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Guinée : Les rôles de l'Etat réduit à ses fonctions régaliennes, la crise touche les enfants

 11 octobre 2005  

Le peuple Guinéens doit faire face à des conditions de vie très dures, provoquées par une double prédation, intérieure et extérieure : la corruption et l'inefficacité des années De Conté qui ont abouti au démantèlement des infrastructures sociales du pays d'une part, et d'autre part la guerre et le pillage du pays par les armées et les sociétés étrangères. A Conakry, plus encore que du pillage, la crise est née du démantèlement de l'économie par la dictature Du général Lansana Conté, dans les années 1990. Elle frappe tout le monde : dégradation des conditions de vie, chômage, salaires non payés, destruction des liens sociaux et des repères, prolifération des sectes. Il n'y a plus d'infrastructures routières dans le pays, on peut mettre 8 à 10 heures pour aller de Conakry à Kindia. Dans les rues des grandes places centrales (Conakry, Kindia, Labé, Kankan N'zerekoré…) on ne cherche pas à éviter les trous, on choisit les moins profonds...
La situation n'est hélas pas nouvelle, elle date du pourrissement de la dictature De FORRY COCO qui avait pensé se maintenir au pouvoir par l'anéantissement de tout ce qui fonctionnait dans son pays. La désorganisation de la Guinée était telle dès les années 1990, et les conditions de vie déjà très dures. Les observateurs extérieurs, à la vue des chiffres de développement économique, disent que le peuple Guinéens est ''statistiquement mort" : comment est-il possible de survivre quand tant d'indicateurs sont aussi alarmants... Et pourtant, les Guinéens survivent!

Selon le point de vue, on peut être frappé soit par la joie des gens, soit par la mortalité infantile. Soit par la ténacité des mamans, soit par le taux de chômage. Mon coup de pouce à ceux qui se battent pour que les enfants Guinéens puissent sortir de la misère un jour ne "sauve" personne, il est pourtant indispensable pour soutenir l'effort de ceux qui vivent dans des conditions que les Français ont du mal à se représenter.
75% de la population est privée d'eau potable alors que les ressources naturelles en eau sont immenses. Le chômage urbain, qui touche la plupart des métropoles africaines, atteint à Conakry des proportions dramatiques. Faute d'emplois, de nombreux jeunes doivent rester chez leurs parents, à leur charge, parfois jusqu'à 35 ou 40 ans. Considérons plus particulièrement les enfants, puisque un Guinéen sur deux est un enfant.

Combien d'enfants dont les parents ont été tués par la dictature ou par le Sida? Beaucoup sont traditionnellement recueillis dans la famille proche, et des mères assez héroïques élèvent ainsi plusieurs familles nombreuses en même temps. Mais avec la déstructuration de la société que la misère et les dictatures ont provoquée, beaucoup d'enfants sont abandonnés. Les conséquences sociales sont terribles, mais la déchéance n'est pas que sociale. Comme le rappelle un Genevois Convaincu sur la réalité Guinéenne (Mr Pierre Müller) : En Guinée la famille est plus qu'une cellule économique et qu'une protection pour l'enfant : c'est d'abord le « sanctuaire de l'être ». Etre abandonné par ses parents ou devenir orphelin, c'est la mort sociale et spirituelle, une déchéance totale.
Chassés de chez eux ou orphelins, les enfants sont les victimes privilégiées de la drogue, de la délinquance, de la prostitution et du SIDA. Combien sont-ils? Des dizaines de milliers, 30 000 peut-être rien qu'à Conakry. Le phénomène s'étend dans les autres grandes villes mais c'est dans la capitale qu'elle est la plus dramatique. 30000 de nos sœurs sur 500 milles jeunes filles de moins de 18 ans à Conakry, c'est un enfant sur 100 privé de toit et de famille!
Un exemple simple et anodin est celui des enfants que l'on "initie" à la pêche nocturne. Les parents diront que n'est pas du travail, mais une initiation, qui dure toute la nuit et perturbe évidement le travail scolaire le lendemain. Les filles n'échappent pas aux corvées d'eau et de bois. Beaucoup d'enfants pauvres, sans école, multiplient les petits boulots pour survivre.

Alors que tous les cas précédents ne concernaient que des minorités, c'est malheureusement le cas de la majorité des enfants de ma terre natale: La République de Guinée est un des rares pays au monde où le taux de scolarisation ne stagne ni n'augmente mais baisse d'année en année! Où sont les fameux Objectifs du Millénaire? Cette situation n'est pas une "survivance" d'une "Afrique archaïque", elle est nouvelle, et compromet l'avenir même du pays. Comment en est-on arrivé à cette catastrophe?

Depuis l'effondrement de la dictature de Sékou Touré, les écoles sont devenues payantes. Résultat, l'école est devenue un luxe, même au niveau du primaire. Et le taux de scolarisation s'est effondré. Selon l'Unicef, il est tombé de 75% en 1985 à 40% actuellement. Aujourd'hui, on peut estimer les frais scolaires annuels, dans une école publique, à 100 euros par an et par élève, alloués au salaire des enseignants, au coût des infrastructures et aux fournitures scolaires. Dans l'enseignement privé, les frais de scolarité sont plus réduits : 40 euros par an pour un élève de l'école primaire et 60 euros pour un élève du collège. Une partie des familles des Sylla ou Diallo est dans l'incapacité de payer ces frais, mêmes réduits. Les enfants sont alors livrés à eux-mêmes dans les rues insalubres et dangereuses des faubourgs de Conakry « Je n'ai jamais entendu autant de qualificatifs accolés aux enfants : enfants-sorciers, enfants de la rue, enfants-soldats, enfants dans la rue. Il faudrait une mobilisation pour prendre en charge ces enfants, ces enfants... C'est pour nous une responsabilité historique aujourd'hui, pour donner un avenir meilleur à ces enfants.»

M. Kaba Mamady badra
Etudiant à l'université de Genève
kabalausanne@yahoo.fr


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Ces images sont bien des réalités de ce magnifique pays! La Guinée est pourtant l'un des pays les plus riches au monde du point de vue ressources naturelles.
Cette faillite économique est le résultat du pillage systématique des biens publics, le clientellisme, la corruption, le détourment des fonds publics et une mise à l'écart de la majorité des cadres compétants et intègres du pays.
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