mardi 23 octobre 2007
Le 25 Septembre 2007, Aboubacar Somparé prononçait un discours à
l'ouverture de la session annuelle de l'Assemblée Nationale. Si le Président
de l'Assemblée Nationale guinéenne avait l'intention de jeter un pavé dans
la mare, alors il a bien réussi. C'est peu dire que l'opinion publique
guinéenne en a été choquée, consternée et indignée.
Le lendemain même du discours, toutes les langues s'étaient déliées pour
commenter les propos provocateurs de Somparé. Devant des députés pantois, il
avait rendu un hommage appuyé a son mentor, feu président Ahmed Sékou Touré
qu'il qualifia de tous les superlatifs connus, comme au bon vieux temps de
la Révolution : héros de l'indépendance, grand homme d'état, panafricaniste
convaincu, libérateur de la Guinée, l'homme qui osa défier De Gaulle et
tenir tête à l'impérialisme français, et j'en passe.
Puis il continua en disant que malgré tout cela, Sékou Touré et ses
compagnons sont victimes d'un certain ostracisme qui ne dit pas son nom, du
fait de certaines catégories de la société guinéenne qui ont toujours été
opposées a la politique prônée par le leader du PDG. Et pourtant, selon M.
Somparé, c'est Sékou Touré qui a été l'un des premiers a soutenir la lutte
de libération du Front de Libération d'Algérie (FLN), qui a aide le PAIGC
dans sa lutte contre le colonisateur portugais, et qui a fourni l'assistance
nécessaire au Mouvement Populaire de Libération de l'Angola. Sur un ton
excite, il dit a l'Assemblée éberluée, que c'est à Conakry que Nelson
Mandela s'était rendu pour chercher un appui diplomatique et financier. Il
dit alors que l'ostracisme dont serait victime Sékou Touré et ses compagnons
n'était pas justifie et était simplement le résultat d'une histoire qui
aurait été déformée et falsifiée. Pour remédier a cela, il recommande que la
Guinée profite du cinquantenaire de l'indépendance pour rendre a ces héros
la place qu'ils méritent. Il propose que les rues et les places publiques
soient renommées après ces « illustres prédécesseurs » et que des statues
soient érigées à leur honneur.
Voici en résume, chers compatriotes, le discours le plus plat et le plus
démagogique que les guinéens ont écoute durant ces vingt-trois dernières
années. Mais le plus curieux est qu'aucun cadre ou responsable politique de
l'intérieur ou de l'extérieur n'ait songé à répondre à M. Somparé. Est-ce
par peur d'offenser le président de l'Assemblée Nationale ?
Alors que M. Somparé se ravise ! Chaque fois qu'il touchera ce sujet
sensible, chaque fois qu'il se hasardera dans la voie de la provocation et
de la confrontation, qu'il sache qu'il trouvera quelqu'un pour lui répondre.
Ce sera du tic au tac !
Disons à M. Somparé que si Sékou Touré et ses compagnons sont victimes d'un
ostracisme en Guinée, cela n'est que le résultat de la politique
dictatoriale et sanglante qu'il avait infligée a la Guinée pendant plus d'un
quart de siècle. Y-a-t-il eu quelqu'un en Guinée, ou des groupes de
personnes pour recommander cet ostracisme ? Evidemment non ! Les adversaires
supposés de M. Sékou Touré (que Somparé voudrait blâmer) ne sont pas au
pouvoir. Ils ne peuvent donc lancer un tel édicte. Si ces derniers étaient
au pouvoir en Guinée, il y a longtemps que le palais Sékhoutouréya aurait
été débaptisé. La vérité que Mr. Somparé refuse d'admettre est que M. Sékou
Touré est entrain d'être juge par le tribunal de l'histoire. Les Guinéens
savent qui était M. Sékou Touré et ce qu'il a fait a ce pays qui était si
béni du bon dieu. Si malgré l'acharnement des tenants du pouvoir à
réhabiliter le leader du PDG, ce dernier est toujours ostracise, alors qui
faut-il blâmer ? Sékou Touré est entrain de récolter ce qu'il a semé. Tout
se paie ici bas. Si M. Sékou Touré avait aime ce pays et qu'il avait bien
traite ses compatriotes, Mr. Somparé n'aurait pas eu besoin de faire ce
discours. Mais le président de l'assemblée nationale veut réécrire
l'histoire. Il veut purifier son idole, laver ses mains tachées de sang.
