Guinee : Les malédictions de la Guinée : Ses politiciens et l’élite de l’administration
09 octobre 2005
Au lendemain de la prise du pouvoir par l’armée après la mort du Premier président que la Guinée ait jamais connu, un certain espoir s’était pointée a l’horizon pour les millions de Guinéens qui n’avaient connu que des années de dictature, de misère économique, de restrictions de libertés les plus élémentaires et des années d’endeuillement.
Ces brefs messages solennellement lancés devant l’opinion nationale et internationale pouvaient laisser croire que le temps était venu pour la Guinée de sortir enfin de l'endémique problème de pauvreté et de sous-développement. Hélas, tristement les Guinéens et Guinéennes vont graduellement comprendre que « le pays a changé de prédateurs.
Les raisons à la contre performance et aux déboires du régime de Général Lansana Conte sont nombreuses. Parmi les plus importantes, on peut citer l'erreur monumentale qu'il a commise d'entrée de jeux, en tournant aveuglement la page de l’ère Sékou Touré, exécutant les dignitaires de l’ancien régime sans aucun procès, validant ainsi l’absence de juridictions en Guinée et autorisant le règlement de compte en dehors des normes internationale de justice.
Ce premier faux pas a engendré tous les problèmes que connaît la Guinée aujourd’hui : corruption, impunité, clanisme, détournements des deniers publics, exclusion, clientélisme, etc.
La gloutonnerie et l’avidité insatiable, que l’on déplore à nos hommes politiques, remontent déjà à l’indépendance.
Depuis son accès accidentel a la tête du pays, Général Lansana Conte n’avait qu’une seule idée qui était claire, se servir de ce pouvoir et de l'argent public pour se tailler une personnalité apte à diriger la Guinée vers l’abîme sans qu’aucune réaction interne ne se fasse sentir en cultivant et encourageant le culte de la personnalité, le mensonge pour le profit et la prostitution politique et administrative pour avancer les intérêts personnels égoïstes au détriment de l’intérêt national.
En examinant cette politique de dépendance de Général Lansana Conte, la Guinée a atteint un point de non retour, un carrefour dangereux de son histoire et cela risque de lui coûter très cher et très tragiquement et cela pour des générations a venir.
Cette réalité triste de la Guinée volontairement poursuivie et entretenue par Général Lansana Conte s’est avérée fatal pour toute une nation.
Aujourd'hui dans l'état actuel où se trouve le pays, Général Lansana Conte a perdu toute crédibilité tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. Il est certain aux yeux de nombreux observateurs que la Guinée ressemble à un « Octopode » sans tête ou chaque pied tire vers une direction de son choix.
L’absence de coordination des activités gouvernementale et le tiraillement au somment de l’Etat ne sont que l’illustration triste du chaos qui pointe à l’horizon.
Sur le papier il détient le pouvoir mais en réalité, le pouvoir lui a échappé et il sera difficile voir impossible de le reprendre et de le maîtriser car chaque clan entrevoit la fin imminente de l’ère Conte.
Dans son style ironique, caustique et pimenté, Général Lansana Conte a laissé échapper le pouvoir et il est difficile pour lui de reprendre le dessus. Il ne maîtrise aucun dossier, l’administration est dans un chaotique, l’état est paralysé, l’essentiel de ce qui échappe à cette inertie est entre les mains de divers et souvent antagonistes clans qui gravitent au tour de Général Lansana Conte et chaque clan tire de son coté.
Général Lansana Conte confond services rendus au pays et paternité du pouvoir. Durant ces 21 années de pouvoir il n’a fait que récompenser ses proches et ses fidèles civiles comme militaires en leur laissant le champs libre de gérer leurs ministères, leurs entités ou leurs affaires comme bon leur semble tout en matant très fort ses opposants et détracteurs.
Ce faisant il a plongé le pays dans la corruption, l'impunité et le clientélisme. L'administration est ainsi paralysée et gangrenée par une politique d’affinité ethnique, tribale et mafieuse.
Ainsi, de fonctionnaires capables sont mis à la touche s’ils ne sont pas sympathisants du parti au pouvoir ou alors ne sont originaires pas de la region de l’ethnie du Président. Ceux qui sont les griots du parti au pouvoir sont payés à ne rien faire. On y trouve de tout, sauf la technicité campée par des capacités qu’il faut, à la place qu’il faut.
De même au sein de ces partis politiques qui sont beaucoup plus des chasses gardées des Pères Fondateurs que de véritables tremplins d’émergence de nouveaux leaders tout le système est verrouillé et complètement inaccessible aux jeunes et aux femmes à tel point que ce sont toujours les même têtes qui reviennent.
