la Guinée, mais le Mali, le Sénégal, une partie de la Mauritanie, de la Gambie, etc. L’espace crée par la geste et le fergo ( hégire, exode ) d’El-Hadj Oumar où vivent en bonne entente des Peuls du Fouta Toro, du Nigéria, du Macina, du Fouta Djallon, des Bambara, des Massassis, des Maures, etc. etc. ferait rêver ceux qui veulent aller plus loin dans l’intégration de la C.D.E.A.O. Suspendons ce débat grave qui resurgit de temps en temps entre intellectuels au Mali, au Sénégal, en Côte d’Ivoire où Samory est plutôt une triste figure.. Au moins Sékou Touré à laissé se construire un camp El-Hadj Oumar Tall. Sékou Touré a commis toutes sortes de crimes sauf peut-être celui de faire l’ignare à propos des grands hommes noirs du passé, comme c’est le cas dans cette sombre seconde République. Que serait l’U.N.R. si Ba Mamadou se fût appeler Bokoum ou Gadjigo ou Tall, sûr que L’U.F.D.G. et même l’U.P.R.n’eussent pas existé !
Donc avant de vous raconter mon périple occidental, bien qu’il ne fût point doré, ( je n’ai pas été condamné moi ), j’ai eu des périodes heureuses, des moments de fierté avec un groupe de camarades d’exil. Je précise juste un des paradoxes de la vie de « diaspo » ( terme que j’ai fini par exécrer, à cause de l’usage qu’on en fera en cette seconde République ). D’ailleurs j’en profite pour sortir de la langue de bois, au risque de provoquer « un guerre mondiaux » sur le Net, qui se porte comme un habit de souillon en ce moment..
Donc parlons comme Zao. Savez-vous comment les diaspourris appellent les prédateurs des cinquante ans de cultures guinéennes détruites ? Des lafidis, ou parfois des polycards, qui pourrait rimer avec tocards ! Après la conférence nationale, tout ceci passera pour des plaisanteries du « « sanakouya », comme entre Diallo et Bah ou Conté et Camara.. Donc je suis plus connu en Côte d’Ivoire qu’en Guinée. En côte d’Ivoire où j’étais allé dans le cadre de la coopération franco-ivoirienne et où j’ai contribué à la formation de près de cinq promotions de cadres, agents du développement culturel. Parallèlement, j’ai fondé une troupe de jeunes comédiens qui étaient au départ au bord de la délinquance et qui en 18 mois et 8 ans plus tard, se sont hissés au sommet de la profession. Il y en a une qui est venue en Guinée, devenue en quelque sorte «star » du cinéma africain. Naky Sy Savané se trouve aujourd’hui à Marseille où elle anime un espace de création, ce que j’ai cherché en vain dans mon pays natal. Pire, j’ai cherché sans succès, à monter un projet de formation en Guinée, mais, nous en reparlerons peut-être.
C’était juste pour dire qu’avec La Compagnie du Phénix que j’ai créée à Abidjan, j’étais devenu ivoirien pour ainsi dire par adoption, puisque là-bas on m’a honoré de la Médaille du mérite national ivoirien, comme coopérant et comme animateur de la vie culturelle ivoirienne. C’est cet épisode de ma vie que je tenais à faire connaître à mes compatriotes, qui connaissent la fameuse formule « Ton pied mon pied ». Je dois leur dire que moi je suis l’inventeur d’une autre formule non moins célèbre en Côte d’Ivoire, c’est « En attendant mon Groto », titre-chanson d’une pièce dont le succès et la célébrité n’ont été dépassés par aucune autre à ma connaissance. J’ajoute juste pour bien faire comprendre la dimension médiatique de ces formules, qu’elles sont les inscriptions publicitaires réservées aux pagnes à succès de là-bas. Les fabricants de pagnes Wax et Fancy avaient donc créé un pagne « En attendant mon Groto » ! A Abidjan, il m’arrivait de ne pas faire les formalités de police à l’aéroport, bien que je n’aie pas de passeport diplomatique, alors qu’à Conakry je rase les murs ! Ce n’est pas Saïdou Bokoum qui y était une célébrité : c’est le théâtre et la culture qui y étaient célébrés, honorés !
2-''L''Observateur '' Monsieur Saidou Nour BOKOUM, vous êtes un des grands intellectuels de la Guinée vivant en France depuis belle lurette. Pouvez-vous dire aux lecteurs de notre journal les raisons de cet exil ?
S.N.B. Oui, depuis belle lurette comme vous dites ! Pour la France, c’est depuis 1965-1966, mais l’exil a commencé en 1963 puisque j’ai d’abord commencé par les U.SA., comme jeune boursier du Département d’Etat. Ça a duré un an. Ensuite ? On nous a réorientés en Algérie pour faire des études de médecine. Après un an à Alger, on parlait de nous envoyer au Maroc. Moi j’ai dit basta !
En Avant pour l’exil, à Paris ! Mais dès 1961, à la suite de la grève des enseignants, où nous jeunes lycéens avions été pratiquement mis à la diète pendant 72h , en nous menaçant d’être tous fusillés à 4h du matin, mon parti était pris. Sékou Touré avait cessé d’être mon idole et la perspective d’être étudiant au nouvel Institut Polytechnique ne me disait rien de bon. Bref, d’Alger j’ai pris la poudre d’escampette.
Maintenant une précision capitale. « Depuis belle lurette », j’ai cessé d’être un DIASPO : j’ai vécu en Occident de 1963 à 1982, mais de 1982 à 1999 j’étais en Afrique . Donc 19 ans en Occident, 17 ans en Afrique dont 9 en Côte d’Ivoire et 8 en Guinée . Et quelle Guinée ! La Guinée du début du pluralisme en tout , la Guinée des luttes dures, parfois sanglantes, la Guinée de la presse libre, du multipartisme et des.. fraudes massives. La Guinée de la mise en place d’un système qui a démontré sa faillite totale, aggravée d’une crise de leadership à laquelle n’échappe aucune des composantes des acteurs collectifs qui ont vocation à conduire le changement social dans un pays : Partis politiques, syndicats, société civile etc.
Voilà pourquoi mon parcours circulaire me permet de récuser les formules faciles du type « vous les intellectuels avec vos analyses de bord de Seine.. Vous n’êtes pas sur le terrain.. ». Propos le plus souvent tenus par d’ex diaspos à court d’arguments ( suivez mon argument ).En face ou plutôt ici en Europe, il y a bien évidemment des délires qui se veulent théoriques, mais qui procèdent indubitablement de l’éloignement et de la connaissable médiocre des profonds changements survenus en Afrique, malgré l’apparent immobilisme qui y est frappant à première vue. Mais nous y reviendrons j’espère.
3- L'Observateur : Que faites-vous en France depuis que vous y êtes ?
