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    Guinée : De la nécessité d’un renouveau en Guinée

     samedi 29 septembre 2007   

    À l’heure où notre pays vit une profonde crise politique, morale, éthique, économique, de leadership et des valeurs sociales, il serait à craindre, plus que jamais, les risques d’un embrasement généralisé. Il ne faut pas se voiler la face. Les germes de l’implosion sont au bord de l’explosion. Le jeu est clair. Tout le monde s’accorde à dire que ça va repartir.
    - Pourquoi ?
    - Quand ?
    - Comment ?
    - Par qui ?
    - La jeunesse, l’armée, les travailleurs, des forces étrangères ?
    Bien malin qui pourrait y répondre !

    Certains y croient, dur comme fer. Les quartiers auraient été balisés et rebaptisés du nom de certaines villes chaudes, comme Bagdad, Kaboul et Palestine. La zone de turbulences serait d’ores et déjà localisée à Conakry et dans ses environs. Il ne resterait plus qu’à plonger dans l’océan pour sauver sa peau. Les représentants de l’Etat, à l’intérieur du pays, ne devrait leur salut, qu’en rejoignant la capitale. Les paisibles citoyens se barricaderaient. Les minorités installées loin de leurs bases ethniques, se débrouilleraient pour rejoindre la frontière la plus proche, sous l’œil indifférent de la communauté internationale, encore une fois, comme la dernière fois. Voici où nous en sommes, près de 8 mois, après l’avènement d’un PM, dit de consensus.

    Le pays est tellement divisé, que l’on invoque une main invisible derrière chaque situation, chaque initiative, chaque déclaration, jusque dans les difficultés du PM. Nous ne sommes pas sur la même longueur d’ondes de ceux qui invoquent, justifient, défendent, l’impossibilité d’effacer les 23-26-49 dernières années en si peu de temps. Tout le monde s’accorde là-dessus. Mais nous nous focalisons plutôt sur ce qui aurait pu être réalisé, voire amorcé, durant ladite période. De ce constat, il relève que nous sommes loin du compte. Plus dramatique encore, il semblerait qu'il soit urgent d'attendre. Le PM est encore à l’étranger.

    À y voir de plus près, le premier responsable ne saurait être le Président de la République qui bloquerait la signature des décrets, ni certains syndicalistes mange-mil qui auraient perdu le Nord, ni les anciens dignitaires qui poseraient des peaux de bananes partout, ni le rejet de l’ancienne classe dirigeante dans sa totalité. Non. L’actuel PM est le premier responsable. Il est en faute lourde par rapport à la feuille de route. Il est en faute professionnelle pour insuffisance de résultats, alors que tout plaidait en sa faveur. Il avait tout pour réussir, à commencer par un environnement favorable et une population prête à tous les sacrifices. Il a eu l’occasion de démissionner plus d’une fois ou d’aller au clash sur la base des accords tripartite. Cerise sur le gâteau, il disposait d’un soutien populaire sans précédent. A l’époque, c’était un demi-Dieu. Mais, face à son plan de carrière et à sa peur de gouverner véritablement, il a prêté le flanc à tous ceux qui s’étaient terrés depuis sa nomination. Aujourd’hui, nous assistons à ce qu’il est permis d’appeler, la tragédie Kouyaté. Tout le reste n’est que fioriture, litanie, raisons injustifiées ou gnari-makha.

    Aujourd’hui, le laisser-aller, le laisser-faire, l’exacerbation des problèmes ethniques et la confusion règnent à tous les niveaux. Les comités de soutien pullulent, même à l’étranger. Tout est fait pour diviser la jeunesse à travers le repli ethnique et l’intéressement.

    Chacun prend ses marques et choisit son camp, mais à l’encontre de l’intérêt général. L’injustice continue de jalonner le quotidien des citoyens. L’impunité grandissante a déjà fait oublier le sang versé. La plupart des syndicalistes et certains responsables de la société civile sont passés du stade de héros à celui de vendus. Lors des dernières kermesses théâtrales, les ténors avaient laissé la sale besogne aux seconds couteaux, en prenant bien soin de s’absenter du pays au moment des comptes. La corruption est passée par-là. C’est la course poursuite à l’enrichissement sans état d’âme. Personne ne veut être le dindon de la farce. C’est à qui, mieux-mieux. Qui est fou, doivent-ils se dire! Il y a des samaritains qui arrosent à tout-va, et ils devraient passer à travers les gouttes ? Que nenni!

