samedi 15 septembre 2007
Excellence Monsieur le Premier Ministre,
Tout notre souhait est que vous soyez sensible à ce cri du cœur d’une centaine de familles en détresse à Gaoual au nord-ouest à quelques 500 Km de Conakry.
Comme vous devez le savoir, les événements de janvier et février 2007 qui vous ont porté à la Primature laissent des traces de sang humain, d’atrocités jamais enregistrées en Guinée.
Mais le cas de Gaoual en particulier reste très isolé, un mystère, une cruauté humaine qui mérite d’être examinée parmi les urgences de votre Gouvernement pour éviter à la longue un déchirement du tissu social dans cette pauvre localité.
En effet, Excellence Monsieur le Premier Ministre, le 11 février ce fut le tour des populations de Gaoual de manifester leur ras-le bol. Ainsi, les manifestants comme dans tout le pays ont détruit des édifices publics. Le 12 février, pour éviter à la Guinée une guerre civile, le décret présidentiel instaure l’état de siège.
Dans l’esprit de la loi martiale l’armée devrait assurer la sécurité des personnes et de leurs biens. Mais à Gaoual la pyramide fut renversée car les militaires du sous groupement tactique basé dans cette ville ont volontairement incendié 96 cases dans le quartier Hafia de la Commune Urbaine. Pour causes, la haine contre un quartier à majorité opposé au régime et venger les édifices publics détruits.
Ces atrocités se passeront au 6ème jour de l’état de siège c'est à dire le samedi 17 février 2007 à 22 heures. Avec des tirs de sommation ces messagers empêcheront ainsi aux victimes de sortir le moindre bien.
Chez Madame Fatoumata DIALLO AGRIMA quand ils sont arrivés voici la conversation nocturne : « S’il te plait Caporal Kirimo ne brûlez pas ma case, c’est ici que mon feu mari m’a laissé. Je suis prête à vous donner 100.000FG pour que vous me pardonniez », très énervé, il pointe le canon de son fusil sur le sein gauche de la Dame « Ne dis pas mon nom sorcière, un mot de plus je tire, nous avons reçu un ordre, nous l’exécuteront à tout prix » rétorquaient-ils avant de passer à l’acte criminel. Même grand père CAMARAKE un vieil aveugle indigent et muezzin du périmètre n’a pas échappé à cette nuit de folie. « Ne brûler pas ma case, je suis un aveugle » disait-il, « Aujourd’hui tu verras très clair » lui avait-on répondu avant d’incendier sa case. Qui les a donné cet ordre ? Voilà le mystère. Mais comme le disait une sagesse africaine « On ne se trompe jamais du visage de celui qui a brûlé notre case ». Aujourd’hui, grâce aux témoignages des victimes, 27 personnes sont accusées dont 16 enfants de militaires (Fara Jacques KAMANO 8è A, Pierre KOULEMOU 8è A3, Siba SAKOVOGUI 9è A, Wali Chérif 9è A, Mohamed Sanoussy TAMBASSA 9è A, Ali KEITA 10è A, Moriba KOLIE 10è A, Fara Konenkoya TINGUIANO 10è A, Siba GROVOGUI 12è A S.E, Faya TONGUIANO 12è A S.E, Harouna IFONO, Charles IFONO, Antoine FELA, Adama MARRA, Kamory et frère Minos. ), 2 enfants de douaniers ( Sankoun SIDIBE 8è A3, Mohamed KOUROUMA (Madia) 9èA.), 1 fils du Commissaire Central de la Police (Saikou yaya KALLOGA 9èA), 1 fils du Juge de Paix ( Fréderick Zézé GUILAVOGUI 10è A.) et 7 militaires du sous groupement tactique qui dirigeaient les opérations
(Lieutenant TAMBASSA, le Sergent Chef Moussa Traoré, le Caporal Sebastian Caporal Chef Kirimo, le Sergent chef Elie LAMA et deux volontaires Kamory TOLNO et MARA).
Ces accusés sans aucune inquiétude vadrouillent devant les victimes malgré les 51 plaintes déposées à la Justice de Paix de Gaoual par 51 foyers. Les autorités préfectorale et communale, au lieu de faire leur travail, tentent imprudemment de brouiller les pistes parce qu’étant les véritables commanditaires. Nous avons fortement déploré leur rôle pendant et après ces tumultueux événements.
Nous pensions que leur présence à Gaoual s’inscrivait dans le cadre de protection et non de détruire en créant une Apartheid sociale.
Nous avons complètement perdu confiance en elles et surtout nous sommes en insécurité totale.
Le plus inquiétant c’est qu’aujourd’hui à Gaoual il y a un climat très apparent de méfiance entre autorités et population. Aucun développement n’est possible car comme vous devez le savoir, Excellence Monsieur le Premier Ministre, lorsque la force publique sert la justice elle devient une source de paix et de progrès mais quand la force publique sert l’injustice elle devient source de destruction du tissu social empêchant ainsi tout développement durable.
Si donc justice n’est pas rendue selon les rigueurs de la loi, demain les règlements de comptes et la justice privée ou vendetta régneront absolument car « Nous ne sommes pas prêts à pardonner » ont dit toutes les victimes. Actuellement d’ailleurs une victime est menacée de mort par le Caporal chef Elie LAMA qu’elle accuse d’avoir autorisé qu’on incendie sa case. Ce militaire était logé cote à cote avec Madame Binta SANE. Ainsi, aux dires de cette dernière, la nuit de l’incendie il donnera l’ordre d’incendier la case de sa voisine pour des antécédents qui ne disent pas leur nom. Dès le lendemain, il quittera le quartier pour loger dans le Camp militaire de Gaoual avec sa famille. Persécuté par la victime, il menace de la tuer avec tous ses enfants. Il aurait déjà averti le chef du quartier de son intention de passer au crime si jamais elle n’arrête pas de le persécuter.
C’est pourquoi, Excellence Monsieur le Premier Ministre, au-delà de la justice que nous réclamons, nous vous demandons de bien vouloir prendre des sanctions politiques contre ces autorités pour l’intérêt de la Guinée car, si aujourd’hui elles ont incendié 96 cases à Gaoual, demain elles brûleront une autre ville de la Guinée.
Veuillez croire, Excellence Monsieur le Premier Ministre, l’expression de nos sentiments distingués.
Gaoual le 15 Septembre 2007
La jeunesse de Gaoual
Depuis Gaoual, une dépêche de M. Boubah BAH et Me Mamoudou SANE
Correspondant de www.nlsguinee.com à Gaoual
Email : boubah12fr@yahoo.ca
Pour www.nlsguinee.com