SNB : Bien évidemment j’ai d’abord étudié, en tâtant du droit pour commencer, mais j’étais surtout attiré par le théâtre et la littérature. J’aimais aussi la sociologie et j’ai fait un diplôme de l’Ecole Des Hautes Etudes en Sciences sociales. Maintenant je suis fonctionnaire du Ministère de la culture, et j’enseigne à Paris 8 dans le cadre d’une « mise à disposition » par mon ministère, tout en y menant une recherche qu’il serait difficile d’expliquer ici, qui a rapport avec le lien social et l’identité. Disons que ça tourne autour des avatars de l’identité africaine à travers les performances artistiques. Ça débouchera sur une thèse peut-être, mais ce n’est pas mon obsession, le diplôme.
Evidemment j’ai fait beaucoup de théâtre, en créant une troupe de théâtre, Kaloum Tam Tam avec des amis ( l’honorable et l’incontournable Ahmed Tidjane Cissé, dont on finira par découvrir qu’il est avant tout un grand poète doublé d’un dramaturge qui joue à faire de la politique ( il a tout de même souvent risqué sa vie en 1993 notamment ), Souleymane Koly ( Kotèba d’Abidjan ), Soriba Kaba ( ex super ministre de l’Economie et des finances), Kerfalla Yansané, gouverneur de la B.C.R.G. (« phiraouna » son surnom caché à la Banque, il l’apprendra en vous lisant.. ) , Comme vous voyez, rien que du beau monde, et j’en oublie, des célébrités vivant encore en Guinée et ailleurs. « Quatre garçons et une fille », avait titré un journaliste français qui avait fait un papier sur nous. J’ajoute pour entrer dans le ton de notre entretien, qu’il y avait dans ce noyau, le petit Maninka mory, le petit Soussou, le petit Forestier et le petit Peul. La fille était une jeune Béninoise ( Dahoméenne à l’époque ). On n’avait pas encore inventé l’ethno-camaraderie, car plusieurs amitiés solides se déferont pendant la deuxième République à cause des nouveaux concepts machinés par nos apatrides nationaux.
Cette troupe après celle de Keïta Fodéba, allait réinventer le Kotèba mandingue, une forme de théâtre traditionnel africain qui, étrangement, se retrouvera au cœur des bouleversements esthétiques du théâtre des années 60, disputant la nouveauté au fameux Leaving theater, au Campesino et autres démarches pirandelliennes ou brechtiennes de théâtre dans le théâtre, comme celle de Grotowski, Peter Brook qui jouent comme la structure du Kotèba, avec le corps, la pauvreté et la nudité de la scène.
Il y avait quelque chose de surréaliste à voir notre futur phiraouna tout puissant de la B.C.R.G., avec une jupette de raphia, se trémoussant dans son personnage inénarrable de Niamou ( masque forestier ), il n’était même pas Niamou principal notre futur tout puissant gouverneur ! Le Niamou principal étant joué par le petit Forestier( le célébrissime Souleymane Koly qu’on ne présente plus !). Je ne vous parlerai pas des personnages joués par le petit Peul-toucouleur ou celui du petit Maninka mory dit Plateau ( le futur ministre des finances )! Fallait voir les Toubabs ( maintenant on dit Baptous ) se fendre.. devant ces négrillons qui ne savaient même pas qu’ils étaient entrain de participer à la réinvention du théâtre universel !
En ce temps-là, on nous faisait la cour pour avoir la nationalité française, à tous les coups, on refusait. Comment, nous qui avions bourré les urnes ( les fraudes déjà, il ne faut jamais jeter la première pierre..) pour dire Non ! au Grand Baptou du 18 juin !
Après la dispersion des membres fondateurs de cette troupe, j’ai écrit et créé une pièce, DEPOSSESSION, interprétée par les plus grands comédiens noirs vivant alors en France et qui a représenté la Zone Europe au FESTAC De Lagos en 1977 (2è festival mondial des arts nègres ).J’avais publié auparavant un roman ( CHAINE ) en 1974 chez Denoël ( affilié à Gallimard ) qui a eu un grand succès d’estime, mais que des critiques africanistes ont voulu enterrer dans l’œuf, parce que c’était une sorte d’OVNI à l’époque. N’empêche, sauf erreur, après Batouala,c’est le second roman écrit par un Noir, qui s’est retrouvé dans la dernière sélection du Goncourt. Passons.. Vous êtes pressé de parler politique !
4- L'Observateur : Ne pensez-vous pas que la situation catastrophique dans laquelle notre pays a toujours évolué dépend en grande partie de la fuite des cerveaux dont il est victime, alors que des cadres capables de le remettre sur les rails, ( sans négliger ceux qui sont au pays ), vivent tous à l'étranger ?
SNB : Dans le cas spécifique de la Guinée, je me demande s’il faut parler de fuite de cerveaux. Pour deux raisons : La première c’est que, malheureusement, il s’agissait pour la plupart, de fuir la mort ou la prison. Alors que la fuite des cerveaux est un choix libre entre deux offres, celle du pays étant jugée non suffisamment gratifiante par le natif qui va voir d’autres horizons où il pense que ses compétences seront mieux « vendues » à des offres qui y sont disponibles.
La deuxième raison, c’est que le cas guinéen renvoie à cette triste affaire de Guinéens de l’Extérieur et Guinéens de l’intérieur. Dont la source est l’érection de « L’Ecole guinéenne » en concept idéologique. Concept devenu système de gestion des affaires par une caste formée à l’école guinéenne et qui ne veut pas entendre parler de participation des Guinéens formés à l’extérieur . C’était une promesse de Sékou TOURÉ . Promesse tenue. Car ce sont ces quelque deux cents apatrides locaux qui se passent la main au fil des changements de gouvernements. Qu’on n’aille surtout pas feindre de croire que j’assimile les quelques 48 800 autres honnêtes fonctionnaires à des prédateurs. Ceux qui composent la petite caste toxique à l’économie nationale, étalent de façon suffisamment insolente les signes de leur « réalisations » de parvenus, pour qu’on les confonde avec les premiers. Ils tournent mais ils ne sont jamais au chômage, parfois même dans leur
tombe..
5- L'Observateur : Envisagez-vous un jour de rentrer définitivement au bercail pour le servir, pas à l'âge de la retraite, si oui quand, si non, pourquoi ?
SNB : Je viens de vous dire que ce n’est que forcé que j’ai dû décider de ne pas rentrer à la fin de mes études après avoir été écœuré par le Sekou TOURÉ des complots ( notamment celui de 1961 ), où de grands intellectuels venus de partout d’Afrique et d’ailleurs, ont dû rendre le tablier après avoir été soupçonnés d’être de mèche avec les enseignants guinéens : les Foté Memel, les Mimoune, Ives Benot, etc.
Ensuite je précise qu’en 1991 j’étais à Conakry où j’ai travaillé plusieurs mois comme contractuel au ministère des arts, de la jeunesse et des sports. Contractuel et conseiller technique du ministre de l’époque . Dorank Assifat étant alors secrétaire général et un certain SOLANO , directeur national de la jeunesse. C’était en pleines manœuvres de fabrication du P.U.P..
