jeudi 23 août 2007
Le départ de Lansana Kouyaté de la primature est-il souhaitable ?
Evidemment oui, question de bon sens, car un 1er ministre démagogue s'empoisonne lentement
lorsque le mensonge et les promesses deviennent ses outils de commandement. Il sera difficile au 1er ministre guinéen de rattraper non seulement les précieux temps qu'il a perdus en se pavanant à travers le monde mais aussi de redéfinir la priorité de sa mission.
Aussi, soupçonné de transactions frauduleuses, il n'aura pas la force nécessaire pour
assurer la survie de son gouvernement. Depuis son arrivée à la primature, Lansana Kouyaté pratique
quotidiennement la politique de l'autruche. Il ne devrait donc pas s'étonner de récolter ce qu'il a semé en oubliant volontairement les raisons fondamentales de son arrivée accidentelle au pouvoir. Il doit rendre sa démission au nom de l'intérêt supérieur de la nation, car il n'a jamais pu assumer de manière éthique ses responsabilités de chef de gouvernement.
Même le soutien cousu de fil rouge d'un professeur d'université ne pourra le sauver. Notre pays est une République laïque, multiethnique et multiculturelle. Elle est une et indivisible. C'est ça le soubassement de notre unité nationale. Ne l'oublions jamais, même dans les moments les plus difficiles.
L'image que nous laissera Lansana Kouyaté sera celle d'un garçonnet famélique, au ventre ballonné, assis sur la route desséchée et caillouteuse de la solidarité internationale et tendant ses deux mains aux dirigeants des pays riches. Il s'en ira laissant derrière lui une Guinée encore plus affaiblie que jamais, sur tous les plans.
Doit-on comprendre que depuis l'aube des temps la Guinée est définitivement condamnée à la fatalité des épidémies de toute sorte, de la vénalité, de la corruption, de la violence, du tribalisme et de l'échec ?
Non, notre pays ne doit pas devenir un "Etat mendiant". N'oublions pas que cette crise est, au premier chef, politique. A sa source se trouve l'incompétence notoire d'une classe dirigeante
taillée sur mesure par l'ancien régime. Il suffit de changer de système par l'organisation d'élections
transparentes, libres et justes, pour que la Guinée retrouve sa stabilité politique nécessaire à tout
développement économique ou social. Des hommes nouveaux doivent donc s'installer désormais aux postes de commande de la nation. C'est un impératif.
Après avoir régenté la vie politique guinéenne, l'armée doit regagner définitivement ses pénates. Ses généraux ne doivent plus s'occuper de politique. Ce n'est pas du défaitisme ni même une capitulation; mais une question de responsabilité nationale.
Pour cette raison, Lansana Conté doit dores et déjà se débarrasser d'un entourage devenu trop encombrant pour paraître lui-même aux yeux de l'opinion publique nationale et internationale, comme un homme neuf. Un "lifting" politique très appréciable qui facilitera inéluctablement la formation d'un gouvernement d'union nationale dont le pays a besoin. La composition de ce
gouvernement devra répondre à un triple souci de compétence, de volonté politique et d'intégrité
morale.
Le pouvoir de Lansana Conté a été sérieusement menacé cette année par l'effet d'un bouillonnement démocratique dont il convient d'apprécier sa juste légitimité et sa farouche détermination. Car, en effet, ces évènements ont fini par obliger Lansana Conté à commencer à un peu desserrer le carcan de son régime par la nomination d'un autre 1er ministre.
D'après les informations persistantes qui nous parviennent, le chef de l'Etat s'orienterait désormais vers la formation d'un gouvernement d'union nationale.
Le processus, s'il n'est pas encore totalement défini a le mérite cependant d'être amorcé. Si tel est le cas, le prochain 1er ministre devra commencer par agir en faveur du libéralisme économique, de la démocratie pluraliste, de la moralisation des mœurs politiques et du respect du bien public s'il veut gagner la confiance de ses concitoyens.
Cécé Roger Haba
Directeur de la rédaction de Aminata.com
Pour www.nlsguinee.com