mercredi 24 octobre 2007
Le 2 octobre 1958 la Guinée accédait à l'indépendance. Nous sommes à la veille des années soixante, le tiers monde vit d'espoir et nourrit de grandes ambitions. Un monde nouveau est en train de naître. On pouvait et on voulait croire à un avenir radieux.
Cette souveraineté recouvrée suscita un enthousiasme énorme en Afrique et dans le monde entier. Tous les intellectuels progressistes de l'époque s'unirent pour faire de la nouvelle république indépendante un laboratoire. Se retrouvèrent pêle-mêle à Conakry des membres du parti communiste français, ivoiriens, voltaïques, camerounais(le Mali n'était pas encore né) et j'en passe. Tous avaient pour ambition de venir aider le jeune Etat, lui prodiguer conseils et remèdes pour ne pas sombrer. Tous, comme un seul homme, voulaient venir mettre leur savoir, leur expertise et leurs idéaux à son service (à l'instar de Prométhée qui avait volé le feu pour le mettre à la disposition des hommes) pour lui redonner et aussi par ricochet à l'Afrique, fierté et dignité. Mais très vite, cette oasis de fertilité, posée par la main de Dieu sur cette partie du continent jadis surnommée par le colonisateur "scandale géologique" (à cause de ses immenses richesses minières) devint un enfer. A la suite de complots supposés ou avérés, les arrestations se multiplièrent, les purges succédèrent aux purges à une cadence infernale. La révolution broya tout sur son passage : les mœurs et coutumes du passé, les valeurs cardinales de nos sociétés traditionnelles etc. Rien ne lui résista. La peur s'installa. La faim aussi. Alors, commença l'exil forcé : artisans, commerçants, cadres, enseignants. Tout le monde voulait partir. Ainsi, le pays se dépeupla progressivement.
L'indépendance avait fait naître en nous l'illusion et l'espérance . Mais avec ce qui se passait, nos illusions fondirent comme beurre au soleil. Nous avons quand même garder l'espérance.
C'est ainsi que l'aventure terrestre du "grand guide de la révolution" prit fin un jour de mars 1984. Et vint le 3 avril de la même année. Une nouvelle ère s'annonçait, radieuse et propice à broder de nouveaux rêves. Le peuple salua la fin du régime totalitaire. Il croyait que seraient créées des conditions décentes, pour permettre à tous les enfants du pays de participer activement à l'avènement d'un ordre nouveau.
Mais, loin de nous l'idée que nous passions de Charybde à Scylla. Nous basculâmes d'un abîme à un autre. Les militaires, surgis de nulle part, s'emparèrent du pouvoir laissé vacant par le "grand guide". Peu préparés ou pas du tout à l'exercice de la chose publique, ils échouèrent dans le programme de redressement économique et social que l'on attendait d'eux. Mal fagotés, gauches et hésitants au début de leur règne, ils se métamorphosèrent assez rapidement. Leur ordre nouveau avait pour nom : gabegie, enrichissement illicite et rapide.
Avec eux, un quart de siècle est passé. Et le pays , si riche, mais néanmoins, un pays pauvre pour ses habitants, s'interroge toujours sur son identité, sur la voie à suivre, sur la réalité de sa démocratie, sur un pouvoir en apparence fragile mais plus que jamais omniprésent.
Le chef de la junte a depuis troqué la tenue de camouflage contre le costume civil, en l'occurrence le boubou brodé. Mais les méthodes restent les mêmes. On le dit malade depuis longtemps. Mais , il est encore là et tel le Phénix, il renaît toujours de ses cendres.
Une fois encore, le 3 avril 1984 avait fait naître en nous illusion et espérance. Une fois encore, nos illusions ont fondu. L’espérance a repris le dessus avec la révolte des syndicalistes du pays et la nomination d'un nouveau 1er ministre. Ce changement se fit dans la douleur avec la mort de centaines de jeunes. Pour rien, car rien n'a bougé depuis. Le 1er ministre a d’autres préoccupations : l’argent, les villégiatures, les honneurs ou encore la création de soit disant comités de soutien au cas où il serait amené à démissionner.
Après plusieurs mois d'exercice, rien de significatif ne peut être noté dans les actions du nouveau 1er ministre. L'insécurité a atteint des proportions inimaginables. Des convois funèbres sont attaqués, même des ministres de la République en ont fait les frais. A son arrivée, ce sont des chantiers pharaoniques qui l'attendaient. Tout était prioritaire. A notre humble avis, Lansana Kouyaté aurait dû commencer par dissoudre l'Assemblée Nationale, une Institution fantôme ne servant à rien. Il aurait dû s'attaquer à trouver une solution au problème de fourniture d'eau et d'électricité, traquer les fossoyeurs de la République qui gangrènent le budget de l'Etat.
Mais malheureusement, il n'y a eu que des effets d'annonce. Etait-il animé de bonnes intentions ? Difficile de le savoir. Ce qui est sûr, c’ est sa soif du pouvoir. D’où, la question cruciale : Lansana Kouyaté avait-il le courage ou la volonté pour agir dans l’intérêt supérieur du pays ? C'est moins sûr. La réponse est même non. Sa seule obsession était d’arriver au pouvoir, peu importent les moyens.
Pour lui, le pouvoir est un élixir de jouvence qu’on ne décroche généralement que les deux pieds devant. Pour cela, il se donne les moyens à coup de milliards de nos francs distribués pêle-mêle tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Certains compatriotes réputés pour leur farouche opposition aux dérives du pouvoir de Conakry ont fini par succomber à sa tentation. Devant l’argent, ils ont vite fait de retourner leur veste. Bon Dieu, et dire qu’ils se prennent pour des donneurs de leçons. Quels gâchis !
Depuis un certain temps il se passe de drôles de choses dans notre pays. Hier grands fossoyeurs de la République, chassés du pouvoir comme de vulgaires voleurs, aujourd’hui reçus avec tous les honneurs dans certains Etats Majors de partis politiques dits de l’opposition, des anciens responsables du P.U.P. exhibent sans état d’âme, leurs fortunes malhonnêtement acquises . Ce genre de transhumance politique est une véritable calamité nationale, une provocation.
Pauvre Guinée ! Je sui malade de toi.
Depuis cinquante ans maintenant, les Guinéens collectionnent des jours semblables, des semaines identiques, des mois analogues, des années jumelles dans la peine et le dénuement total. Ses urgences demeurent intactes. Personne ne songe à y apporter un quelconque remède. On en parle certes, mais sans plus.
Zeus, du haut de l'Olympe, avait enfermé dans une boîte, toutes les misères humaines et l'avait confiée à Pandore avec pour consigne de la maintenir fermée. Par curiosité, elle transgressa cet ordre divin et lorsqu'elle l'ouvrit, elles se sont alors échappées. Seule resta dans la boîte, l'espérance. Dans notre boîte à nous Guinéens, c'est l'inverse qui s'est produit : nous avons conservé, et ce pour longtemps encore, des misères et c'est l'espérance qui s'est évanouie.
Y-aurait-il un syndrome guinéen ? A Lansana Kouyaté de nous éclairer.
Cécé Roger Haba, France
Membre du Bureau Politique National de l'U.P.G.
Chargé des Relations Extérieures
Pour www.nlsguinee.com