J’ai vu ce machin concocté dans l’œuf, alors que je travaillais à la rédaction d’une douzaine de décrets que « ce type ne signera jamais », ricanaient les Solano et consorts dont je faisais précisément le travail.Pourtant « ce type » allait signer ces décrets dont je suis particulièrement fier. Notamment celui qui donnait du travail à quelque deux cents jeunes diplômés. Le hasard fit que l’un d’eux me reconnaissant grâce à mon passage à une émission de télévision où je dénonçais le laxisme de certains hauts fonctionnaires ( ce qui précipitera la signature dudit décret ), me dira : « M. Saïdou Bokoum, créez un Parti et nous serons avec vous ! ». Et c’était un célèbre leader étudiant dont j’ai oublié le nom. J’étais parti du Ministère des arts à l’avènement d’Assifat.
Après avoir galéré quelques mois je me suis retrouvé comme chroniqueur à La Nouvelle République de Ba Mamadou où m’avait donc aperçu ce jeune homme. Pendant ce temps, nos futurs grands ministres des fraudes tissaient la grande toile d’araignée entre l’immeuble Kébé et le Camp Alpha Yaya, grande nasse où l’on allait piéger comme nos bongas , tout un peuple. A l’ombre du grand chef de tribu tapis sous la majesté d’un fromager, nos intellectuels prenaient un « chouia » de malinké ici,un ressortissant de la forêt par là, ailleurs un zeste de soussou ou un peu plus tout de même, ( on doit complaire au chef de tribu ), une pincée de peulh ailleurs, et le tour était joué à Mamou.
Donc, dès que Assifat a pris le fauteuil de Bagbo ZOUMANIGUI, il m’a poussé dehors. J’ai rejoint la « foule déchaînée » des journalistes d’une presse nouvellement libérée ( Nouvelle République, Lynx, et L’Indépendant ). Je dois revenir en arrière et dire que pendant que j’étais en coopération en Côte d’Ivoire,( envoyé par la France ), j’ai essayé de réaliser un projet de formation de personnels de la culture et des industries culturelles, comme c’était la mission de l’institut de formation pour lequel j’étais en coopération à Abidjan. Le projet ayant eu le feu vert du CMRN, de Hervé Vincent Bangoura ( paix à son âme ! ), et même du tout puissant gouverneur de la Banque centrale ( mon petit camarade Kerfalla Yansané ), eh bien ,un cadre du ministère de la culture a trouvé judicieux de mettre son pied dessus : « un Guinéen de l’extérieur n’a rien à nous apprendre ! ». Pourtant j’étais à peu près sûr d’avoir les concours financiers nécessaires, dont celui de la France et de l’I.D.A.( j’espère ne pas me tromper de sigle ? ).
J’ai préféré rentrer au « bercail » , où par miracle on venait de m’intégrer dans la fonction publique française. Un drame familial m’a encouragé à retourner en exil, faute de mieux . Mais je m’étais préparé à m’installer non pas à Conakry, mais à Dinguiraye où je compte bien prendre ma retraite qui sera très active. Je travaille en ce moment à la création d’une grande fondation..
Dois-je ajouter que j’étais de la future charrette de Jean-Claude DIALLO, même si je n’avais pas été ministre ( heureusement ! ), et que j’ai été un des intercesseurs ( sous l’initiative de Jean-Claude évidemment ) d’une rencontre de Lansana Conté avec des gens de la « diaspora ». Pur hasard évidemment ,car j’étais en vacances et le Président voulait faire son « ouverture » d’alors . Moi je suis retourné tranquillement en Côte d’Ivoire. Ainsi va la vie.
6- L'Observateur : Monsieur BOKOUM , notre patrie va mal . Pour exorciser le mal, nombreux sont ceux qui pensent à la tenue d'une conférence nationale souveraine pour laver le linge sale en famille comme on dit le plus souvent . Êtes-vous de cet avis ?
SNB : On a tout dit sur le mal guinéen. 50 ans de crimes et de ruines dans tous les domaines. Echec total dans tous les champs de la vie : santé, économie, politique ,etc. Une seule exception : la liberté d’expression individuelle. Je dis bien INDIVIDUELLE et pour cause, la loi anti-casseurs est toujours en vigueur, quand elle ne suffit pas il y a l’Etat de siège, donc les grèves et mouvements populaires sont souvent noyés dans le sang. On vient de le vivre en janvier-février.
Pourtant on s’apprête à fêter ces 50 ans d’échecs !
Depuis les évènements de janvier-février, mais le phénomène remonte à plus loin, il y a un pourrissement généralisé du leadership. Cette crise est diagnostiquée même par le Guinéen lamda.
Cependant on tourne en rond. Le peuple de Guinée a mis par terre le pouvoir en février. Les syndicats et la « société civile » en ont ramassé des miettes pour les servir à un Premier Ministre qui croit tenir là de quoi ensemencer un nouvel appareil d’Etat. Ce n’est pas une question de personnes. Je viens avec deux amis ( chacun technicien averti en sa discipline ), Ahmed Tidjane CISSÉ et Moussa DIAKITÉ, de donner un mémorandum issu d’une semaine en résidence initiée par J.M.J. ,( je ne suis pas seul à rendre hommage à la hardiesse de ce jeune ministre de la communication et des nouvelles technologies de l’information ), où nous avons revu toute la grille des programmes de la R.T.G. Je pense que les techniciens de la maison ontapprécié ce travail.
Mais quelle que soit la volonté d’un ministre et même d’un gouvernement,
on ne peut pas rénover un système vermoulu avec des initiatives isolées même héroïques. M.KOUYATÉ a hérité d’un appareil d’Etat toujours en service, mais en faillite, parce que conçu par un système anti-national structuré par deux concepts : d’une part, l’opposition entre Guinéens de l’intérieur et Guinéens de l’extérieur et l’ethnostratégie d’autre part. Opposition fondée sur la promotion et la primauté de l’Ecole guinéenne ,et qui consiste à idéaliser voire à mythifier le « Père de la nation », pour recueillir des prébendes et les retombées gratifiantes pour l’ethnie dont il est issu. Ce système n’est qu’une machine à produire le népotisme, la corruption sur fond d’incompétence.Quand on sait que les principaux Partis d’opposition sont dirigés par des Guinéens qui vivaient à l’extérieur , mais Partis constitués évidemment de Guinéens qui vivaient à l’intérieur, on peut se poser des questions, notamment sur l’idéologie dominante dans ces Partis . ( Ne prenez pas ce mot au sens précis en politologie ).
Disons qu’il y a risque que la culture ambiante dans ces Partis dont les militants ont baigné dans l’ambiance « pédégé » soit dominée par le verbe pour ne pas dire le verbiage, la démagogie, le culte du chef, les petits arrangements avec la vérité et les faits, poussant à la méfiance envers les analyses rigoureuses etc. Bref, il y a toute une culture qui n’a pas été bien nettoyée par une conscientisation des masses pressées à en découdre avec le système quitte à user des méthodes du passé..
Donc Il faut tout reprendre de zéro, là où les populations ont laissé les choses entre les mains des négociateurs de cet étrange accord tripartite qui permet au Président de séquestrer les instruments de fonctionnement de la machine gouvernementale, cela depuis bientôt un an.