Pour réussir dans son entreprise, il choisit ce qui lui plait dans le
parcours de Sékou Touré et se débarrasse des faits gênants. Or l'histoire
n'est pas sélective. C'est un tout ! Ce faisant, Somparé pense qu'il peut
égarer les jeunes générations de guinéens.
Pour montrer la grandeur de son maître, il choisit de parler de l'assistance
que Sékou Touré aurait fournie aux mouvements de libération en Afrique.
Nulle part dans ce discours, M. Somparé n'a parle de ce que Sékou Touré
aurait fait aux guinéens et à la Guinée.
Tout simplement parce que M. Somparé a peur d'avouer que M. Sékou Touré a
fait arrêter des guinéens innocents, les a fait embastiller dans des
conditions atroces et les a fait exécuter de la manière la plus lâche et la
plus ignoble. M. Somparé a peur d'avouer que M. Sékou Touré est responsable
de la mort de plus de cinquante mille (50 000) guinéens, peut-être plus, sur
une population qui était alors de 4 millions d'habitants. M. Sompare n'est
pas en mesure de dire aux Guinéens que M. Sékou Touré a conduit plus de deux
millions de guinéens en exil sur une population de 4 millions d'habitants..
Il sait que s'il affirme le contraire, on le traiterait de menteur.
M. Somparé sait qu'il ne peut pas expliquer aux jeunes de ce pays comment
Sékou Touré et le PDG ont bafoué l'enseignement en Guinée et sacrifié
l'avenir de plusieurs générations. S'il le fait, il sait qu'on le traiterait
de démagogue.
M. Somparé sait qu'il ne peut pas expliquer à la Guinée profonde comment
Sékou Touré et son PDG ont sapé les bases de l'économie guinéenne en
détruisant l'agriculture, en interdisant le commerce, en organisant la
gabegie et en étatisant tous les secteurs clefs de l'économie. S'il le fait,
il sait qu'on le traiterait de charlatan.
M. Sompare n'a aucun argument pour réfuter la réalité criarde qui montre que
tous les problèmes dont souffre la Guinée aujourd'hui trouvent leur origine
dans la première république. Alors il se contente de nous parler du rôle de
Sékou Touré dans la décolonisation de l'Afrique. Même là, quand on y regarde
de près, on verra que le résultat est mitigé.
Le « Non » du 28 Septembre n'était pas le seul fait de Sékou Touré. C'est
tout le peuple de Guinée qui était galvanisé pour dire « Non » au
colonisateur car les guinéens sont un peuple fier, intelligent et
responsable. Des leaders politiques de l'époque, M. Barry Diawadou et M.
Barry III ainsi que leurs compagnons avaient décide très tôt de faire voter
« Non ». Ce n'est que le 25 Août 1958, seulement un mois avant, que M.
Sékou Touré sentant la ferveur grandir au sein de la population, décidera à
son tour de faire voter « Non ». Sinon son discours avant cette date se
résumait a ceci :
« Nous ne pouvons même pas fabriquer une aiguille, comment
pouvons nous demander l'indépendance ? »
Le fameux discours « Nous préférons la pauvreté dans la liberté à l'opulence
dans l'esclavage » a été rédige par des cadres qui seront plus tard
harcelés et pour certains tués par Sékou Touré. Des cadres tels que Telli
Diallo, M. Abdoulaye « Ghana » Diallo, Saifoulaye Diallo, Koumandian Keita.
Que l'opinion publique sache que ce discours n'était rien moins que la
version française d'un discours qui avait été prononce auparavant par
l'Osagyefo Kwame N'Krumah qui disait « We prefer poverty in freedom than
riches in slavery ». Or Sékou Touré qui ne parlait pas un mot d'anglais ne
pouvait pas comprendre les paroles de N'NKrumah. Il fallait que d'autres le
traduisent, l'interprètent et l'adaptent aux réalités guinéennes pour le
remettre à Sékou Touré. Un discours que ce dernier s'est contente de lire
avec sa véhémence habituelle.
