dimanche 19 août 2007
Le pouvoir rend dingue. Je vous dis. Il fait très tard. Je suis exténué. Mais je m'efforce et refuse de sommeiller sans vous "Conté" cette histoire désopilante, dit-on, de l'ex ministre de l'Agriculture, Jean Paul Sarr.
Apprêtez-vous à rire aux larmes ! Flairant qu'il va être chassé du gouvernement, il court trouver un marabout pour contraindre les djins et autres forces de la nature à "travailler" en sa faveur pour son maintient dans le gouvernement. "Ça ne va pas être une mince affaire. Mais si vous y tenez, je peux vous dire ce qu'il faut faire pour rester au gouvernement" lui aurait déclamé le marabout. Comme dans son cas, l'on ne recule devant rien pour rester scotcher au pouvoir, le ministre de l'agriculture d'alors de mâcher semble-t-il son "J'y tiens !" L'artificieux marabout de lui faire alors cette recommandation bizarroïde: "Vous acheter un taureau noir et vous le terrassez, seul, en pleine nuit, sans lumière, dans votre cour. Si vous y arrivez, vous resterez ministre..." Afakoudou! L’on raconte avec conviction que Jean Paul Sarr a mordu dedans.
Voilà notre ministre d'alors, d'une noirceur d'ébène que chante le regretté poète président Leopold Sédar Senghor, qui se serait dépêché d'acheter son taureau noir. Comme l'on voit lors des entraînements des toreros dans les pays où cela est en vigueur, tard dans la nuit, le matador inexpérimenté, sans arme, descend dans la corrida. Il tire sur la corde solidement attaché au cou du taureau. Il torée. Mais le taureau refuse de se soumettre aux règles de la tauromachie. Alors une bruyante lutte s'engage entre la brute et la bête. Hop ! Reculade du taureau.
Tension...monsieur le Ministre. Hop là ! ça a raté ! Laissez la corde ! Tenez bien la queue et la corne, monsieur le ministre! ça bave! A l'image d'un forcené qui s'époumone à vouloir faire un croc-en-jambe au taureau comme cela se passe dans les arènes Sérères au pays de la Téranga. L'adversaire résiste. Il déjoue toutes les tactiques du matador et de peu il ne l'a pas encorné. L'animal réussit même à flanquer un bon coup. L'on peut se figurer le picador qui plane en l'air. Et pouf ! il s'écrase au milieu du corrida, la langue pendante. Le taureau piaffe, prêt à la charge. Le matamore se retire rapidement du corrida à reculons. Reculer ne signifie pas une défaite. ça permet plutôt de reprendre des forces. Mais on narre que, depuis, Jean Paul Sarr a du mal à se requinquer pour prendre sa revanche.
Disons que Jean Paul Sarr n'est pas seul parmi les ex-ministres à faire recours aux marabouts.
Ibrahima Kassory Fofana est un mordu du "maraboutage". Quand il trônait au ministère des Finances, il avait même des jeunes à sa solde qui lui dénichaient des marabouts et des pythonisses. L'un d'eux était un voisin à la "Belle-vue" aux "Carrefour Célibataire". On se marrait bien des superstitions du Cas Fof. Le dénicheur quant à lui se faisait beaucoup de sous.
A ce jour, Ibrahima Kassory Fofana a certainement activé tous ses réseaux de marabouts, de voyants, de charlatans et autres marchands d'illusions pour lui garantir de revenir aux affaires. Et si un malin d'entre eux dit à Kassory que le gris-gris doit être associé impérativement avec les oncles et les cheveux de Lansana Conté mélangés avec des aiguilles et des lames, le tout à enfouir aux cimetières de Coronthie un vendredi 13 ? Afakoudou ! Kassory peut arriver à obtenir ces choses là de Conté. Parce que le premier est toujours arrivé à duper le second. Si vous en doutez, parions !
Le président Lansana Conté est constamment soûlé de "maraboutage" de la part de ses épouses, de ses ex et nouveau ministres.