7- L'Observateur : Une des pages sombres de l'histoire de la République de Guinée est bien le fameux Camp Mamadou BOIRO qui a servi de cadre pour l'extermination des milliers de nos compatriotes. Selon vous, comment allons-nous aborder cette question au cours d'une éventuelle conférence, sans que le débat ne tourne à la chasse aux sorcières et aux règlements de compte ?
SNB : Cette question qui est liée à la précédente, nous ramène à cette fameuse fièvre du CINQUANTENAIRE . Les Guinéens ont tout fait depuis les années 90 pour fuir ce débat, pour rendre tabou le terme même de conférence nationale, alors que nos voisins ont pour la plupart affronté, même sans succès, la conférence nationale, pour essayer d’entrer dans l’Etat de droit après ces tristes républiques à parti unique et où trône un « Père » élu ( mal ) à vie. Maintenant on veut subrepticement évacuer le débat dans une mascarade de commémoration dans des festivités, des mamayas où des vedettes du Palais vont composer des rengaines du type ressucé « la Guinée est une famille » ,etc.
Pourtant ce cinquantenaire serait l’occasion ou jamais, pour la Guinée « dont l’économie est en ruine, le tissu moral et social déchiré ».., d’ouvrir, « d’élargir le débat avant de parler de réconciliation » ( je cite de mémoire les termes que le Premier ministre a employés à la clôture de journées organisées ( encore une fois à la sauvette entre syndicats et société civile, à l’exclusion me semble-t-il, des Guinéens de l’extérieur et des Partis ) mi-août début septembre ( ? ). Qu’est-ce-à-dire ? Que ce cinquantenaire est une nécessité historique, une sorte de retour du refoulé surgi de ce grand pourrissement national après ces folles journées où le peuple avait pourtant clairement clamé ce qu’il voulait : le changement, c’est à
dire un changement de république, une refondation nationale de la base au sommet.
Mais cela n’est possible qu’avec la mise à plat de tous les problèmes : institutionnels, économiques politiques et surtout culturels. En effet on ne peut pas se réconcilier à coup de décrets ou même de lois . On se réconcilie après qu’on se soit regardés en face, après qu’on ait revisité cette mémoire encombrée, cette vie ensanglantée par cinquante ans de crimes mêlant pendaisons et hold-ups économiques, tripatouillages des institutions par des combines ethnorégionalistes. Depuis deux décennies il n’y a ni Etat ni Nation guinéens. Les régions ne sont plus naturelles, elles sont devenues ethniques, à la merci de l’ethnostratégie politicienne. Les Partis politiques sont totalement tétanisés dès qu’il est question de projet unitaire.
La société civile ( CNOSS ) n’est pas aussi homogène que l’on veut bien nous le laisser croire, il y règne des frictions voire des fractions, et si certaines manœuvres trop médiatiques continuent en son sein, nous allons vers sa fragmentation . Quant aux syndicats , la récente cure de virginité de certains d’entre eux reste encore fragile , comptables qu’ils sont de leur lien passé avec un système dont ils ne se sont pas encore totalement affranchis. Ceci expliquant du reste largement leur parcours à mi-chemin de « la solution finale » de la crise guinéenne qui ne sera jamais résolue par cet accord malmené et totalement vidé aujourd’hui de son contenu.
Tout autour, si je puis dire, c’est la confusion totale, Mamadou Sylla se ballade entre les tribunaux, les ors des présidences d’honneur, les salons présidentiels, alors qu’il fut l’homme par qui les journées de janvier-février ont précipité la crise qui dure depuis cinquante ans. L‘U.F.D.G. et L’U.P.R se disputent un ex Premier ministre, au risque de déchirer le brouillon d’un accord de « listes unitaires » ( U.F.D.G.) ou de « programme commun » ( U.P.R. ), avec à l’horizon l’unité du Fouta, ce qui à priori n’a rien à voir avec l’ethnocentrisme, mais développer cela nous mènerait trop loin.. Il me suffit de dire pour suggérer ce que je voudrais faire comprendre, que la Haute Guinée est fortement unie derrière le R.P.G. et que cela est une bonne chose pour l’ensemble de la nation.
L’U.F.R semble devenue ces derniers temps un parti-aimant où gravitent , s’agglutinent des électrons libres en mal de transhumance politique. Organiser dans cette confusion un cinquantenaire de je ne sais quelle victoire, c’est pire qu’une insulte à la mémoire des victimes et des héritiers des victimes des crimes des deux Républiques : c’est perpétuer les dits crimes ou encourager ces délires compulsifs de certains grands criminels lors de leurs procès quand ils menacent d’agresser juges, avocats, partie civile , voire Dieu en personne !
C’est parce que NOUS SOMMES TOUS RESPONSABLES A UN TITRE OU A UN AUTRE QU’UNE CONFERENCE NATIONALES EST INCONTOURNABLE. Ceux qui sont restés n’ont pas suffisamment résisté pour contrer l’horreur, ceux qui n’étaient pas là ont en quelque manière fui ! Je suis désolé mais c’est ainsi, même si à l’intérieur, le peuple a résisté ( les femmes d’un certain 27 août, pas seulement les femmes d’ailleurs, car dans cette république-Boiro, vivre simplement c’était résister ).
p>Ceux qui à l’extérieur ont été condamnés à mort sont la preuve qu’on résistait à l’extérieur. Mais cela n’a pas suffi, donc nous sommes tous responsables et nous devons avoir le courage de nous regarder en face, pas dans le miroir, mais en face, mettre le couteau dans les plaies. Les ruines économiques ne sont rien à côté des plaies du cœur et de l’esprit. L’Afrique du Sud de Mandela nous l’a appris.
8- L'Observateur : Pouvons-nous aujourd'hui dire quels sont ceux qui étaient les maîtres à penser pour broyer les innocents dans ce '' Camp de la mort '' ou faut-il simplement dire que tous les Guinéens sont responsables de ce passé peu élogieux et tourner cette page ?
SNB : J’ajoute seulement qu’on ne pourra pas « simplement tourner la page. ». C’est à la conférence nationale qu’on écrira les chapitres de ce peu glorieux cinquantenaire. C’est à la conférence nationale qu’on trouvera le ton des lectures qu’on en fera. Je dis que toutes ces considérations relèvent de la création, de l’invention, du génie d’un peuple : crier hurler, pleurer, analyser et enfin, peut-être, pardonner. Mais avant, il faudra se RAPPELER ET RAPPELER A LA MEMOIRE les deux moments de cette interminable et lamentable ère sombre.
9- L'Observateur : Justement un ancien prisonnier et non des moindres, du premier « moment de cette ère sombre » car il s'agit de Alseny René GOMEZ vient de publier un livre intitulé : '' Parler ou périr ''. Et beaucoup de nos compatriotes s'interrogent , pourquoi seulement maintenant, ce rappel, de la part de quelqu'un qui a eu toutes les chances d'initier la conférence nationale, grâce notamment aux fonctions qu'il a exercées dans le pays dès après le changement de régime. Votre avis sur le cas GOMEZ ?
