dimanche 21 octobre 2007
Je dénonce ici les actes irresponsables posés par la maffia militaro affairiste active en Guinée, mon paradis, qu’ils risquent de brûler si rien n’est fait pour les stopper. L’objectif est de montrer les mécanismes utilisés délibérément par cette maffia pour maintenir la Guinée dans un état de sous-développement. Il faut comprendre ce qui s’y passe sinon ces dangereux pyromanes risqueront un jour ou l’autre de mettre le feu à mon paradis – la Guinée – qui est aussi le vôtre. Mais quel paradoxe ! Comme le chante si bien Alpha Blondi, les véritables ennemis de l’Afrique sont les Africains eux-mêmes. Cette citation est malheureusement applicable à la Guinée où une maffia militaro-affairiste composée de Conté et de sa famille, les officiers supérieurs, de quelques hommes d’affaire et de tous les personnages obscures gravitant autour du pouvoir font des pieds et des mains pour faire obstacle au décollage économique de leur propre pays. C’est ce vampirisme financier dont ils sont affublés qui fait mal au développement de la Guinée.
Voyons maintenant qui sont ces vampires qui sucent le sang de leurs compatriotes et qui sabotent de surcroît le développement de leur pays. Rappelons que la Guinée connaît une évolution saccadée depuis quelques décennies. Ces décennies du règne du régime Conté représentent une perte totale pour la Guinée. Ce pays ne s’est jamais porté aussi mal. Tout le règne de Conté a été marqué par la désolation et par l’instauration de la corruption comme mode de gestion des biens publics. Le gouvernement Kouyaté n’a fait qu’empirer cette situation qu’il avait pourtant la mission d’inverser. Même si on a eu un brin d’espoir après sa nomination comme chef de gouvernement, la plupart des Guinéens doutent forts aujourd’hui que le changement vienne de lui et de son équipe. Le mode de formation de son équipe n’a convaincu aucun observateur lucide de la scène politique guinéenne.
J’ai suivi de près les événements qui ont secoués notre pays au début de l’année 2007. J’étais, en effet, à Conakry pour y passer mes congés de fin d’année après six ans d’absence. Je n’ai quitté le pays que le lendemain de l’annonce de l’état de siège, soit le 13 février 2007. Malgré les difficultés vécues durant la grève, j’ai été très heureux de vivre ces événements sur place en compagnie de mes proches et de mes amis dans la mesure où j’ai compris que nos compatriotes de l’intérieur ne sont plus prêts à avaler n’importe quoi du gouvernement de Conté. Ces événements douloureux ont, en effet, contribué à éveiller chez les Guinéens leur sens patriotique et à forger chez eux une conscience politique non partisane.
C’est dans la même veine que j’ai été impressionné par la volonté farouche avec laquelle les grévistes et surtout les jeunes étaient prêts à aller jusqu’au bout pour chasser Conté du pouvoir. La marche des grévistes a été malheureusement stoppée de manière tragique au pont 8 novembre par les bérets rouges renforcés par les mercenaires Bissau guinéens pour défendre le pouvoir vacillant de Conté. Cette réaction brutale s’explique par le fait que la survie du système érigé par Conté était sérieusement menacée par ce mouvement populaire. D’où la répression utilisée pour briser cette grève qui était la menace la plus sérieuse que faisait face Conté et son clan. L’autre stratégie utilisée par les barons du régime a été d’acheter la conscience des leaders syndicalistes. C’est maintenant la division totale au sein du mouvement syndicaliste.
J’ai été toutefois très déçu par la faible implication des principaux leaders des partis de l’opposition dans cette insurrection populaire visant à chasser Conté du pouvoir. Ils ont plutôt cédé le terrain aux syndicalistes qui ont assuré, avec les moyens dont ils disposaient, le leadership de ce mouvement contestataire dirigé contre le régime Conté. Or, ces leaders ont envoyés à la mort plusieurs de leurs militants qui ont osé défier ouvertement le régime de Conté: Ces derniers ont omis qu’ils faisaient face à un système maffieux bien organisé qui n’avait plus peur de l’opposition divisée qui a perdue toutes ses griffes. Celle-ci n’arrive à survivre qu’avec les subventions de base que leur offre l’État pour financer leurs activités. Les leaders étant maintenant fauchés. D’où l’arrogance que le pouvoir fait preuve à l’égard de l’opposition. Le pouvoir en place invite l’opposition au dialogue lorsque seulement cela peut contribuer à redorer son image à l’étranger.