Qu'est-ce que Ibrahima Keira, ex-ministre de la Fonction Publique, n'a pas fait pour ensorceler le président Lansana Conté à le nommer ministre. Ça a duré des années pendant lesquelles une flopée de marabouts de la contrée sont consultés. Des coqs, des bovins, des caprins, des taureaux au pelage noir abattus en sacrifices. Des tonnes d'œufs cassés aux intersections des routes. Au grand dam des affamés. De mauvaises langues parlent même de chiens et de chats égorgés en sacrifices. Premier résultat: aucun effet sur le président Conté. Intraitable.
Alors, l'obstiné Ibrahima Keira, fils du terrible Karim Keira du camp Boiro, de trouver l'astuce pour plier Conté. Il aurait menacé de répudier sa femme, la grande sœur de Kadiatou Seth Conté, s'il n'était pas bombardé ministre, dare dare. Beaucoup de pressions tous azimuts. Deuxième résultat: Ibrahima Keira, ennemi juré de l'ex ministre Lamine Camara (dit Capi) dont il était d'ailleurs le directeur de cabinet et le plus mauvais collaborateur, est décrété ministre de la Fonction Publique en remplacement de Capi.
En fait Lamine Camara n'a jamais supporté et ne supporte pas le fils de l'homme (Karim Keira) qu'il confesse l'avoir torturé au camp Boiro. Au ministère de la Fonction Publique, Lamine Camara et son directeur de cabinet ne se saluaient jamais. Ils ne se voyaient jamais. Lamine Camara avait commandé dans son ministère la montée des couleurs que n'avait jamais assisté Ibrahima Keira. Jamais Ibrahima Keira n'est arrivé au bureau avant 11h du temps du magistère de Lamine Camara. Le président Conté était au courant de cette situation qu'il entretenait d'ailleurs. Conté aime les situations de conflits de personne à personne.
Ibrahima Keira devenu ministre, la Fonction Publique se transforme en arrière cour pour sa famille: mère, épouse, rejetons, oncles, tantes, frères, cousins proches et lointains, cousines, copines, maîtresses assiègent à longueur de journée les lieux. Soûlé par ce "succès" familial, l'on met encore le paquet dans le "maraboutage" qui grade, croit-on, Ibrahima Keira d'une promotion à la tête d'un autre ministère plus coté. Oyé ! Oyé Ibrahima Keira ! Oyé !
Seuls les manifestants de janvier et février derniers qui disaient ne plus vouloir de lui comme ministre ont eu vraiment raison de Ibrahima Keira.
Le pouvoir donne un sentiment de grandeur exceptionnelle à ceux qui l'ont exercé et veulent le garder à jamais. C'est aussi ce sentiment pathologique qui habite peut-être Kiridi Bangoura, ex-ministre de l'Administration du Territoire.
Kiridi a poussé l'ignominie jusqu'à divorcer son épouse, la fille de l'illustre écrivain, Djibril Tamsir Niane, parce qu'il n'a pas été décrété premier ministre aux lendemains des massacres de février 2007. Kiridi répudie sa femme parce qu'il estime, dit-on, que son beau père, membre de la société civile, n'a pas daigné donner son nom lors des consultations pour savoir qui était ministrable à la Primature. En quoi son épouse peut elle être responsable de sa débâcle ? Est-ce que c'est elle qui commande les destins? Il fallait plutôt en vouloir aux marabouts, charlatans, voyants qui prédisent de vraies fausses promesses. Mais la pauvre! Non, Kiridi ne la mérite pas.
C'est toute cette clique d'anciens ministres qui bataille maintenant autour de leur ex premier ministre Eugène Camara pour revenir aux affaires. Pour ce faire qu'ils viennent me consulter. Je connais le sacrifice à enlever: casser un œuf pourri sur la tête de Lansana Conté un vendredi 13.
Benn Pepito
Pour www.nlsguinee.com