SNB : Mieux vaut tard que jamais ! C’était impressionnant, émouvant, disent ceux qui l’on vu en chemise bleue, une tenue du camp Boiro,( ? ) lors d’une émission de télévision qui aurait frappé les esprits. Sera-ce suffisant aux yeux des témoins de la conférence nationale, pour oublier le tout puissant ministre de la Loi Anticasseurs, concoctée avec son collègue de la Justice Salif Sylla ? Peut-on faire l’impasse sur les 100 000 voix de Siguiri ( en 1993 ? ), tour de passe-passe qui a bafoué l’Etat de droit naissant, enveloppé dans la salvatrice mais horrible tunique de Nessus de cet immortel « Considérant qu’à l’impossible nul n’est tenu » ?
Je connais des proches de Alsény René Gomez qui me sont très proches. Le personnage, peut-être même la personne, me semble sympathique. Mais il n’est pas question ici de personne. Sidimé, le Premier président de la Cour suprême fut un condisciple, toujours brillantissime, et nos relations sont encore toujours très cordiales. Mais l’auteur de ce considérant était un Autre . Avec cet autre dans l’exercice de certaines de ses prestations juridico-politiques, je ne manierai jamais la brosse à reluire.. Mais enfin à la conférence nationale, on pourra toujours repasser le film des actions des uns et des autres, faire la balance, comme au jour du jugement dernier ..
10- L'Observateur : Pourquoi alors cette conférence nationale lorsque la responsabilité est collective dans ce qui s'est passé en République de Guinéen ? Où allons-nous trouver ce Guinéen nouveau qui va dire que c’est tel qui est responsable plutôt que tel autre ?
SNB :Le caractère collectif de cette responsabilité ne nous dispense pas de l’examiner collectivement. Soyons clairs. Une conférence nationale n’est pas un tribunal même si elle fonctionne comme une assemblée en débats. L’assemblée nationale d’un Etat de droit n’a pas pour vocation première d’être un tribunal, alors qu’une de ses missions fondamentale est de contrôler l’Exécutif. Et puis tout le monde n’est pas coupable au même degré. J’espère qu’il se trouvera bien quelques Guinéens suffisamment « propres » pour diriger des débats ! Enfin, on ne parlera pas que de crimes ( économiques ou de sang ) ! On définira les conditions de possibilité d’un véritable Etat de droit, qui devront enfin permettre de mettre en place les fondements ( et les fondations ! ) d’une troisième République.
11- L'Observateur : Si on ne parle pas de crimes économiques et de sang pendant la conférence nationale souveraine comment allons-nous laver le linge sale ?
SNB : Bien sûr qu’il faudra en parler. Puisque c’est la félonie et la faillite dans la conduite des affaires économiques et politiques qui amènent la dictature, l’une se nourrissant de l’autre au point où l’on ne sait plus de l’œuf ou de la poule, qui vient de qui ! On pourrait dire que ce sont les crimes économiques qui sont la logique des crimes de sang ( Camp de Boiro, crimes de la deuxième République ).Bref, et en attendant, je dirais seulement que les crimes, qu’ils soient économiques ou de sang, ne sont que des symptômes ( terribles certes ), mais on ne doit pas en rester là, en les condamnant et même en condamnant leurs auteurs. L’objet d’une conférence nationale est plus « ambitieux » : c’est arriver à l’intelligence de ce qui paralyse non pas seulement la Guinée ou le Togo, mais surtout expliquer pourquoi « L’Afrique est mal partie » ( René Dumont ).
12- L'Observateur : Quid des condanmés à mort par contumace sous la Première République à savoir les CONDÉ Alpha , Bâh Mamadou Bhoye , Feu DIALLO Siradiou et autres ?
SNB : Ce n’est pas par hasard qu’ils dirigent les principaux Partis de l’Opposition. Un Alpha Condé qui a dirigé l’historique F.E.A.N.F. ! Cette F.E.A.N.F. qui dès 1950 exigeait l’indépendance de l’Afrique colonisée alors que nos phraseurs dont notre Responsable suprême alors député étaient déjà des .. « coupeurs de paroles » à ces étudiants « illuminés », avant d’être les coupeurs de têtes qu’ils sont devenus pour la plupart. Un Ba Mamadou qui comme Tarzan et son couteau, avait son libelle entre les dents, faisant du porte-à-porte au risque de se faire couper la tête, ce leader d’un certain mois de mai ou juin qui a attiré des foules comme des fourmis sortant de sous terre..
BAH Ousmane qui a l’immense et redoutable honneur d’être à la tête du Parti de l’inoubliable animal politique de la modération, être héritier de Siradiou Diallo ( les populations de Labé viennent de lui renouveler cet honneur ), ce n’est pas rien ; Sidya que j’ai vu à Abidjan, qui crevait l’écran à force de dominer son sujet et le vaste plateau où il y avait des sommités du monde économique, politique juridique, venues animer l’émission à grand spectacle du « terrible » Ben Soumhoro ..J’étais fier d’être Guinéen, même en coopération, sans parler de ce Sidya qui en quelques mois a prouvé qu’on pouvait gérer la rareté ; mais les médiocres ont réussi à le sortir trop tôt..
Et Jean-Marie DORÉ, ce communicateur hors pair, qui sait asséner avec tant de génie des vérités surgies d’analyses souvent pertinentes, mais.. Vous voulez donc messieurs nos leaders, aller à cette conférence nationale comme des.. présumés coupables, coupables d’avoir laissé confisquer ce qui ne devrait appartenir qu’à vous et que vous avez laissé tomber aux mains des leaders syndicalistes, qui eux mêmes ne pouvaient que se faire déposséder ? Vous voulez continuer à vous chamailler pour un os, que dis-je! Pour la peau d’un ours qui n’a pas encore dit son dernier mot ! Ou bien alors fuiriez-vous secrètement ce grand débat national ? Les syndicalistes et les autres ont pleinement joué leur rôle. Hélas, ils l’ont outrepassé en cherchant à négocier..justement la peau d’un ours dont ils n’avaient pas pris la précaution de faire l’autopsie du corps ! « Voilà eux maintenant comme figure versée par terre ! », pour parler comme Moussa d’Abidjan. C’est pour cela que tout est à reprendre, à redéfinir lors de cette conférence nationale.
13- L'Observateur : Concrètement, qui peut convoquer la conférence nationale souveraine ? Est-ce qu'il faut une résolution de l'Assemblée Nationale , un arrêt de la Cour Suprême ou alors un décret du chef de l'Etat ? Et comment désigner ses '' dirigeants '' dans une société divisée comme la nôtre ?
SNB : Je crois qu’il y a eu environ 6 conférences nationales que nous avons tous plus ou moins suivies au seuil des années 90,( quel âge aviez-vous ? ). Mais d’après le philosophe Camerounais Eboussi Boulaga, toutes ont été convoquées par le chef de l’Etat ( ou du gouvernement). Pourquoi la Guinée ferait-elle exception ?
