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Guinée : PRESSE; LA RÉPLIQUE DE TIBOU KAMARA.
QUAND UN ARTICLE DÉRANGE
24 mai 2005
L’article ‘’Pourquoi le Premier ministre Cellou Dalein dérange tant ?’’ publié dans notre précédent numéro, comme il fallait s’y attendre, tant il va à l’encontre d’idées reçues et des agissements de certains calomniateurs, a beaucoup dérangé, en Guinée comme dans les différentes communautés de Guinéens vivant à l’extérieur. Cet ‘’article inventaire’’ s’inscrit ainsi dans une dynamique nouvelle dans la vie publique guinéenne : ‘’oser’’ faire le bilan de chacun pour éclairer l’opinion et la protéger des rumeurs et des humeurs de ceux qui voudraient lui imposer des points de vue sous-tendus, malgré une apparente innocence, par des luttes d’intérêts et d’influence aussi bien en Guinée qu’ailleurs.
De prime abord, il faut se réjouir et se féliciter des différentes réactions favorables, défavorables ou mitigées suscitées par la comparaison que nous avons ‘’osé’’ faire entre les trois derniers Premiers ministres du général Lansana Conté. Pouvions-nous espérer mieux ? Nous ne nous attarderons pas sur les ‘’motions’’ de soutien et de sympathie venues de nombreux concitoyens qui préfèrent aujourd’hui une confrontation d’idées et de valeurs aux commentaires passionnés, aux invectives gratuites, voire aux élucubrations intellectuelles. Eh bien oui, nous préférons axer nos efforts sur les vertus de la contradiction qui ne signifie point, comme le croient certains esprits faibles et retors, ‘’se donner en spectacle’’ pour marquer une réprobation ou faire de l’agitation dans la rue ou dans les rédactions face à la difficulté évidente de s’assumer ou à l’angoisse irrépressible de perdre la face dans une querelle d’arguments. Tout le monde est-il seulement doué et armé pour les polémiques, les passes d’arme publiques, pour les joutes intellectuelles et dialectiques ?
En tout état de cause, il y a eu un débat, qui ne fait que commencer d’ailleurs, même si ce n’est pas celui que nous avons souhaité, c’est-à-dire celui d’arguments contre arguments, de faits contre faits. Plutôt que cela, ou son contraire, la ‘’réplique’’ ou ce qui en tient lieu, pour l’instant, ne nourrit guère une contradiction saine. Et pour cause ? A aucun moment – quel bonheur ! –, il n’y a eu la moindre prétention à démentir les faits. Rien de ce qui a été écrit du bilan du Premier ministre Cellou Dalein Diallo n’a été ‘’démonté’’ ou démenti, justement à cause de la majesté et de l’éloquence des faits. Bien au contraire, comme d’habitude, et avec l’énergie et l’obstination du désespoir, l’on a voulu ‘’relativiser’’ et ‘’banaliser’’ un bilan – parce qu’il en existe bien un – bien connu et reconnu par les Guinéens dans leur diversité d’opinions.
L’on peut aimer ou ne pas aimer le Premier ministre guinéen Cellou Dalein Diallo, l’on peut lui préférer d’autres – c’est de bonne guerre –, mais il serait vain de chercher à faire croire qu’il n’a rien fait pour son pays ou qu’il ne représente rien pour l’opinion guinéenne.
Certes, il n’a été candidat à aucune élection – de l’avis d’analystes internautes bien loin d’une scène inconnue d’eux, mais dont ils voudraient quand même parler – pour que certains se fassent une idée précise de sa popularité réelle, au-delà de leurs propres fantasmes et illusions. Mais cette popularité s’est manifestée bruyamment après son décret de nomination, au point de susciter des frayeurs et d’expliquer aujourd’hui le ‘’danger’’ qu’il constituerait pour d’autres personnalités dont on a épilogué longtemps sur la prétendue assise populaire.
Si le Premier ministre n’a pas encore d’ambitions déclarées – n’en aurait-il pas le droit en tant que citoyen guinéen ? –, d’autres ont affiché ouvertement les leurs qu’ils tentent fiévreusement d’assouvir. Si Cellou Dalein Diallo n’a pas exprimé personnellement la moindre ambition successorale, ne lui fait-on pas un procès d’intention sur la base justement de… sa crédibilité et de sa popularité avérées ? Qui peut nier cela ?
