vendredi 16 novembre 2007
Un mois durant, du 17 octobre au 17 novembre 2007, la chef de file des syndicalistes guinéens, Rabiatou Sérah Diallo, a sillonné l’Europe. A l’invitation de personnalités politiques de premier plan et d’importantes organisations syndicales ou féminines. A Bruxelles, à Genève, à Francfort, à Lisbonne et à Paris, elle a participé à des conférences-débats où elle a fait part de son expérience de syndicaliste et de femme politique, et elle s’est longuement expliquée sur son combat pour les droits humains et l’amélioration des conditions de vie des travailleurs en Guinée.
Son périple a commencé par Bruxelles, la capitale politique de l’Europe, où elle a séjourné du 18 au 25 octobre 2007. Puis elle a été à Limbourg, toujours en Belgique. A Bruxelles, elle était l’invitée de marque du syndicat fédéral des transports et dans la seconde ville belge, elle a rencontré des ONG s’occupant du secteur informel.
Le 29 octobre, elle était à Genève en Suisse pour assister au Conseil du centre de Turin, qui est le centre de formation de l’Organisation internationale du travail (OIT), dont elle est membre du conseil d’administration. Du 30 octobre au 2 novembre, elle était présente à Lisbonne au Portugal pour assister au « Forum sur le travail décent », à l’invitation de l’OIT.
Le 2 novembre, elle s’est rendue à Francfort, la capitale économique de l’Europe, siège de la Banque centrale européenne (BCE), invitée par le président de l’Allemagne, Horst Köhler, avec six chefs d’Etat africains et des artistes de renommée internationale. Thème de la rencontre : le nouveau partenariat économique entre l’Allemagne et l’Afrique. C’est la première fois que des chefs d’Etat participaient à des réunions de groupes et se trouvaient en face de représentants d’ONG. Rabiatou était la seule dirigeante syndicale à cette rencontre.
L’étape parisienne de cette tournée triomphale a été particulièrement marquante. A Paris, Rabiatou a été invitée, le 10 novembre, à une conférence-débat, à la Bourse du travail, rue du Château d’eau, dans la fameuse salle André Tollet, organisée par la Marche mondiale des femmes, dont la Coordination française est présidée par Mme Nelly Martin. Cette conférence-débat a été suivie par les plus importantes organisations syndicales françaises. Il y avait notamment des représentants de la CGT, de la CFDT, de la Confédération nationale du travail (CNT), de Sud PTT, mais aussi des ONG comme la Commission Femmes d’Amnesty International, la Commission des femmes migrantes, Lutte et Solidarité, le Réseau féministe Ruptures, la Ligue des droits de l’homme. Il y avait aussi Les Verts et le Conseil général de l’Ile de France, représenté par Michèle Loup, responsable de la « Mission Egalité Femmes-Hommes » au sein de cette institution et l’une des principales organisatrices de la conférence-débat. Côté guinéen, on notait la présence de représentants des partis politiques : Sékhou Chérif Fadiga, Thierno Aliou Bah, Yacine Sow et Dr Thierno Oumar Diallo, de l’UPR ; El Hadj Amadou Oury Diallo et Ousmane Baldet, de l’UFD. Il y avait également des personnalités de la société civile : Rouguy Barry Kaba, Lanciné Camara, Nabbie Baby Soumah, Fodé Kaba Soumah et Adji Barry Baud. Il y avait aussi de nombreux responsables de l’Association des Jeunes Guinéens de France (AJGF).
Non. Rabiatou Sérah Diallo ne changera pas. La secrétaire générale de la Confédération nationale des travailleurs de Guinée (CNTG) est plus déterminée que jamais à conduire le changement en Guinée jusqu’à son terme. La « Dame de fer » l’a encore réaffirmé lors de cette conférence-débat. « Je ne suis pas un caméléon. Je ne changerai pas de couleur », a-t-elle déclaré avec force.
« Nous avons certes obtenu un Gouvernement de large consensus. Mais cela ne suffit pas », a-t-elle réaffirmé. « C’est maintenant que le travail commence ». Des partisans du nouveau gouvernement ont créé des structures parallèles à coup de millions de francs guinéens pour diviser les jeunes et les travailleurs. Mais, « le changement est irréversible. Nous avons un acquis de taille : la prise de conscience des Guinéens ».
« Ce sont les enfants de Lansana Conté qui se sont levés pour se battre, pas ceux de Sékou Touré, qui sont déjà vieux, et ils iront jusqu’au bout car ils n’ont pas connu la 1ère République », a-t-elle martelé. « Nous ne devons pas dire que nous sommes déçus, car dans ce cas, nous aurions perdu la bataille. Or, nous devons gagner ». Ceux qui sont tombés sur le champ d’honneur ne seront pas morts pour rien. La Commission nationale d’enquête sur les crimes de janvier-février 2007 fera toute la lumière sur ces douloureux événements. Et la grève générale n’est que suspendue, a-t-elle menacé.
Rabiatou considère que le syndicalisme revêt aujourd’hui une dimension politique. Il ne se limite plus à la simple revendication de salaires car il s’implique dans le développement et participe à l’accomplissement du destin des peuples africains. C’est pourquoi, elle tient par-dessus tout à l’unité syndicale, contre vents et marées. Pas l’épaisseur d’un papier à cigarette ne s’immiscera entre elle, Fofana, Yamoudou et Baldé, les principaux leaders syndicaux guinéens.
Adoubée par des personnalités de l’envergure du président allemand, Horst Köhler, dont la droiture morale est universellement reconnue, la Dame de fer guinéenne figure désormais sur la liste des prochains récipiendaires du prix Nobel de la Paix. A l’instar de Aung San Suu Kyi, de Rigoberta Menchu, de Chirine Ebadi ou de Wangari Maathai. Sa notoriété a franchi les frontières de son pays où elle est devenue une véritable conscience morale.
Par Alpha Sidoux Barry
Pour www.nlsguinee.com