C’est un peu lassant et humiliant d’entendre « tant que Lansana Conté ceci, tant que Lansana Conté cela.. ».Souvent, ce n’est même pas ce monsieur qui bloque les choses : ce sont toujours les mêmes hommes, ces nouveaux « pédégistes » tapis dans l’ombre qui manipulent et tirent les ficelles derrière un épais rideau de fumée, c’est le cas de le dire ! Conté a bien fini par se laisser « enlever la chemise », pour le reste.. De fait, tous ces chefs d’Etat ont signé le décret convoquant la Conférence sous la pression « du Peuple debout ».A commencer par Kérékou qui est précisément l’inventeur du concept ! l’Afrique démocratique lui devra au moins cela.
Mais la Guinée pourrait innover en la matière : se passer de cet acte formaliste, si notre pitoyable crise de leadership venait à se résoudre au moins sur cette question. Une partie de l’Exécutif ( du consensus..) est logiquement, partiellement d’accord selon les propos de Kouyaté rappelés ci-dessus, qui parlait d’élargir le débat avant la réconciliation. S’il pensait aux Partis et à la communauté de Guinéens de l’extérieur, eh bien ou Conté signe ou tout le monde prend ses responsabilités pour organiser la conférence. Mais s’il pensait à autre chose, battons-nous pour qu’elle se tienne, sous la vigilance du « Golfe persique » ( nos quartiers populaires de la périphérie ). La désignation de ses dirigeants est une question précoce. Toutes les révolutions ont créé leurs organes en se faisant, dans le feu de l’action.
14- L'Observateur : Plus de vingt trois ans après sa mort, certains esprits continuent de rendre le Premier Président de la Guinée indépendante, responsable de son sort, estimant que ses serviteurs sont ceux là-mêmes qui polluent l'administration actuelle. Ce raisonnement est-il fondé à vos yeux ?
SNB : Sékou TOURÉ se faisait appeler l’homme-peuple. On peut dire que la réponse est dans la question. Tous les Guinéens adultes de l’époque étaient responsables à cette époque. Nous avons tous été des miliciens, des délateurs, des bénéficiaires des rationnements ( on disait ravitaillement..) de quartiers, après avoir assisté aux réunions de quartiers, hurlé la fathia, etc. . Mais après, pas seulement quand on a compris trop tard qu’on avait affaire à un génie malfaisant, dans cette seconde République qui ne veut pas entendre parler de conférence nationale, cette seconde République dont les gestionnaires sont les maîtres de l’Ecole guinéenne, ceux-là mêmes à qui Sékou avait lancé « c’est vous qui dirigerez ce pays ! », maintenant donc que Sékou TOURÉ a achevé son œuvre, c’est cet homme nouveau qu’il avait fabriqué qui est aujourd’hui pleinement responsable de ce qui nous arrive
Sékou TOURÉ rendra ses comptes là-bas,s’il y a un là-bas. Mais ici, cette administration polluée en effet par une « technocrassie », une des plus corrompues et incompétentes de la planète, est entièrement comptable des ruines où erre hagard et famélique le Guinéen.
15- L'Observateur : Monsieur BOKOUM , l'avenir d'un pays dépend de son système éducatif .Tout porte à croire que rien ne va dans ce secteur aussi, miné qu’il est par des maux de tous ordres . En votre qualité d'enseignant expérimenté , quel remède proposez-vous pour relever le niveau de l'enseignement guinéen ?
SNB : A cette question, je crois avoir répondu allusivement en parlant ci-dessus de L’Ecole guinéenne, comme concept idéologique. Mais l’Ecole guinéenne c’est aussi l’Ecole polytechnique. Ce sont les différents programmes ( ou plans ) d’ajustementsectoriels de l’éducation de nos fameux bailleurs des Institutions de Brettons Wood. A mon avis, c’est une faillite complète. Du Primaire au Supérieur. Au début des années 90 , de la 19è promotion de jeunes diplômés de Poly, celle qui avait été affectée à l’assainissement du trafic mafieux du Port, les fameux '' Hindou Police '', à l’heure d’aujourd’hui,( 2007 ) nous avons près de 40 promotions sorties diplômées..
Or d’après Ben Sylla ( CNOSS ), seuls 10% trouvent à s’employer. Faites les comptes, et vous mesurerez le drame de la jeunesse, celle qui a eu le « privilège » d’achever des études.. Il paraît qu’aujourd’hui ( je l’ai appris de la bouche d’un membre de jury de Mémoire, ancien ministre .), la pédagogie de l’enseignement du français est assurée par des experts.. américains ! Interrogé, un représentant officiel de la France aurait eu cette réponse très british ( ou plutôt yankee ! ) : « La Guinée est un Etat souverain ! ».La solution ? Il n’y en aura pas avant cette conférence nationale !
16- L'Observateur : Près de seize ans après la démocratisation de la vie publique guinéenne, l'alternance qui constitue son baromètre, tarde toujours à voir le jour. Comment expliquez-vous ce phénomène ?
SNB : Il n’y a pas d’alternance pour la simple raison que le système qui nous gouverne est la reproduction libérale de celui qui a régné pendant la première République, comme l’a si lumineusement vu A. Somparé : « le P.U.P., c’est le P.D.G. plus le libéralisme. ». Or ce n’est pas l’accord tripartite qui nous gère actuellement qui mettra fin à ce système, puisqu’il a tout le mal du monde à le renouveler. Pensez aux décrets en souffrance à la Présidence. A ces gouverneurs et préfets nommés (par qui ? ) et qui étaient les maîtres des fraudes des élections précédentes !
Encore une fois il faut y ajouter la sempiternelle cacophonie des Partis de l’Opposition . Même si je suis d’accord avec le Président du R.P.G. sur le fait qu’on ne doit pas faire l’unité à tout prix , au risque de perdre son âme, c’est à dire son programme ! Et cela je le dis en entendant déjà des cris d’orfraie, qui me soupçonneraient de prise de position partisane dont je ne suis pas coutumier.
Mais j’attends d’une plume ferme la réfutation, car je sais les dessous de cette histoire lamentable des difficultés qu’il a fallu surmonter pour l’établissement de cette fameuse liste de 10 personnes de l’Opposition pour la composition de la CNI ( qui ne dit vraiment pas son nom, puisque ce n’est qu’une co-gestion dont il sera question ). Et je n’oublierai pas non plus les épisodes rocambolesques et honteux, de la représentation des Partis lors de la désignation du Premier ministre de consensus en présence de Babanguida..). Je comprends que parler d’unité dans certaines conditions, c’est comme mimer les fins de réunions de quartiers au temps où le P.D.G. avait appris même aux sourds muets, à ergoter sur les subtilités des théories « marxistes » de la contradiction..
17- Le terme '' changement '' est utilisé en Guinée dans tous ses états. Quel est votre définition de ce concept ?