    Bref, les nouvelles ambitions affichées ici et là, témoignent que rien n’a changé, rien n’a bougé. Même le PM a fait le sermon du : j’y suis et j’y reste, contrairement à ses premières déclarations. Le franc glissant coule à flots et reprend inexorablement sa pente vers le fond. C’est toujours le même cirque avec de plus en plus de clowns, mais rien que des comédiens médiocres et des faux-culs.

    À présent, c’est la diversion politicienne dans un espace citoyen, vidé de son contenu. Il n’y a que du réchauffé et des bras cassés : des PM qui devraient se retirer définitivement de la vie politique, au vu de leur échec avéré. Des ministres virés et assoiffés de revanche. Des cadres fanfarons qui appréhenderaient la conclusion des différents audits.

    Ceux qui ont tout raté se le disputent avec ceux qui n’ont rien réussit.

    La pirouette-girouette est de sortie. Le vent semble tourner et il faudrait se mettre dans le bon sens. La coupe est pleine. Il va falloir boire le calice jusqu’à la lie. Mais malgré les gesticulations et les manipulations maladroites, les Guinéens opteraient encore pour du sang neuf, car il serait impossible d’amorcer un réel changement, avec ceux qui ont été à la base de l’état de décrépitude totale du pays.

    Dans la continuité de cette logique, et par rapport aux événements dramatiques du début de l’année, il y a de plus en plus d’éléments qui montreraient, à suffisance, que les responsabilités étaient, aussi bien sur le territoire guinéen, qu’à l’étranger. Certes, il y a ceux qui ont tiré et ceux qui en ont donné l’ordre, qui mériteraient un châtiment exemplaire.

    Mais nous nous intéresserons aussi à qui profite le crime?

    C'est-à-dire tous ceux qui ont tiré les marrons du feu. Ceux qui ont étranglé l’économie nationale à bon escient et entraîné son corollaire. Ceux qui se sont empressés d’achever l’Etat, comme si c’était l’apocalypse. Ceux qui ont exacerbé les esprits et laissé faire, avec l’intention de rafler la mise. Ceux qui se sont frotté le visage avec des mains ensanglantées.

    Si la révolte des jeunes a été spontanée, au point de déborder les syndicalistes qui ne contrôlaient plus rien, il va sans dire que des criminels, des lobbies financiers et des puissances occultes, tiraient les ficelles. L’évidence crève les yeux ! À moins de porter des œillères ou de faire du parti pris. La Guinée aurait pu faire l’économie de ce désastre humain. Ce sont des gamins qui ont perdu la vie. Tous, des Guinéens. C’est pourquoi, nous devrions initier un débat au niveau national, afin de conjurer le sort.

    Donc, face à l’attentisme du PM qui nous dirigerait immanquablement vers le bis repetita, j’ajouterai ma voix à celles qui déclaraient, qu’il serait temps que le Président Conté mette un terme à la parenthèse Lansana Kouyaté. J’ai été l’un de ses fervents supporters de cœur et de raison, comme j’aurais soutenu n’importe quel PM, accepté par le plus grand nombre. Mais les Guinéens, dans leur majorité, n’y croient plus. Le problème ne devrait pas être qui, après Kouyaté ? Non! Qu’il s’en aille ou qu’il soit démis de ses fonctions. Nous n’en sommes pas à la politique de la chaise vide. Il y a des compatriotes, courageux et téméraires, volontaires et justes, compétents et visionnaires, qui aiment la Guinée et tous les Guinéens.

