jeudi 18 octobre 2007
N'koro Camara d'Atlanta,
J'ai l'honneur de répondre au courrier que vous avez bien voulu m'adresser par le Net.
Permettez-moi, tout d'abord, de vous rassurer sur quelques détails : je ne participe pas à un débat sur le site que vous citez; je ne suis pas "l'un des grands animateurs" dudit site; je ne me prends pas pour un "intello" et je ne me suis pas adressé directement à "un certain Soumahoro". Je suis tout simplement un citoyen qui prend le risque de dire ce que beaucoup pensent et dont les écrits sont publiés par plusieurs sites. De ce fait, j'accepte de polariser la haine de certains, issus d'un camp bien identifié.
Cela dit, j'ai du mal à vous suivre car vous parlez en vrac d'imprudence intellectuelle, de Sékou Touré, d'Alpha Condé, de Kouyaté, de Samory, des débuts de l'Islam, de Lieux Saints, du remplacement d'un n'ko "Kaba" par un autre "Kourouma" en Sierra Leone, etc...
Le Net n'étant pas un lieu de règlement de comptes personnels, je ne vous répondrai que brièvement.
I) sur Samory
Ce que j'ai dit de lui n'a rien de blasphématoire. Il a été un résistant à la conquête coloniale et a été à la tête d'un empire. Il s'est conféré le titre d'Almamy par imitation des chefs Peuhls du Fouta-Djallon. Je vous précise, au passage, que Samory, fortement marqué par les enseignements de Sory Ibrahima Cissé, entretenait de bonnes relations avec ces Peuhls, auxquels il proposait des esclaves en échange de bétail.
Sachez, M. Camara, que les titres Thierno, Alpha et Almamy étaient typiquement peuhls. Le premier était attribué à celui qui avait étudié et traduit le Coran, le second à celui qui pouvait le commenter et le troisième à l' "Alpha de Timbo", ce qui constituait un couronnement ( Almamy du Fouta). C'est comme le prénom Ibrahima ( Ibrahim chez les Arabes, Abraham chez les Juifs et Bouréma chez les Mandingues) que j'ai l'honneur de porter. A l'origine, un "Ibrahima" était nécessairement peuhl. Avec les brassages des populations, ce qui est une excellente chose, tout a évolué. Ainsi, Alpha Condé est malinké et tant mieux ! Je connais un "Bakary" peuhl et tant mieux ! Peuhls et Malinkés ont longtemps vécu en parfaite harmonie. Kankan a un quartier, près de sa grande mosquée qui porte le nom prestigieux de Timbo.
Vous avez parlé de notre mémoire collective. J'apprécie l'emploi stylistique de cet adjectif possessif car Samory n'est pas plus à vous qu'à moi ! C'est ce que Bokar Biro Barry devrait être pour vous.
Par conséquent, moi, Ibrahima Kylé Diallo, descendant spirituel de Samory me réserve le droit de taquiner un de mes ancêtres ! Vous n'avez pas le monopole de Samory. En revanche, je vous laisse Sékou Touré et Kouyaté !
II) sur les n'ko "Kaba" et "Kourouma"
M. Camara,ne vous spécialisez pas en confusion. Si l'ancien Président Kaba de Sierra Leoneest de votre communauté, il en va tout autrement de l'actuel Président E.B. Koroma qui appartient à l'ethnie Temnée ! Ne confondez pas Kourouma qui peut être Malinké, Guerzé, Toma, Kissi et même Peuhl, avec Koroma, encore moins avec N'krumah ! Il se pourrait que des liens aient existé entre les habitants de la Haute-Guinée et ceux du nord de la Sierra Leone ou ceux du Ghana mais méfiez-vous des faux-amis phonétiques.
Ainsi, sans prétention aucune, me permettrais-je de vous dire que la Maison de Condé est une branche de la Maison de Bourbon, issue de Louis 1er ( voir l'Histoire de France) et n'a rien de commun avec le n'ko, que l'ancien archevêque brésilien Dom Helder Camara n'était pas Mandingue, que Kamakura n'est pas une localité de Haute-Guinée mais une station balnéaire du Japon ! Pour atténuer votre choc, je vous dirais que Bari est une ville italienne et Barry, une autre du Royaume-Uni qui n'ont rien à voir avec les Peuhls. Le Viet-Nam a connu une dynastie de Ly qui n'a eu aucun lien avec Dinguiraye !
Donc, arrêtez, M. Camara !
En revanche, vous pourriez rendre un service à votre pays qui a besoin d'unité nationale.Vous aviez participé à une rencontre de Guinéens en l'an 2000 à Columbia, en Caroline du sud pas pour y danser le charleston mais pour débattre des problèmes de notre pays. Vous y auriez affirmé que le Colonel Diarra avait rédigé son discours de coup d'état à votre domicile et que c'est vous qui l'auriez porté à la radio.Pouvez-vous confirmer ces dires pour éclairer nos populations ? Je précise que même si le "coup Diarra" était vrai, rien ne justifiait la liquidation d' officiers de son ethnie.
Je vous salue !
Par Ibrahima Kylé DIALLO
Pour www.nlsguinee.com