lundi 05 novembre 2007
L’Argentine vient d’élire une femme au poste de Président et ce avec une grande avancée sur ses principaux adversaires. C’est une femme qui était en plus la concurrente la plus sérieuse de la nouvelle présidente. C’était vraiment un fait nouveau dans ce pays connu pour son machisme. Les deux candidates devraient être tout à fait de haut calibre pour réussir à déclasser leurs adversaires masculins.
J’ai beaucoup apprécié les sorties récentes de nos sœurs sur le Net guinéen. Cette prise de parole de notre intelligentsia féminine a permis de nuancer et de pondérer nos débats. Certaines consoeurs ont lancé l’idée d’élire une femme comme Présidente en Guinée. C’est pourquoi j’ai été fort surpris de leur silence suite à l’élection présidentielle qui a amené une femme au pouvoir en Argentine.
Or l’exemple argentin aurait pu nous permettre d’amorcer un débat fécond sur la condition des femmes dans notre propre pays. Je m’explique. L’originalité du cas argentin réside dans le fait que la nouvelle présidente est aussi l’épouse de l’ancien président. Mais c’est en même temps un couteau à double tranchant. Les conseillers politiques du clan Conté peuvent en effet se dire pourquoi ne pas proposer Henriette Conté comme candidate pour briguer le poste de son mari aux prochaines élections présidentielles prévues en 2010 en Guinée. Surtout que Conté ne peut plus en principe se représenter. Mais attention! Il existe une nette différence entre le contexte guinéen et argentin. En effet, l’ex Première dame d’Argentine a été pendant près de 40 ans députée et sénatrice dans son pays. Elle a aussi assumé des fonctions importantes dans la société argentine. D’où le fait que personne ne peut affirmer aujourd’hui qu’elle a remplacé son époux par suite d’un scénario monté à l’avance par celui-ci pour assurer sa victoire.
Si on penche toutefois sur le cas de Henriette on ne peut que constater son impossibilité d’assumer un jour les fonctions de présidente de la République dans notre pays. Plusieurs facteurs militent en effet en sa défaveur. Tout d’abord, il faudra d’abord qu’elle soit capable de défendre et de conserver son titre de Première dame face à la kyrielle d’épouses que Conté s’est entouré depuis son arrivée au pouvoir. Même si elle réussi à garder son titre, elle est loin d’avoir malheureusement le profil de la nouvelle Présidente élue en Argentine. Pas donc de danger de l’instrumentalisation de l’exemple argentin par le clan Conté. La crainte viendrait plutôt du clan Kouyaté si l’on donne crédit aux ambitions présidentielles que l’on prête au Premier ministre de consensus. Tout comme par hasard sa femme est de plus en plus omniprésente dans le paysage.
J’ai amené l’exemple argentin dans le débat guinéen dans le but de permettre à nos sœurs de réfléchir sur les facteurs qui sont à l’origine du recul de la condition féminine en Guinée. Je pense qu’il faut d’abord cerner ces facteurs avant de se lancer dans un débat axé sur l’élection possible ou non d’une femme au poste de président de la République en Guinée. Il serait en effet plus judicieux de se poser des questions autour des constats suivants :
pourquoi ni aucun de nos Partis politiques ni aucune de nos institutions républicaines n’est dirigée par une femme ?
Pourquoi n’y a-t-il qu’une seule femme (dans le monde syndical) qui est à la tête d’une des organisations de la société civile guinéenne ?
Bref, il suffit de faire le tour des principaux lieux de pouvoir en Guinée pour constater que la gent féminine y est soit absente, y soit sous représentée.
Par ailleurs, il serait important que nos intellectuels de tout genre comprennent qu’ils ne sont pas toujours forcés d’être collés aux problématiques guinéennes pour leur trouver des solutions appropriées. Celles-ci se trouvent peut-être ailleurs, voire dans leur pays d’adoption. Les bons coups réussis dans nos pays d’accueil peuvent nous servir comme modèle pour réfléchir aux solutions à apporter aux problèmes de la terre natale. C’est pour cette raison que je suis un fervent adepte de la philosophie qui repose sur l’idée qu’il faut penser globalement pour agir localement. Une telle perspective nous éviterait de perdre inutilement du temps précieux et surtout d’accumuler les erreurs.
Nos consoeurs devraient par exemple s’inspirer des bons exemples connus dans leur pays d’adoption en matière d’avancée de la condition des femmes. Je trouve que leurs revendications sont loin des principales préoccupations de la femme moderne guinéenne qui vit dans nos centres urbains comme Conakry. Il serait pertinent par exemple de se pencher sur l’idée de forcer le gouvernement à offrir aux jeunes familles urbaines guinéennes, dont les deux conjoints travaillent de plus en plus, des garderies à des prix modiques. Un programme de garderies implanté dans chaque quartier serait certainement très appréciée par ces jeunes familles. Cette proposition peut sembler à première vue ne pas avoir d’impact durable sur l’amélioration de la condition féminine en Guinée. Or, le fait d’avoir accès à des garderies en milieu urbain à des prix modiques permettrait de mettre fin en même temps à une pratique courante au sein de la jeune bourgeoisie citadine guinéenne : l’utilisation des fillettes comme bonnes ou comme domestiques pour garder les marmitons des jeunes femmes qui sont sur le marché du travail. Surtout lorsque l’on sait le caractère nocif de cette pratique sur l’avenir de la femme guinéenne.
Cette pratique qui est peu dénoncée par nos consoeurs est en effet une des causes importantes de la faible scolarisation des fillettes dans notre pays. Voilà une idée qui pourrait faire partie des solutions pour faire avancer la condition des femmes en Guinée. C’est en accordant les mêmes chances au plan éducatif aux fillettes d’aujourd’hui que la femme guinéenne trouvera en effet dans un futur proche sa juste place au sein de notre société. Je partage tout à fait l’idée que la condition de la femme guinéenne a connu un recul important. Toutefois, on ne devrait pas incomber ce retard uniquement à la gent masculine et encore moins à la société. L’intelligentsia féminine a aussi sa part de responsabilités face à ce recul.
Pourquoi notre intelligentsia féminine ne réclamerait-elle pas par exemple aux autorités guinéennes la création d’un Conseil du statut de la femme (comme cela existe ailleurs) qui aura comme mission de coordonner et de surveiller les actions du gouvernement en matière de condition féminine. Ma prochaine réflexion portera sur l’amélioration de la condition de la jeunesse guinéenne.
Par Dr. Cellou Barry, Montréal
Pour www.nlsguinee.com