mercredi 03 octobre 2007
Pour comprendre la prochaine déflagration de notre pays, j’ai pensé qu’il fallait visiter l’histoire d’autres peuples qui ont déjà connu des génocides.
Certes, l’histoire n’est pas une répétition, mais les faits historiques enregistrent des similitudes qui nous donnent à réfléchir et à prévoir l’avenir. Les Guinéens s’y exerceront-ils ?
Aujourd’hui, je vais tenter, avec vous, une lecture du génocide rwandais.
Lorsque les colonisateurs Allemands et Belges investissent cette région, la raciologie, idéologie déshumanisante, était en vogue. Elle se nourrissait essentiellement des thèses de Gobineau. Ces colons s’en servirent pour asseoir leur domination. Au Rwanda, comme dans tous les pays du monde, les différences sociales se recoupent, en dépit des différences de morphologies. Celles-ci tiennent de plusieurs facteurs (alimentation essentiellement, zone d’habitation….). Malheureusement, les racistes de l’époque s’appuyèrent sur ces caractéristiques pour créer un clivage mortel à terme au Rwanda. Les agriculteurs Hutu et les éleveurs Tutsi sont clivés par les colonisateurs en races parce qu’ils ne présentent pas le même physique. Or à voir de près, il ne s’agit simplement que d’une différence de classe sociale. Sans se soucier de l’échec de la raciologie d’Hitler des années 30, la colonisation rallume cette rétrogradante idéologie au Rwanda.
Ce sont les Allemands, les premiers, qui ravivent cette théorie qui sera relayée par les Belges. Ils en feront l’instrument principal de leur présence en accordant la prééminence à tout point de vue aux Tutsi. Les surévaluent et en font leurs collaborateurs, outils de colonisation du Rwanda. Ce sont les Tutsi qui vont à l’école. Pour marquer la différence, une carte d’identité ethnique est instituée.
Conséquences : ce sont des années de rancoeurs, de frustrations qui développent la vengeance dans le cœur des Hutu et cultivent haine des Tutsi chez eux.
A la veille de l’indépendance, les Tutsi sont les plus instruits. Ils se dressent contre leurs bienfaiteurs, sans le savoir en réclamant l’indépendance et en prônant la laïcité alors que l’Eglise servait de machine d’aliénation à la colonisation belge. Quel sacrilège ! Pires encore, ces deux revendications enfourchent le cheval marxiste. C’est la désalliance ! Le renversement du sens des relations d’hier est total!
Les Hutu, majoritaires, sont poussés à dénoncer désormais la place trop importante occupée par les Tutsi dans l’administration. Les premiers massacres s’opèrent. On parla de « Révolution populaire » à l’époque. Nous sommes dans les années 60. Cette opération meurtrière jette sur le chemin de l’exil tous ceux qui avaient nourri et soutenu le projet de l’indépendance du Rwanda et donc des Tutsi principalement.
Sautons les détails pour éviter au lecteur des péripéties et des étapes douloureuses. Il faut retenir que les Belges n’interviennent pas parce que très peu outillés pour maîtriser le volcan en ébullition, non plus les Français qui s’abstiennent volontairement, signe d’une complicité inavouée.
Entre temps, la France prend le relais des commandes aux alentours des années 70. Elle se substitue aux Belges au Congo, au Burundi, au Rwanda et aux Portugais en Angola. Ainsi Giscard, en 1978, sauve Mobutu en faisant sauter ses parachutistes, à partir de Kolwezi, sur le Katanga.
Donc la France devient la principale puissance étrangère au Rwanda. Quelles en sont les raisons ?
N’attendez pas de réponse, autre que la raison d’Etat. Ce qu’il faut savoir ; c’est de comprendre qu’à partir de ce moment, le Rwanda, qui n’était pas endetté, s’inscrit dans la spirale des dettes extérieures Il y est poussé, contraint voire obligé. Ce qui permettra d’acheter les armes du génocide en gestation. Et s’ensuivit la corruption qu’accompagnent les trafics de drogues, des armes, de prostitution. Au finish, le pouvoir tombe sous le charme malsain de la corruption effrayante et destructrice des valeurs fondatrices du génie rwandais. Le régime est à bout de souffle, mais pour retarder sa chute, ses idéologues embrassent la politique de la stigmatisation et de l’instrumentalisation des ethnies. Alors s’engage la course de la fuite en avant et s’invente une nouvelle stratégie.
Le régime fait croire aux populations de son groupe d’appartenance que leur survie dépend de son maintien en place.
A partir des années 90, la manipulation ethnique atteint son apogée. Les Tutsi, tous les Tutsi deviennent la cible à abattre. La haine les désigne comme des descendants du pogrom de la « Révolution populaire ». La mafia, exploitant les richesses rwandaises, se solidarisent avec le régime, adepte de l’instrumentalisation ethnique. La France joue, en ce moment, un rôle capital : ses militaires entretiennent d’étroites liaisons avec le pouvoir. Ce qui devait arriver, arriva !
Le 6 avril 1994, l’avion du président Habyarimana est abattu. Le génocide commença ! Au bout de trois mois, l’extermination est terminée : 85 à 90% des Tutsi sont assassinés. La vérité sur ce crime est encore suspendue. L’humanité la saura-t-elle vraiment un jour ?
Pourquoi évoquer cette tragédie ? Parce que depuis la nomination de Lansana Kouyaté, l’évolution de la Guinée n’est pas rassurante. Quelle est la différence entre cette histoire et le processus d’appropriation du pouvoir et de la conduite des affaires publiques guinéennes par Lansana Kouyaté ? Ses groupes de soutien, les nominations de complaisance attachées à son ethnie ou à la servitude (Par exemple, la nomination de Paul Moussa Diawara comme secrétaire d’ambassade…), la manipulation de certains syndicalistes, l’exclusion des guinéens expatriés, l’envolée ethnique et envahissante…, etc.
La fièvre de l’ethnicisme a fait monter la tension sociale si bien que nous arrivons au bord de l’implosion et de l’explosion de notre société. Qu’attendons-nous, Guinéennes et Guinéens pour apporter maintenant les seaux d’eau nécessaires à l’extinction de la braise avant qu’elle n’embrase la famille guinéenne ? L’apologie de l’ethnie est la bombe que fabrique Kouyaté et les autres pour le pays au lieu de s’en tenir au contenu de la feuille de route. Je dis simplement que chacun de nous sera demain comptable de la tragédie qui guette la Guinée si elle se produit, car nous avons encore le temps de l’éviter. Alors arrêtons le génocide avant la lettre ! Mieux encore, aucun d’entre nous n’a demandé à naître Baga, Guerzé, Peulh, Malinké, Konon, Kissi, Soussou ou Toma. L’histoire a fait que nous sommes enfermés sur un bout de terre reconnu internationalement comme étant la République de Guinée. Elle est le patrimoine à nous tous. Ne nous excluons pas les uns, les autres. Nous sommes tous des Guinéens, avant d’être autres choses
Paris 2 octobre 2007
Jacques Kourouma
Contact : jacques.kourouma@orange.fr
Pour www.nlsguinee.com