SNB : Le changement dans la situation concrète que nous vivons aujourd’hui, c’est déterminer les conditions théoriques et pratiques du démantèlement d’un système qui perdure depuis cinquante ans et qui a fait la preuve sanglante et ruineuse de son obsolescence. Seule une conférence nationale peut dégager ces conditions. A défaut, ni actions gouvernementales,quelles que soient par ailleurs leur pertinence conjoncturelle, ni litanies unitaires, ni doctrines du pourrissement.. des ex nouveaux candidats à la mal-gouvernance ( suivez mon regard ),ne l’amèneraient, ce changement.
18- L'Observateur: Le désespoir pousse certains de nos compatriotes à dire que le changement ne doit pas seulement se limiter à réclamer le départ du Général et ses fidèles au pouvoir, mais qu'il est aussi souhaitable pour les formations politiques dites de la mouvance présidentielle, ainsi que pour celles de l'opposition radicale qui sont dirigées par les mêmes figures pourtant encore incapables d'imposer la volonté populaire .Votre avis sur la question .
SNB : Vous posez là la question de la crise de leadership qui dans mon esprit vise plus la société civile ( ici j’inclus les syndicats ) et les Partis de l’opposition dite radicale, puisque la crise dans la gestion publique des affaires du pays est depuis longtemps aveuglante, elle qui est la raison d’être d’une opposition et d’un nécessaire changement. Est-ce que les premiers responsables des Partis se sont épuisés à la tâche ? Faut-il qu’ils cèdent la place à de Jeunes Turcs de leurs mouvements ? Vous ne pensez pas que cette question relève de l’idée qu’on se fait de la démocratie en général et de la sociologie politique en particulier ?.
Il me semble qu’il appartient aux plus jeunes des Partis d’affirmer démocratiquement leur présence, ou le nécessaire renouvellement des structures dirigeantes de leur organisations. Pour nous analystes extérieurs, il nous suffit de prouver qu’il y a crise de leadership qui tend à plomber le changement. Et il faudrait plusieurs autres interviews pour épuiser ce sujet
19- L'Observateur : Qu'en est-il du financement des Partis politiques qui jusqu'à une date récente n’est assuré que par les leaders-fondateurs , qui n'hésitentd'ailleurs pas à dire '' MON PARTI '' . Aujourd'huil'Etat semble finalement accéder à cette autre revendication de l'opposition .Est-iltemps de parler de la source de la fortune des leaders politiques guinéens ?
SNB : Question abyssale ! Financer des Partis d’opposition par des fonds publics dans un Etat où les gestionnaires de ces finances sont corrompus jusqu’à corrompre l’argent public ! Vous savez bien que l’argent sale n’a pas une bonne réputation dans les banques. Comment s’assurer que de l’argent sale ne transite pas dans les caisses des Partis réputés engagés dans la lutte pour l’assainissement des finances publiques, lorsque cet argent viendra du Pouvoir ? Qu’en serait-il de leur crédibilité ?
On voit d’ici de nouvelles polémiques à l’horizon , tel leader accusant tel autre d’avoir été corrompu par tel commis de l’Etat, et réciproquement ! Ce n’est pas une question facile, vous savez, car sans argent, en Afrique, un Parti serait comme un mendiant riche d’une dignité, d’une fierté qui le clouent entre les quatre murs de sa maison, si d’aventure il en avait une…Je suis incapable de dire quelque chose de plus intéressant sur cette question. Mais dire « mon parti » sans humour est le commencement du pouvoir solitaire…
20- L'Observateur : Si vous étiez désigné dans une commission de restructuration des institutions de la République de Guinée , qu'allez-vous proposer pour les fonctions de Président de la République , de Président de l'Assemblée Nationale , de Premier ministre , et de Premier Président de la Cour Suprême ?
SNB : J’opterais pour un régime franchement et pleinement présidentiel. Je renoncerais à la fonction de Premier ministre ruineuse, qui fait souvent doublet avec le Président, surtout, permet à ce dernier de rester , de durer, de s’attarder, en se croyant éternel. La fonction de Premier ministre est un luxe coûteux et inutile pour nos pays économiquement et démocratiquement fragiles .Il faut un Président jeune qui mouille sa chemise et qui aille au charbon. Je créerais un organe délibérant distinct de l’Assemblée nationale, dont les attributions constitutionnelles essentielles seraient de limiter les handicaps ethnostratégiques historiquement liés à nos traditions.
En équilibrant d’une façon que les spécialistes auront à préciser lors de la Conférence nationale, la représentation de nos quatre régions naturelles, en mettant en place des lois et des organes qui devront permettre de limiter le poids, les tentations et les dérives ethnicistes au sein des formations politiques et syndicales, etc.
Cet organe pourra également être l’institution gardienne du DEVOIR DE MEMOIRE.. Quant à la Cour suprême, je pense que ses attributions actuelles sont judicieuses, compte tenu de la nature et de la fragilité de nos Etats, eu égard à leur manque d’expérience en matière de droit ( droit privé et droit public ). C’est bien qu’elle soit comme elle est aujourd’hui dans ses compétences et ses attributions de juridiction à la fois administrative , et compétente en matière de conflits entre particuliers, tout en étant Cour de cassation et dernier recours.
Quant à la désignation de son Premier Président, un simple décret présidentiel ne fait pas l’affaire, beaucoup s’en faut. Je pense que dans les pays de démocratie vraie, son mode de désignation implique l’avis de plusieurs institutions. Encore une fois, je pense que l’institution elle-même, théoriquement est bien conçue pour un jeune Etat.
21-L'Observateur: La Guinée a perdu plus de cent de ses fils lors des évènements des mois de janvier et février derniers. Il a été exigé à l'unanimité la mise en place d'une commission nationale d'enquête, à défaut d'une commission d'enquête internationale. Dix mois après, c'est le black-out total. Quel commentaire vous inspire ce silence coupable pour la mémoire de nos morts ?
SNB : Il ne faut pas rêver. Quelle commission pourrait arrêter ceux qu’on soupçonne ou seulement enquêter au sein de toute la haute hiérarchie militaire, policière et de l’ensemble des « corps habillés », collectivement responsables des massacres en question ? Seul un Etat refondé, une nation recomposée peuvent interpeller ces hauts personnages, qui se trouvent être de hauts gradés. Et vous croyez que c’est le gouvernement actuel qui pourrait le faire ? Seuls des organes souverains issus d’un débat national, peuvent amener à la barre les quidams en question, cela, sous la veille étroite et massive du peuple debout comme lors des évènements de janvier-février.
22-L'Observateur : La langue de bois mise de côté, qu'est-ce que ces évènements ont-ils apporté de positif à notre pays ?
SNB : Le peuple debout dont je viens de parler plus haut est toujours debout. Depuis les folles journées de janvier-février, on ne pourra plus dire qu’ « en Guinée seules les femmes portent le pantalon ». Curieusement, ce sont certains de nos frères Maliens qui étaient coutumiers de ces propos, qui aujourd’hui tolèrent qu’il se crée chez eux un CLUB SEKOU TOURE ! Et le gouvernement actuel enfonce le clou de la réhabilitation de ce monstre qui n’a toujours pas été jugé par les Guinéens en y envoyant une délégation officielle ! Vous ne devinerez jamais combien cela m’a affecté, peiné, passons..