Notre opposition est à l’image de la plupart des oppositions africaines : divisée, fauchée, inexpérimentée pour la plupart et frustrée. Il serait très imprudent de laisser un quelconque de ces leaders, dont bon nombre sont restés trop longtemps à l’écart du pouvoir, diriger la Guinée. Les exemples ivoirien et sénégalais sont très édifiants sur ce plan là.
C’est dans cette optique que je considère les leaders politiques de l’opposition comme étant potentiellement des pyromanes qui, à cause de leur soif du pouvoir, sont capables d’allumer la mèche qui pourrait embraser notre cher pays tout entier. La menace d’une guérilla urbaine plane déjà sur Conakry car toutes les formations politiques y ont déjà délimité leur territoire. Les milices de Kouyaté sont déjà bien implantées à Conakry.
Je pointe aussi du doigt les têtes dirigeantes de nos institutions républicaines qui n’ont pas su pleinement assumer leur responsabilité durant cette période d’instabilité. Ce sont des personnes qui ont plutôt opté pour le statu quo qui leurs garantissaient le maintien de leurs privilèges au lieu de soutenir les revendications du Peuple. Ce sont le Président de la Cour suprême, le Président de l’Assemblée nationale et le Président du Conseil économique et social qui contrairement à ce qu’ils veulent nous faire croire aujourd’hui, ont œuvré pour la survie de la maffia dirigée par Conté. Ils n’ont jamais soutenu aucun processus menant vers le changement de régime en Guinée. Sinon, ils auraient pu prendre cette occasion à trois pour démettre Conté de ses fonctions présidentielles comme cela s’est déjà fait ailleurs. Lamine Sidibé qui devait avaliser une telle décision et qui n’a pas osé le faire est l’un des pires ennemis de l’avènement d’un véritable changement dans notre pays. Ce faucon discret du régime de Conté continue de servir fidèlement son mentor au détriment de la défense des intérêts de la République. C’est lui aujourd’hui qui constitue la pièce maîtresse de ce régime moribond.
Je reproche aussi aux syndicalistes d’avoir fait preuve d’amateurisme lors de la signature des accords tripartites avec Conté. Ils n’ont pas été en mesure de négocier solidement ces accords afin de donner le plein pouvoir au chef du gouvernement. C’est à cause de leur maladresse que le pays est présentement bloqué au plan administratif. Ils auraient dû par exemple arracher à Conté le pouvoir de nomination des emplois civils qui auraient permis de faciliter le travail du premier ministre de consensus en voie de nomination. C’est vrai que nos syndicalistes n’ont pu mesurer tous les enjeux entourant la négociation de ces accords. Par exemple, ils ont ignoré qu’ils évoluent dans un État de type « familial » où le chef d’État est aussi perçu comme le père de la Nation. Conséquemment, ils sont tombés dans le piège de Conté qui a misé sur sa femme (Henriette Conté) comme négociatrice appuyée par les institutions républicaines qui lui sont déjà acquises pour les détourner de leur objectif premier qui était de céder son pouvoir.
J’accuse également le premier ministre de manipuler les jeunes, les syndicalistes et les hommes en uniformes au profit de ses obscures ambitions. Au lieu de satisfaire les attentes des populations, Lantana Kouyaté est entrain de procéder à un véritable détournement démocratique en Guinée. Il a totalement écarté de sa préoccupation la réalisation des projets prioritaires inscrits sur sa feuille de route qu’on lui a remis lors de sa nomination. On lui a demander entre autres de lutter contre la corruption qui paralyse le pays, d’instaurer une Commission d’enquête indépendante pour juger les criminels militaires ou civils qui se sont signalés durant la grève et enfin de fournir l’eau courante et l’électricité à ses compatriotes. Aucun de ces points de revendication n’a été totalement satisfait. Ses partisans oeuvrent plutôt pour son élection éventuelle au poste de président de la République pour ramener ainsi les « Pdégégistes » au pouvoir. Or, le clan Kouyaté a oublié une donne importante sans l’historiographie récente de notre pays. Soit, il fait semblant ou il connaît très mal la Guinée. Conté, lui-même, se réclame comme le principal héritier de Sékou Touré même s’il ne le clame pas sur tous les toits. Le fait qu’il ait baptisé son palais du nom de l’ancien président guinéen est un signe évident qu’il lançait à ceux qui ont voulu s’arroger l’héritage touréen.