    C’est aussi l’occasion de tordre le cou à ce que j’appellerai : l’alter-égo à la Guinéenne. C'est-à-dire les sempiternelles querelles de clocher du genre « on sait qu’un tel ne fait pas l’affaire, mais qui voulez-vous à sa place ? Un Peulh ? Jamais ! Encore un Malinké, un Forestier un Soussou? Pas question! Un Baga ? Non, ils ne sont pas représentatifs ». En fait c’est la quadrature du cercle. N’en déplaise aux faiseurs de Rois, les Guinéens s’en foutent de savoir qui viendrait à sa place, pourvu que ce soit un bosseur. Ils veulent un Guinéen mordu à la cause nationale et ayant du cœur. Un homme à poigne ou une dame de fer, pour en finir avec la chienlit, la médiocrité, la récréation….

    Quant au PM, je n’ai toujours pas compris, comment un homme qui visait ce poste depuis des lustres, ne s’y était pas préparé convenablement ?

    Voici un homme qui s’est grillé tout seul. Il est arrivé avec le crédit d’une virginité politique et des ambitions louables, au moment où la Guinée était redevenue consensuelle, malgré le lourd héritage. Mais avec le temps, il s’est transformé en démagogue faiseur de promesses farfelues, avant de se murer dans un silence assourdissant. Il semblait avoir des réponses à tout, alors que les problèmes étaient ailleurs. Rien que des solutions obsolètes face à des réalités, nécessitant le bon sens, la fermeté, le courage, la vérité et la prospective. Il ne servait à rien de brasser de l’air ou du vent. Il fallait poser des actes. Les Guinéens en ont assez des bonnes intentions, des boucs-émissaires, des vœux pieux, des ennemis du changement ou des saboteurs, comme à l’accoutumée.

    Finalement, nous ne retiendrons de cet autre tueur d’espoirs, que son entêtement à vouloir devenir le prochain Président de la République.

    Peut-être ne voulait-il pas déblayer le terrain pour un autre! Mais il le savait en acceptant ce poste. C’était un contrat à durée déterminée, avec, comme non-dit, une possibilité de prolongation, liée aux résultats. Mais qu’importe! Il a préféré jouer des coudes, des épaules, de ses relations et de sa manne financière nouvellement collectée, comme un rouleau compresseur. Il s’y croyait. Il s’y voyait déjà. Il a fait espérer, fait faire, fait semblant, et fait comme les autres, in fine. Que d’espoirs anéantis et enfouis! Que de déception! Rien que des faux-semblants. Plus il donnait l’impression d’un stakhanoviste, relooké en steward cinq étoiles et friand d’honneurs, plus son empressement sautait aux yeux de la masse silencieuse, qui espérait le voir réussir. C’est hallucinant !

    Il vient de le démontrer, encore une fois, lors du dernier sommet de l’ONU. Malgré une délégation guinéenne bien étoffée à New York, il n’a pas compris qu’il était malsain de débuter sa gouvernance dans le gaspillage, et inapproprié de vouloir se démultiplier en gouvernement entier, tout seul.

    Comment peut-on manquer de vista à ce point?

    Que fait-il encore là-bas, si c’était uniquement pour représenter le chef de l’Etat ?

    Et encore ! Les autres sont déjà rentrés. J’ose espérer que ce n’est pas pour la photo en aparté avec Ban Ki-Moon, en personne.

    Au lieu d’œuvrer pour la réconciliation nationale à travers des gestes forts et des symboles figés à jamais, au lieu de mettre le cap sur le développement rural et les infrastructures de base, il est resté attaché à la seule philosophie qui lui sied à merveille : réagir au lieu d’agir. La dernière en date concerne les mesures prises pour le prix des denrées de première nécessité pendant le Ramadan comme s’il n’y avait que les musulmans qui consommaient en Guinée. Nous voilà retombés à la triste période des ravitaillements du PDG, à la magouille des responsables du dispatching, et à des images assimilables à la distribution de nourriture aux populations sinistrées ou en guerre. Sauf qu’il faudrait payer.

    Sa dernière trouvaille a été de faire l’évaluation des ministres au bout d’un semestre, comme un examen terminal. Ça passe ou ça casse. C’est pire que du bricolage ou du replâtrage. C’est de l’incompétence. À ce propos, je rejoins d’autres internautes qui posaient deux questions essentielles : qui devrait être évalué ? Qui devrait être audité ?