Il faut que les jeunes sachent qu'il y avait des guinéens plus patriotes,
plus africanistes et plus engagés que Sékou Touré. Ce sont eux qui ont
pousse le leader du PDG à apporter tout le soutien diplomatique, financier
et militaire nécessaires aux luttes de libération en Afrique. Nelson Mandela
lui-même a raconté que lorsqu'il est venu voir Sékou Touré à Conakry, ce
dernier s'est contenté de lui offrir ses tomes. Lorsqu'il repartit dans sa
chambre d'hôtel, il en fit le compte-rendu à M. Abdoulaye « Ghana » Diallo.
C'est ce dernier qui, in extremis, réussira à trouver une enveloppe bourrée
d'argent pour remettre à Nelson Mandela.
Il est temps, grand temps que Somparé cesse de falsifier l'histoire. Il dit
à qui veut l'entendre que tout doit être fait pour consolider l'unité
nationale. Mais pour lui cette unité nationale passe nécessairement par la
réhabilitation de Sékou Touré. Mais quel jour l'avez-vous entendu parler de
Barry Diawadou, Barry III qui eux ont sabordé leurs partis pour renforcer
cette unité nationale. Quel jour avez-vous entendu Sompare parler de Telli
Diallo, Fodéba Keita, Magassouba Moriba, Mme Loffo Camara ou Jean Faraguet
Tounkara ?
Il est clair que Somparé et ses amis veulent une réconciliation nationale
selon leurs termes : en réhabilitant le dictateur et en piétinant la mémoire
des nombreuses victimes innocentes du règne sanglant de Sékou Touré. Pour
cela il a constitué un puissant lobby dans lequel figurent l'actuel Premier
ministre Lansana Kouyaté et l'ancien ambassadeur de France en Guinée, Mr.
André Lewin.
En tout cas, le discours de M. Sompare à l'Assemblée Nationale a ravivé les
tensions en Guinée. Déjà les victimes proches et lointaines du PDG sont
entrain de s'organiser pour trouver la parade. Les autres affichent la
méfiance. Depuis que Somparé a pris la parole le 25 Septembre 2005, un
climat malsain et fait de soupçons et méfiance est revenu en Guinée.
L'ethnocentrisme est revenu au galop.
La semaine dernière, M. Somparé a prononcé un discours au cours des
discussions portant sur la loi de finances 2008. Discours dans lequel il
fustige l'ethnocentrisme. Il demande que quatre délégations soient formées
comprenant des éléments venant de toute la Guinée et de différents partis se
rende dans les communautés pour sensibiliser l'opinion sur la nécessité de
renforcer l'unité nationale. Il a été vivement applaudi.
Mais ceux qui ont applaudi ignorent que ce dernier discours est tout autant
démagogique que le premier. Si M. Sompare était sérieux dans ses propos, il
laisserait Sékou Touré a son sort au lieu de chercher à le réhabiliter
vaille que vaille. C'est le tribunal de l'histoire qui est entrain de le
juger. Si M. Sompare tenait à favoriser la réconciliation nationale, il
devrait aussi rappeler les guinéens au bon souvenir de Telli Diallo, Keita
Fodéba, Barry Diawadou, Kaman Diaby, Barry III, Mme Loffo Camara, Gnan Félix
Matos, Tounkara Jean Faraguet.
Au lieu d'envoyer des délégations pour sensibiliser les populations, M.
Somparé devrait plutôt cesser de falsifier l'histoire. Tout le monde sait
qu'en Guinée, les populations vivent dans la paix et l'harmonie. Ce sont les
politiciens de la trempe de M. Sompare qui falsifient l'histoire, manipulent
les jeunes et les profanes pour diviser et opposer les uns contre les autres
afin d'imposer leurs idées et s'accaparer du pouvoir.
Sinon dans l'atmosphère sociopolitique actuelle de la Guinée, on devrait
laisser au temps de régler un sujet aussi sensible et douloureux que
l'héritage de Sékou Touré.
Surtout quand on n'est pas prêt à dire la vérité !
Par Alpha Ibrahima Diallo "Lamidho" avec la collaboration de
Amadou Sadio Diallo,
Amadou Sadio Diallo
Directeur de publication
Les Ondes de Guinée
Contact : Lesondesguinee@gmail.com
Web site: www.ondes-guinee.info
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