vendredi 02 novemdre 2007
Le 2 octobre 1958 est la date de l’accession de la Guinée à l’indépendance. A partir de ce moment, la Guinée française est devenue la République de Guinée. Ses habitants en avaient exprimé la fierté pendant un court moment. Et puis ce fut le déluge de malheurs qui a été le compagnon « de la liberté dans la pauvreté… » Cette absurdité d’un mégalomane a creusé le lit à la misère noire que vivent les Guinéens et cela dure depuis quarante neuf ans.
Aujourd’hui, ce sont presque trois millions de Guinéens exilés et des milliers enfouis dans des fosses communes quand ceux vivant à l’intérieur croupissent sous le poids toujours grandissant des méfaits des médiocres dont l’inconscience est érigée en système retors de gouvernement.
C’est dans cette ambiance plus que révoltante que des Guinéens de France, sinon de la région parisienne s’apprêtent à fêter une indépendance qui n’en vaut plus rien tellement la crise est profonde parce que maintenant traversée par la fissure du tissu social : l’ethnocentrisme.
Mais cela ne suffit pas. Il y a aussi cette honte nationale !
En effet, je me suis exercé à fouiller dans les livres d’histoire dans lesquels on parle de la fête nationale des Etats, je n’ai trouvé nulle part une communauté, un Etat et son gouvernement ou toute institution républicaine qui ait célébré sa fête nationale un mois plus tard. Mais voilà que cela est rendu possible en Guinée et plus précisément par une partie de la communauté guinéenne de France. C’est une honte ! Qu’est-ce qui a empêché l’ambassade de Guinée à Paris, même symboliquement, de marquer cette journée d’un geste aussi anodin qu’il pouvait l’être ? Elle aurait pu demander à chaque invité d’apporter un jus de fruit ou autre boisson de son choix pour le 2 octobre. Ainsi se gère la République lorsqu’elle est obscurcie par des incompétents placés à la tête de ses organismes.
Demain les organisateurs voudront parler d’unité nationale, de cohésion sociale ou prononceront des slogans vains, creux et de non sens pour évoquer la Guinée indépendante. Cela se nomme la perte de la mémoire collective.
Ne serait-il pas productif que le 2 octobre soit marqué du sceau de l’histoire qui voudrait que cette journée soit une de deuil national, de méditation et de visite des lieux communs à tous les Guinéens ; à savoir l’héritage triste et lourd du passé ? Après ce pèlerinage, nous devrions initier toute démarche à réconcilier le pays avec ses familles endeuillées, avec tous ses enfants éparpillés aux quatre vents de la planète et situer la responsabilité de chacun sans nécessairement chercher à punir donc à juger.
Que vaut une fête dont la date du 3 novembre ne dit rien à la mémoire collective et n’évoque rien dans notre histoire ? Encore une fois la faillite du système en place en Guinée est plus que jamais établie. Encore et toujours, le changement, pour lequel nombreux de nos frères et sœurs ont donné leur vie en sacrifice, nous interpelle. Nous, survivants de la barbarie meurtrière d’une idéologie à la doctrine tyrannique et à la stratégie assassine, nous n’avons aucune excuse à célébrer la mamaya programmée ce 3 novembre 2007. Nos morts ne sont pas encore morts parce qu’ils n’ont pas reçu de sépulture digne, parce que nous ne les avons pas encore accompagnés en leur dernière demeure ; puisque Lansana Conté et ses associés d’autrefois ne nous ont pas encore indiqué les fosses communes dans lesquelles l’esprit de nos morts ne se sont pas couchés du sommeil éternel.
Participer à cette journée qui n’entre dans aucun des casiers de notre histoire nationale est un affront à la mémoire de tous nos valeureux héros connus ou anonymes tombés sous la barbarie des deux régimes successifs.
Réclamons plutôt la réhabilitation des victimes, ce qui implique irréversiblement la réconciliation nationale.
Ce débat est le seul qui a un sens pour moi à la place d’une célébration honteuse.
Paris 2 novembre 2007
Par Jacques Kourouma
Contact : jacques.kourouma@orange.fr
Pour www.nlsguinee.com