    En principe, au terme de la période des grands travaux et le succès incontestable de son œuvre accomplie par une traçabilité qui augurerait de lendemains prometteurs, c’est le peuple de Guinée, tout entier, qui l’aurait supplié de rempiler, pour un destin à la mesure de sa réussite. C'est-à-dire la Présidence de la République. Mais non pas, un Parti politique mort-né, une flopée de courtisans, un site Internet dédié et d’autres qui lui emboîteraient le pas, une radio privée, des photos de présidentiable, une télévision propagandiste, un carnet d’adresses, des encarts publicitaires de la part de journalistes boiteux…. Et que sais-je!

    De tout ce qui précède, nous voulons avoir un pays normal (comme il le disait souvent) avant de passer aux élections. Un forcing de sa part, entraînerait un appel au boycott, qui n’aurait rien à envier à la mobilisation des syndicats, mais sans la violence. Le discrédit qui résulterait de cette élection tronquée d’avance, serait une première mesure du niveau de notre maturité politique.

    Les conditions des bailleurs de fonds sont justes, salutaires et encourageantes, quant aux principes de démocratie, de liberté, et de transparence, entre autres. Mais faudrait-il s’assurer du préalable! Au risque de me répéter, faudrait-il leur crier à la figure, que le minimum vital n’est pas assuré chez nous!

    Cet argent ne pourrait-il pas servir autrement et ailleurs?

    L’Union européenne, le PNUD et d’autres pays amis, se feraient-ils les complices de l’incertitude qui plane sur nos têtes, comme une épée de Damoclès ?

    Le Guinéen ne croit plus en rien. Il ne croit plus à la Politique telle qu’elle est pratiquée chez nous depuis toujours. Il ne veut plus entendre parler des Partis politiques existants, en attendant la relève.

    Il ne voit pas la Solution chez les actuels leaders de l’opposition. Il exige que chaque Guinéen puisse user de son bulletin de vote, préalablement, et où qu’il soit. Il réclame la mise à plat de la constitution, la refonte des institutions, la réhabilitation, les réparations, une conférence nationale…. La vérité vraie.

    Pour inquiétante qu’elle soit, la profonde crise de confiance n’empêcherait pas les Guinéens de relever les défis à venir, même si pour l’heure, la société guinéenne se trouve déréglée dans sa structure et sa normalité, à tel point que tous les repères sont perdus. Il serait temps de redéfinir les paradigmes et les valeurs qui nous permettraient de fonder une Nation digne de ce nom. Au lieu de répéter plus jamais ça, il faudrait faire en sorte que ça n’arrive plus jamais. La plaie est béante, et nous ne voulons plus de compresses ni de pansements. Il nous faudrait une opération chirurgicale.

    Personne ne devrait nous imposer des élections, avec un détonateur et un compte à rebours.

    Enfin, le Président Conté serait bien inspiré de rayer de sa liste, tous les anciens 1ers ministrables, en dehors de Monsieur Saïdou Diallo, qui avait patriotiquement intégré le gouvernement, en tant que simple ministre, si j’ose m’exprimer ainsi. Il pourrait réparer une partie de ses erreurs en posant les bases d’une transition apaisée, à travers le choix d’une femme par exemple, et surtout, un passage de témoin providentiellement attendu. C’est à travers de telles initiatives, nobles, sages et courageuses, que les Guinéens seraient capables de pardonner, car ils en ont marre de devoir recommencer à chaque fois. Nous avons perdu du temps. Nous étions le pays le plus corrompu l’année dernière et nous le restons, car nous ne devançons que 3 Etats en guerre : le Tchad, le Soudan et la Somalie.

    Où est le changement? Mais on est où là ? Comme diraient nos frères Ivoiriens. Un nouveau leadership ne pourrait émerger qu’à partir de maintenant. Il existe. Ils sont des millions de Guinéens.

    Par El Hadj Fodé Mohamed Soumah, Paris - France
    Contact : esoumah@hotmail.com
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