Par ailleurs, les méthodes utilisées par les deux hommes sont les mêmes car ils tous les deux les produits du PDG. Du côté de Conté le but est de se maintenir au pouvoir et du côté de Kouyaté l’intention est plutôt de tout faire pour occuper le poste présidentiel. Si tous les deux ont été à l’école du PDG, Conté comme militaire est par contre plus fin stratège que Kouyaté. Nous assistons aujourd’hui à une guerre opposant en fait deux héritiers du régime touréen. La seule différence entre ces deux grands prédateurs de l’État est le fait que Baba Conté (vieux père en soussou) veut tout faire pour sauver son régime moribond, alors que Kouyaté est entrain encore de construire son royaume pour devenir le second Famakè de la Guinée. Le problème qui se pose au Premier ministre est qu’il été prématurément démasqué par Conté avant d’atteindre son objectif.
La règle voudrait maintenant que le Premier ministre démissionne pour éviter à notre pays une guerre civile parce qu’il a perdu son combat contre Conté. Du fait de son manque de crédibilité auprès de ce dernier et des Guinéens, il n’est plus en mesure de faire respecter l’application de sa feuille de route. Si Conté considère qu’il est incompétent et qu’il ne veut plus travailler avec lui, qu’est-ce qu’il attend donc pour démissionner? Au lieu de cela, il attend que Conté le chasse de son poste. Quelle perfidie et quel manque de jugement. Bref, Kouyaté est le Premier ministre le plus incompétent et le plus décrié par la population que la Guinée a jusqu’ici connu. Pourtant, contrairement à ses prédécesseurs, il jouissait d’un appui populaire qu’il n’a pas su bien gérer avec diplomatie. Il est clair qu’il est plus fort dans l’organisation des intrigues que dans la gestion transparente et rigoureuse des affaires de la République. D’où son départ indispensable.
J’accuse enfin le Président Conté d’être le principal responsable de l’état lamentable dans lequel se trouve la Guinée depuis 1984. Depuis qu’il est en poste, il n’a à son actif aucune réalisation qui fait la fierté de la Guinée. Son principal souci a été plutôt d’assurer la survie de son régime. Comme bon nombre de dictateurs en Afrique, il a toujours réussi à s’assurer un renouvellement de ses fidèles en attirant les meilleurs fils du pays. Beaucoup de diaspos rentrés au pays ont été ainsi récupérés dès leur arrivée par le système Conté auquel ils servent aujourd’hui fidèlement même s’ils ne sont plus en poste. La stratégie utilisée par Conté visant à opposer ses fidèles entre eux lui a permis d’avoir à long terme une main mise totale sur notre pays. Hormis son Sékhoutéréya, je ne vois rien d’autre d’impressionnant qu’il a réalisé dans le paysage urbain de Conakry. Notre capitale ressemble aujourd’hui à une ville sinistrée qui n’a aucune ressemblance avec la perle de l’Afrique de l’Ouest qui lui a été accolée pendant longtemps durant la période coloniale.
Je n’oublie pas les prédateurs qui gravite autour du président Conté qui est véritablement le chef de la maffia militaro affairiste qui dirige notre pays. Il change ses bras droits selon son humeur du moment. Actuellement, c’est l'entrepreneur italien Guido Santillo et l'affairiste Mamadou Sylla qui sont ces deux hommes de main. Ces derniers gèrent par procuration ses richesses mal acquises dans une impunité totale qui frise le scandale. Cette maffia ne recule devant rien pour capter les ressources alors que le pays est en état de manque. Les salaires de nos fonctionnaires, l’argent décaissé pour financer les grands projets et le trésor de la Banque Centrale n’échappent pas à leur cupidité. Parfois c’est le chef de la maffia lui-même qui se déplace pour collecter la manne financière indispensable pour entretenir la loyauté de ses fidèles membres. Il est vrai que la Guinée a été comparée à un Far West par les investisseurs sérieux qui ont osé s’y aventurer. C’est un État voyou qui est depuis quelques décennies désertés par les investisseurs étrangers à cause des risques d’investissement qui y sont les plus élevés de la sous région.
C’est cette bande de maffieux qui veut brûler mon paradis, le vôtre aussi. Il faut rapidement écarter cette maffia dirigée par le président Conté des affaires courantes de l’État si l’on veut éviter l’expérience douloureuse vécue par nos voisins libériens ou Sierra léonais. Ce sont des bandits à cols blancs qui n’ont aucun sens du patriotisme et qui détestent, à mon avis, la Guinée et les Guinéens sinon ils ne les laisseraient pas leurs compatriotes vivre dans la misère actuelle, alors qu’ils brassent les milliards de dollars volés à la Nation et vivent dans un luxe insolent. Bon, je m’arrête ici pour ce premier coup de gueule adressé aux maffiosi qui veulent brûler mon paradis. Ma prochaine chronique portera sur quelques pistes de solutions pouvant soulager la misère des Guinéens.
Par Dr. Cellou Barry, Montréal
Pour www.nlsguinee.com