Évidemment, lorsqu’on n’est pas de bonne foi ou sur le terrain, comme certains célèbres inconnus placés à la tête d’associations fantômes qui voudraient se faire connaître et entendre par le réseau facile et souvent lâche d’Internet, l’on se perd en conjectures et l’on cède volontiers à l’amalgame facile dans un style faussement polémiste. L’exil, ou précisément l’aventure forcée dans une société occidentale élitiste – où tout le monde n’a hélas pas sa place –, cultive assez souvent le ‘’mal du pays’’ qui suscite de profonds ressentiments et aiguisent des vocations prophétiques à l’origine de prises de position aussi hasardeuses que périlleuses. Faut-il alors hurler avec les loups ? L’on voudrait pousser la carence intellectuelle et morale jusqu’au nihilisme. En effet, s’il y a beaucoup à faire encore pour la prospérité et le bonheur des Guinéens, peut-on dire que de 1984 à 2005 la Guinée n’a fait que reculer, tout simplement pour assouvir une soif de critique et faire un mauvais procès à des hommes et au régime qu’ils incarneraient ?
La culture la plus élémentaire permet de savoir qu’au sein de tout gouvernement, il y a une tâche spécifique dévolue à chacun en fonction de laquelle l’on fait d’abord un bilan individuel et ensuite le bilan collectif. Aussi – puisque certains ont besoin qu’on leur fasse un dessin pour comprendre –, dans le même gouvernement, certains peuvent être jugés bons et d’autres mauvais. Par exemple, Lamine Sidimé, du point de vue de l’opinion, a été un piètre Premier ministre. Sidya Touré, selon ses partisans, aura été en revanche meilleur. Mais tous les deux n’ont-ils pas en commun d’avoir servi le général Lansana Conté ?
Qu’à cela ne tienne, si l’on reste dans la logique à tous les égards troublante de pseudo-confrères qui jouent aux pyromanes avec la plume, le régime guinéen prétendument mauvais – ce qui est à prouver par des faits et des exemples plutôt que par des dissertations insipides –, personne sous le magistère du général Lansana Conté ne pourrait être bien jugé et perçu. Alors ni Sidya Touré ni François Fall ni Lamine Sidimé – puisque cela manifestement ne plaît pas à leurs amis et soutiens – ni beaucoup d’autres personnalités, y compris celles reconverties en opposants, en critiques ou encore en pourfendeurs des années Conté, tout en faisant partie du bilan de ce dernier pour avoir occupé de hautes fonctions dans l’administration, ne sont exempts de reproches, ne peuvent revendiquer de bonnes actions ou se démarquer dans le ‘’bilan global’’. Mais quoi ! Alors, tous les acteurs depuis 20 ans sont mauvais, sans exception. Il ne saurait y avoir à cet égard deux poids deux mesures ! L’on ne peut ‘’reconnaître’’ à tort et à travers à Sidya Touré d’avoir donné de l’électricité et de l’eau aux Guinéens, prendre acte de la démission de François Loncény Fall comme d’un fait d’Histoire tout en déniant à Cellou Dalein Diallo ses nombreuses réalisations – ‘’routes’’ et ‘’ponts’’, notamment – dont les Guinéens tirent un énorme bénéfice, ce grâce à la confiance que le chef de l’Etat a placée en lui ! Où est la logique dans tout cela ou tout simplement l’équité ? Au-dessus des clivages et des dissensions, des vils intérêts, en arbitres et observateurs indépendants, les partenaires au développement que le Premier ministre a pratiqués lorsqu’il était simple ministre, savent, eux, à quoi s’en tenir. Parce qu’ils ont vu là où leur aide est passée, ils en connaissent parfaitement la traçabilité. A travers notamment leurs missions… d’audit et de contrôle, car les financements extérieurs obéissent à des règles et procédures que le profane ignore.
En tous cas, les institutions financières, si elles avaient décelé les ‘’irrégularités’’ auxquelles quelques esprits chagrins font abusivement allusion, n’auraient pas jugé Cellou crédible, elles lui auraient encore moins décerné des satisfecits qui, on l’imagine, ne sont pas gratuits. Car pourquoi à lui et pas aux autres ?
C’est manifeste, Cellou Dalein Diallo fait peur à certains et dérange les intérêts d’autres. Rien que la vague de réactions suscitée par l’article que nous lui avons consacré le témoigne, car ce n’est tout de même pas la première fois que dans les colonnes d’un journal, l’on ‘’flatte’’ une personnalité ou qu’on l’accable pour épouser l’esprit manichéen de certains qui voient le monde à travers leur idée personnelle du bien et du mal, du juste et de l’injuste : lecture étriquée, s’il en est, parce qu’influencée par des intérêts inavouables qui transparaissent dans des réactions agacées et douteuses face à des ‘’vérités qui font mal et s’opposent à des instincts grégaires’’.
Faut-il rappeler, pour clore le chapitre d’un long débat à venir, que ‘’l’on ne peut cacher le soleil avec la main’’ ?
Tibou Kamara
Directeur de la publication de l'hebdomadaire Guinéen 'L'observateur'.
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