Afrique : IMMIGRATION CLANDESTINE: L’HUMANITE EHONTEE, L’AFRIQUE HUMILIEE… MAIS MUETTE
15 octobre 2005
C’est l’histoire d’un peuple aux réalités tristes, sombres et persistantes : un habitat évidemment délabré, une éducation tragiquement limitée, des services de santé outrageusement basiques, des familles désespérément à la recherche de subsistance, une justice volontairement corrompue, une sécurité remarquablement inexistante, une politique affreusement centrée sur l’ethnie, des dirigeants talentueusement incompétents et une irresponsabilité écrasante par rapport aux ressortissants à l’étranger….
Dans de telles circonstances, que feriez-vous? Pour des millions d’africains, la réponse est d’émigrer dans les pays plus « riches » avec l’espoir d’obtenir de meilleures conditions de vie pour eux et pour leurs familles. Le premier problème que ces futurs émigrants rencontrent réside dans l’apparente contradiction du droit. Il est stipulé que chacun a le droit de quitter (et de retourner dans) son pays. Un droit reconnu internationalement il y a plus d’un demi-siècle avec l’adoption de l’Article 13 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Mais si chacun a le droit de quitter et de retourner dans son pays, personne n’a le droit d’entrer dans un autre pays. Beaucoup ont des documents leur permettant alors de légalement entrer un territoire étranger mais un nombre important, croissant de surcroît n’en ont pas. Devant la persistance des maux du continent, ces derniers utilisent tous les moyens à leur portée, trop souvent malheureusement au péril de leur vie. Pour ceux qui n’y arrivent pas, s’ils ne suffoquent pas, ils sont noyés, morts de faim et/ou de soif ou tout simplement abattus comme en témoignent les scènes macabres, déshonorant et regrettables qui nous sont parvenues du Maroc, terre africaine.
Lors d’assauts collectifs, des immigrants africains ont été victimes de violences, de rackets et beaucoup ont été tués par balles presque sans sommation. Et aucun dirigeant africain n’a réagi.
Ils ont été déposés dans le désert sans autre forme de procès. Et aucun dirigeant africain ne s’en est préoccupé.
Ils manquaient de tout au milieu de nulle part, sans eau ni nourriture, abandonnés à leur sort. Et aucun dirigeant africain ne s’en est fait.
Le mutisme complet, le silence total. Humiliés et déshonorés, les Africains ont été encore une fois, tragiquement laissés à eux-mêmes.
Peu importe qu’ils soient maliens, sénégalais, camerounais, gabonais, guinéens et j’en passe car ils ont été traités de la même manière et par rapport à un seul et même repère : Des africains. Et malgré la « volonté » des dirigeants à construire l’Union Africaine, aucun n’a levé le doigt et personne ne s’est senti concernée. Quoi de plus préoccupant quand c’est la dignité humaine, que dis-je, quand c’est la dignité africaine qui est mise en jeu.
Kidnappez et/ou violentez un immigré européen et les Européens se dresseront en un devant vous. Tuez un seul américain et les Américains seront à vos trousses. Opprimez un arabe et les Arabes vous le feront payer. Violentez, non tuez un africain… Et on trouvera le moyen de vous pardonner. Après tout, ce sera juste un africain de moins. N’est-ce pas chers dirigeants!
Le Maroc. Un pays avec lequel la plupart des pays africains entretiennent d’excellentes relations de coopération à tel point que trop souvent elles prennent l’allure de relations personnelles entre dirigeants. Des relations de coopération intense peuvent très bien exister entre pays « souverains » mais la coopération n’est-elle pas basée sur le respect des uns et des autres! Quand on parle de respect, ne parle-t-on pas dans le même temps d’égalité et d’indépendance! L’indépendance n’implique-t-elle pas la responsabilité et la défense de valeurs profondes! Malheureusement, cet épisode de la honte prouve que l’Afrique noire est encore et toujours mal partie car elle n’a fait preuve ni d’indépendance, ni de responsabilité et encore moins de dignité. Curieusement, les dirigeants africains se disent tous ou presque démocrates comme par effet de mode mais n’arrivent pas à défendre le droit élémentaire de ceux qu’ils représentent : Le droit à la vie. Ils se réclament tous ou presque du libéralisme mais oublient trop vite que c’est là un ensemble de courants de pensées qui donne la primauté à l’individu, à sa liberté et à ses droits sur toutes ses formes. Il faut croire que le respect de l’individu et de ses droits ne font pas partie du vocabulaire des Hommes d’États africains et encore moins de leurs objectifs.
On se demande bien ce qui est plus déplorable : La veille réalité des vieux dirigeants africains ayant été chacun et presque successivement Général, Maréchal, Empereur, Président à vie et ayant symbolisé le pire d’une décolonisation et d’une indépendance ratées ou le manque de leadership et l’incapacité de définir la réelle étoffe de la nouvelle génération de dirigeants de mon pauvre continent.
Le message de leur silence est au moins clair :
Vous pouvez nous acheter et nous revendre à votre guise.
Vous pouvez nous exploiter ou nous aider à votre volonté.
Vous pouvez nous humilier comme bon vous semble.
Vous pouvez nous tuer sans justification.
Vous pouvez ôter l’espoir de lendemains meilleurs à nos enfants pour garantir les privilèges des vôtres.
Vous pouvez violer nos femmes et abuser de nos filles pour jeter votre gourme.
Soyez assurés que nous n’en ferons rien.
Réunis en sommet extraordinaire de l’Union Africaine un dirigeant africain demandait : Mais que pouvons-nous? « Nous ne pouvons que leur demander de bien vouloir arrêter, de nous aider à mieux servir nos populations et attendre! » enchaîna un autre. Ils étaient réunis pour discuter de l’avenir de mon continent, de notre continent….
Fattany Billo Talonto
Ecrivain africain
talonto@hotmail.com
Source: Alwihda, partenaire de Nlsguinee.com
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