Guinée : DINGUIRAYE, UNE PRÉFECTURE ABANDONNÉE
13 octobre 2005
Dinguiraye, à l’image de la majorité des préfectures de la Guinée, est une ville agonisante, perdue dans un marasme économique qui se prolonge indéfiniment. Elle présente un visage de bourgade en ruine, faute de réalisations socioculturelles. Même le lycée El Hadj Omar Tall qui aurait dû être clôturé depuis des lustres attend toujours la concrétisation du projet, par manque de financement ou plutôt à cause de fonds utilisés à d’autres fins.
Cela avait suscité quelques remous en son temps. Il y a eu une manifestation des élèves et des parents d’élèves contre les autorités préfectorales qui voulaient remplacer le proviseur récalcitrant à leur funeste entreprise. Malheureusement, on a eu vite fait de passer l’éponge sur cette sombre affaire qui avait mis à mal la cohésion sociale.
La Commune, quant à elle, a tenté quelques actions d’assainissement et de réfection de ponts dans sa circonscription. Mais aujourd’hui elle n’est que l’ombre d’elle-même, incapable d’imagination pour faire face aux problèmes qui se présentent à elle. Les routes urbaines sont quasiment impraticables, l’abattoir est dans un état d’insalubrité totale. Le marché est délabré, on attend l’aide généreuse d’une représentation diplomatique pour construire un édifice plus adapté. Les autorités communales, quant à elles, invoquent le manque de ressources financières pour expliquer ce déphasage dans la réalisation des projets. La commune n’aurait pas un budget consistant, selon elles.
L’arrivée du nouveau préfet avait suscité de l’espoir car il a avait instauré un dialogue direct avec ses administrés, contrairement à son prédécesseur qui pratiquait la langue de bois. La gestion opaque de ce dernier a desservi la préfecture. On n’a jamais su l’utilisation faite du 0,4% du chiffre d’affaires que la SMD accorde à Dinguiraye. La majorité de la population s’interroge sur la destination prise par cette manne depuis des années. Peut-être que maintenant, avec la création d’un comité de gestion, on en saura un peu plus sur la gestion de ces ristournes que la société minière verse à la préfecture. En tout cas, tel est le vœu des citoyens de Dinguiraye.
Aujourd’hui le handicap le plus sérieux de la préfecture, c’est son enclavement dû au mauvais état de la route Dinguiraye-Bissikirima. Les gros véhicules de la SMD qui sillonnent cette route de façon ininterrompue l’ont rendue impraticable. À l’heure actuelle l’on peut passer deux jours ou davantage à parcourir la distance de 80 kilomètres qui sépare Dinguiraye de Bissikirima. Les passagers entassés dans des épaves – car tous les véhicules faisant le trajet sont en général en très mauvais état – courent des risques d’accident mortel. Ils parcourent souvent 10 kilomètres à pied. La SMD gagnerait à refaire le profilage de ce tronçon pour éviter que ses camions ne s’embourbent pour des jours.
Les populations de Dinguiraye souffrent énormément de cette situation. Et si rien n’est fait, la préfecture risque d’être isolée dans la république. La citée du Cheik mérite un autre sort que celui qu’elle connaît actuellement. Les habitants de Dinguiraye appellent donc les autorités à se pencher sur cet épineux problème de voie impraticable. Il y va de l’avenir de la préfecture et par ricochet de son développement.
M. Saïdou Haoussa Diallo
L'Observateur
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