La réalité, c'est que nos dirigeants ne savent pas ce que signifie la vie chère. Ils sont entièrement pris en charge par le trésor public. En dehors de leur traitement salarial qui dépasse tout entendement dans un pays classé dernier en IDH (Index Human Development), l'Etat est obligé de leur verser des indemnités de logement, de nourriture, des frais médicaux. Il leur assure également la gratuité du téléphone, de l'eau, de l'électricité, du carburant à gogo, etc.
Insatiables, ils ne ratent la moindre occasion pour faire main basse sur l'argent public à travers des surfacturations, et autres tours de passe-passe dont ils ont le secret. C'est à croire que la Guinée n'existe que pour eux ! Il y a effectivement partage de gâteau, et non de responsabilités ».
La Guinée est martyrisée par sa propre classe politique, donc par ses propres fils. Cette classe politique, globalement vomie lors des consultations populaires de 1990, a continué à confirmer tout le discrédit qui la couvre depuis l’indépendance du pays.
L'armée aussi n'est pas en reste, elle a perdu sa tenue républicaine, elle a renoncé à son serment de défense du pays pour devenir une milice au service d’une personne, d’un clan, d’une ethnie et d’une mafia. Elle devenue une armée qui oppresse et terrorise son peuple.
Les chefs militaires et autres militaires bien connectés a la famille et a l’ethnie du Président Lansana Conte détournent et dévorent en toute impunité les budgets de leur service en créant des besoins et des dépenses fictives et empochant la dotation de carburant affectée à leur entité.
C'est dans ce climat d'hypocrisie généralisée que Général Lansana Conte espère un développement pour la Guinée. Sa naïveté et son inconscience vis à vis du bien être des guinéens, ont fini par faire reculer la Guinée dans tous les domaines.
C'est indigne, honteux et scandaleux de voir la Guinée avec ce gigantesque potentiel économique, sombrer dans cette atmosphère de misère et d’incertitude alors que simultanément, les hommes du pouvoir vivent dans un Eldorado.
Alors que les Guinéens meurent de faim et que le prix du riz, carburants et autres denrées de base se font rares et très onéreux, un bateau Guinéen coule dans les eaux maritimes de la Guinée Bissau avec son bord 40 tonnes de riz, des milliers de litres de carburants et cela même pendant le début du mois de carême, un mois pendant lequel Général Lansana Conte et son gouvernement devrait créer les conditions d’abondance de nourriture pour les Guinéens.
Mais Dieu ne dort pas et c’est la raison de cette catastrophe maritime et le pire pour les dirigeants du régime actuel n’est pas encore arrivé.
Tous ces indices ne sont que les signes avant coureur de la période noire pour ce régime qui préfère voir les guinéens mourir de faim et de privation.
Prions Allah que cette situation cesse et que tous les moutons noirs qui saignent la Guinée soient punis conformément à la mesure des pêchés et maux qu'ils font subir à ce pays.
Aujourd’hui, la Guinée a perdu ce qui est plus précieux de ses valeurs : l’identité et la fierté nationale, et le sens du patriotisme. Il n’y aucun domaine de la vie politique, économique, sociale et culturelle qui fait la fierté du Guinéen.
Mais fort malheureusement, cette opposition traditionnelle globalement vomie minée par des intérêts égoïstes et mesquins, a signé forfaits et, comme la nature a horreur du vide, la société civile et la jeunesse doivent prendre le torchon du combat politique.
Le déficit de démocratie en Guinée n’est pas seulement au niveau du régime en place mais aussi bien et cela très dangereusement dans les partis politiques de l’opposition traditionnelle qui revendiquent vouloir instaurer la démocratie alors qu’eux mêmes sont foncièrement autocratique dans leurs structures et leur fonctionnement.
Et, c’est cela le plus grand danger qui guette notre pays.
Les partis politiques qui prônent vouloir changer la dictature en place, sont dirigés par des autocratiques et sont non-démocratiques plus que le pouvoir en place.
De même, au sein de ces partis politiques qui sont beaucoup plus des chasses gardées des Pères Fondateurs que de véritables tremplins d’émergence de nouveaux leaders et de démocratie, tout le système est verrouillé et complètement inaccessible aux jeunes et aux femmes à tel point que se sont toujours les même têtes qui reviennent.
