samedi 26 octobre 2007
Au Théâtre du Châtelet, à Paris, le 25 octobre, on entend dans la fosse le friselis délicat de quatre koras, une flûte peul, des balafons, des tambours sabar du Sénégal, un violon traditionnel bambara (socu). Toute la diversité des instruments du Sahel, jouée par des musiciens en grand boubou. Sur le plateau nu couleur sable, sur fond de ciel infiniment bleu, il y a des voix sidérantes, intenses, profondes, des danseurs impétueux. Tous africains.
Bintou Wéré conte un drame des temps modernes et déglingués. Des jeunes gens pris en otage par leurs rêves veulent partir vers un ailleurs nécessairement meilleur. Chanté en wolof (Sénégal), bambara (Mali), malinké (Guinée), créole de Guinée-Bissau, c'est un opéra africain.
Monté sur une initiative de la Fondation Prince Claus des Pays-Bas, en coproduction avec la République du Mali et le Théâtre du Châtelet, Bintou Wéré, un opéra du Sahel, créé le 17 février à Bamako, est montré à Paris le temps de quatre représentations.
MUSIQUE ÉCRITE
Cet opéra est aussi une vaste aventure artistique, pour laquelle il a fallu contourner de récurrents obstacles à la libre circulation des artistes. Musiciens, chanteurs, acteurs et danseurs ont été recrutés en Guinée Conakry, au Mali, au Sénégal et au Burkina Faso. Cosignataire du livret avec le Tchadien Koulsy Lamko, le raffiné Sénégalais Wasis Diop, chanteur, auteur et compositeur, assure la direction artistique et musicale.
La musique - entièrement écrite, ce qui est rare pour la musique traditionnelle - est composée par Zé Manel Fortes, originaire de Guinée-Bissau ; la mise en scène est signée par Jean-Pierre Leurs, ancien comédien du Théâtre Daniel-Sorano à Dakar, et les chorégraphies par la Franco-Sénégalaise Germaine Acogny et la Togolaise Flora Théfaine.
Tous ont dû transiter par le Mali, où le gouvernement arrangeait avec l'ambassade des Pays-Bas la délivrance des visas.
Sur scène, on suit avec émotion le drame de l'héroïne, Bintou Wéré (Djénéba Koné), ancienne enfant soldat, et de ses compagnons d'infortune, depuis un village du Sahel jusqu'aux barbelés de Melilla, enclave espagnole au Maroc, où elle espère mettre au monde son enfant. Arrivés au but, ils rebroussent chemin. Les auteurs glissent alors un conseil à l'adresse des candidats à l'exil : au bout de cette odyssée, il y a la désillusion.
Bintou Wéré, un opéra du Sahel. Théâtre du Châtelet, place du Châtelet, Mo Châtelet.
Paris 1er. Tél. : 01-40-28-28-40.
Jusqu'au 27 octobre, 20 heures. De 10 € à 60 €. Durée : 2 heures.
Par Patrick Labesse
Le Monde.fr du 28.10.2007
Pour www.nlsguinee.com