Je viens de Guinée, je l’ai constaté, et quiconque écoute et regarde le Guinéen aujourd’hui, sait que quelque chose a changé. Ecoutez Radio Familia et même l’émission de la R.T.G. « Ce qui va, ce qui ne va pas ». La Guinée semble devenue un immense chantier de ruines et de ténèbres où brillent pourtant des étincelles. « Une seule de ces étincelles peut ( encore ) mettre le feu à la plaine » ( Mao Tsé Toung ! ).
Que ce soient les artisans- ferrailleurs , les marchandes de légumes , les mareyeuses ou les conducteurs de « magbanas »( Mini-bus ), toutes les catégories sociales victimes de ces coupures intempestives de courant qui les empêchent de travailler, ces femmes qu’on menace de déposséder de ces bouts de terrains où elles tiennent leurs petits marchés, parcelles bradées à des spéculateurs liés au Palais, et j’en passe, tout ce monde, en tout cas le « lumpenprolétariat » ( le petit peuple de charretiers, de chômeurs, etc.),est sur le qui-vive.
Aujourd’hui, le Guinéen est prêt à se remettre debout pour changer ce qu’il y a d’insupportable. Mais il faut que l’étincelle.. Il faut un boutefeu ! Que par exemple E.D.G. coupe le courant de tout un quartier où il y a un nombre significatif de ferrailleurs ou quelque chose d’aussi révoltant..
23-L'Observateur : Quel regard portez-vous sur la liberté de la presse guinéenne en général et sur celle enligne en particulier, et plus précisément sur leur façon de travailler ?
SNB : La presse écrite est passablement libre de son métier, sauf à déplorer des bavures de temps à autres dans les deux sens d’ailleurs, depuis l’épisode dangereux de Sadio ( NDLR : Le fondateur '' des ondes de Guinée '' ) qui a dû s’exiler, quand même, ( c’est un peu loin, n’est-ce pas ?) ).. Mais je crois que cela est relativement mineur. Il faut tout de même dire que je ne retiens que trois ou quatre titres parmi les journaux-papiers dignes du métier. Pour les autres titres, chacun est libre d’apprécier le titre qu’il voudra. Quant à la presse électronique, c’est la dérive. Ça ne vole pas très haut depuis le reflux du mouvement sur le terrain en Guinée. Ou peut-être que d’aucuns se positionnent de façon maladroite ? Affaire de sous, d’affiliationpolitique trop affichée. Ce qui ne serait pas le pire. Ce serait même compréhensible : la presse partisane existe, sauf à annoncer la couleur , ce qui n’est pas le cas. Mais quand ça travailleau-dessous de la ceinture.. Le ventre, passe encore,mais le bas-ventre, c’est nauséeux !
24-L'Observateur Si le journal-papier évolue sous le contrôle du Conseil National de la Communication -CNC- en Guinée , tel n'est pas le cas pour la presse électronique .Quel mécanisme faut-il mettre en place pour limiter les dérives de cette presse électronique qui pousse comme des champignons ?
SNB :Cette question dans son essence me semble insoluble. La presse électronique pour ce que j’en sais ( et c’est très peu ) est pour ainsi dire S.D.F.( sans domicile fixe ),sa domiciliation à l’intérieur des frontières guinéennes me paraît techniquement impossible. Maintenant l’Etat peut toujours jouer de la carotte et du bâton : accepter de la financer comme c’est le cas en ce moment pour la presse papier, et faire sanctionner les dérives. Avec les dommages collatéraux que cette presse elle-même risque de subir avec ce type de solution.
A mon avis, il n’y a pas meilleur remède pour une morale ou une moralisation dans un corps de métier, que l’organisation par ce corps de sa propre déontologie. Regardez dans tous les Etats de droit, même en Guinée, les comptables eux-mêmes ont leur ordre ( pardon mon ami Barry Mamadou Gros yeux ! )
25 -L'Observateur : L'état de santé actuel du chef de l'Etat guinéen se passe de commentaire au point que des voix s'élèvent contre sa présence permanente dans les médias audiovisuels pour l'intérêt et l’image du pays .Qu'avez-vous à dire sur ce sujet ?
SNB :Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il a des grigrimans puissants ! ( « Allah n’est pas obligé » Amadou Kourouma éd. Du seuil), il faut que je lui demande des tuyaux ! L’image du pays ? C’est la fonction présidentielle qui souffre. Quant à l’image de cette fonction, elle accentue certes la dégradation de l’image de l’ensemble de la classe politique. Mais l’image du pays reste celle que le peuple a donnée en 1958, et maintenant en janvier-février 2007. D’ailleurs, de cela nous avons parlé en abordant la crise de leadership.
26 -L'Observateur : Votre mot de la fin .
SNB : Je terminerai en revenant sur l’appel déjà lancé à la fin du Manifeste Guinée 2010 Odyssée de l’impasse. Tout ce qui y est dit et ce qui a suivi qui se trouve sur le site du Manifeste ,est plus qu’actuel. Il n’y a pas une virgule à changer. Ce n’est pas un manque de modestie. Il y a seulement la ruse de l’Histoire. On y déplorait la tenue de communales qui ont eu lieu, on connaît le Waterloo ( ou la Bérézina ) qui a suivi pour les Partis. Maintenant on reparle d’élections et de cinquantenaire.
Je dis qu’il faut organiser ce cinquantenaire mais en deux temps :D’ici à la fin 2007, appeler les Guinéens, tous les Guinéens, non pas à se réconcilier tout de suite , comment le ferait-on quand des cadavres encore chauds, nous font des signes muets devantl’impunité dont jouissent leurs assassins, quand des héritiers des martyrs du camp Boiro ne savent même pas où l’on a jeté les corps de leurs proches!
C’est indécent cette obsession des Guinéens à se trémousser en faisant la danse du ventre ( des ventres affamés ) ! Donc une conférence, un grand débat où l’on ne parlera pas seulement que de martyrs, où l’on ne versera pas que des larmes de crocodiles, mais où l’on va enfin faire le bilan de cinquante ans d’échecs, d’incompétence, de corruption, de manque de patriotisme, j’en passe. Où l’on va projeter à l’horizon des solutions durables et entamer des mesures immédiates de salut public.
En attendant donc, c’est une pétition que j’aimerais qu’on ouvre appelant la tenue d’une CONFERENCE NATIONALE, d’ici au milieu de 2008. Ensuite, à la fin de cette conférence, en septembre 2008, nous pourrions procéder, s’il y a lieu, à la réconciliation dont les conditions auront été posées pendant la conférence. On pourra alors se livrer à toutes les mamayas, à tous les marbayassas et autres fassas de nos rois qui eux n’avaient pas cherché une immortalité frauduleuse, en combattant la poitrine nue, offerte à des mousquets, pour défendre des Etats que l’Autre a tués dans l’œuf.
Interview réalisée par Aboubacar SAKHO.
Directeur de la rédaction et de la publication du site de ''L''Observateur''.
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