Il n’y a jamais de renouvellement de la hiérarchie au sein des partis politiques. Comme des chefs tribaux, les leaders des partis politiques sont radicalement imperméables et opposés à toute idée d’innovation, à toutes suggestions et sont intolérants aux contradictions de point de vue.
Toute personne qui challenge l’idée divine du père fondateur du parti est considérée comme une cible à détruire.
C’est la raison de la multitude des petits partis politiques en Guinée. Aucun parti ne laisse le champ libre à l’émergence de nouvelles idées, des nouvelles initiatives et l’intolérance à la divergence d’opinion politique constitue la devise sacrée des partis politiques en Guinée.
Se sont des vieux de la vieille garde et dont certains ont servi loyalement la dictature actuelle, et qui ont pratiquement connu tous les régimes, qui ne vont jamais à la retraite politique et qui comme Général Lansana conte, préfèrent s’agripper (jusqu’à la mort) aux mamelles de leurs partis politiques, qui sont des véritables entreprises dont les leaders sont des intouchables CEO (Président Directeur Général).
Il faut avoir une tête de politicien très rusé pour aller de l’avant et braver cette dictature, sanguinaire et arbitraire incarnation du système policier de la peur.
C’est ce qui fait défaut à notre opposition traditionnelle et c’est pour cela que ça stagne au delà des problèmes de se relancer la balle et se donner les responsabilités des échecs.
La force et la pérennité du pouvoir de Lansana Conte c’e sont la faiblesse et la stupidité de l’opposition guinéenne.
Je ne dis pas que l’idée du sang neuf va dénouer le problème demain matin, mais je dirais que cela permettra d’écrire une nouvelle page dans l’histoire de l’opposition : le fait même de voir des idées émergentes pour cause d’une certaine inefficacité les poussera à se réformer et revoir pourquoi les jeunes ne les suivent pas.
Ce qui manque à l’opposition, c’est que chacun bosse son petit bout de chemin. Ces professionnels de la politique, qui n’ont pas d’autres sources de revenus que les caisses du trésor public or les escroqueries des militants, apparaissent plus portés sur des stratégies politiques du moindre effort, et sur le défaut de créativité innovatrice.
Ces politiciens guinéens tous confondus, qui ne connaissent ni honte ni pitié dans leur quête inassouvie de conquête des espaces politico-financiers mielleux, ont tué ce pays, l’ont vendu aux enchères, et l’ont pris en otage et constitue une hernie politique en danger d’étranglement !
Ces politiciens guinéens invoquent toujours et indûment le nom du peuple qu’ils ont chosifié et clochardisé. Ils ne lâchent pas prise et ne se retirent pas de l’arène politique. Au contraire, ils s’accrochent. Ils évitent le renouvellement au sein de leurs partis.
Toutes les énergies politiques, rendues avec tant d’incohérences, se mobilisent souvent sur un seul objectif : faire main mise sur tous les postes, d’où on peut se remplir les poches.
Le leitmotiv de leur engagement politique se résume a cet adage : « je vois le bien, je l’approuve, mais je fais le mal ».
Le monde politique guinéen porte trois plaies puantes : l’analphabétisme, l’infantilisme et le nanisme. Cependant, les politiciens Guinéens ont un mérite certain. Ils savent ce qu’ils recherchent : le pouvoir facile, rapide et sans interférence du peuple. Ils sont très forts dans les jeux de coulisses et dans les combines politiciennes. Ils crachent souvent, l’instant d’après, sur ce qu’ils adoraient une minute auparavant.
Pour la plupart, ce sont des « Sans idéologies fixes », adeptes de la seule idéologie du « Tout pour le pouvoir ».
Cette tragique comédie politique Guinéenne a fait tomber la Guinée « jadis, grande fierté Africaine » très bas, un pays moins que rien.
La classe politique guinéenne est médiocre, responsable des coups et blessures subis par la guinée depuis son indépendance. Par leur faute, ce pays, scandale géologique, père de l’indépendance africaine autrefois fier, superbe, et révéré en Afrique, est devenu une coquille vide.
La Guinée est devenue une allusion et une terrible illusion. Les politiciens Guinéens ont perdu la tête. Ils marchent sur la tête, les pieds vers le haut. Ils ont finalement perdu le contrôle de ce pays qui a basculé dans un vide profond, sans fond.
Est-il possible de mettre entre parenthèse nos sensibilités politiques, nos orientations idéologiques, notre régionalisme, nos susceptibilités personnelles et parfois nos blessures et tout ce qui bloque l’initiative pour travailler sur priorité, un objectif suprême, tous ensemble contre la dictature.
Mamadou Diallo, MD
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