vendredi 03 août 2007
La Guinée va mal, très mal. Gouvernée par deux gouvernements actuellement, ma patrie sombre chaque jour et ses populations avec.
Des arrestations arbitraires sur fond de « complot » et au nom d’une « raison d’Etat », l’aveu de crimes d’Etat ne peut plus être clairement exprimé. Sidikiba est enlevé depuis le 11 juillet 2007.
La disparition inquiétante du jeune officier, Niankoye Loua, évoque la résurrection de pratiques criminelles qu’on avait cru révolues. On tue en Guinée, on opère des kidnappings pour apeurer nos populations.
Peut-on continuer à subir cette cruauté ?
Notre pays a trop souffert de ces cruautés, nous devons nous redresser pour reprendre la flamme de la liberté. Le passage obligé est le refus du système Conté qui fait aujourd’hui plus de 6000 naufragés de mars 2006 à juin 2007. Et ce chiffre ne tient pas compte des disparus, des morts dans le désert.
Dans l’histoire des dictatures, même les plus sanguinaires, jamais un pays s’est vidé de sa force vitale ; à savoir sa jeunesse comme sous le régime Conté.
Mais que fait Lansana Kouyaté face à ce drame ?
Nous attendons toujours que la justice se fasse dans les tueries de janvier et février 2007 sans oublier les assassinats de juin 2006. Pendant ce temps, le PM, « subordonné » de Lansana Conté, veut s’affranchir. Et de quelle manière ? N’est-il pas tard ?
Il commandite la création de groupes de soutien à l’image de la JRDA en Guinée et en comparaison de certain COSALAC et autre MOSALA …à l’époque où un certain nombre insignifiant de jeunes Guinéens rivalisèrent dans la quête éhontée d’un poste dans la communauté guinéenne de France.
Parmi eux, certains s’étaient fabriqués des titres universitaires troublant pour combler le vide de leur inculture. D’autres, ayant été devancés, s’étaient résolus à créer un mouvement à volet tryptique comme l’était le nombre de ses membres. Tous étaient placés à la première loge du défaitisme à travers de petits calculs dont l’objectif était de plaire tout en guettant un strapontin dans l’administration de Conté. Certes, il y a eu quelques individus qui ont réussi à tirer leur épingle du jeu comme ceux de la Cause Commune, mais l’essentiel aujourd’hui est la mobilisation pour la cause de Sidikiba, de Niankoye et tous les anonymes qui souffrent le martyr.
Placé sur l’orbite de la ligne liminale du pouvoir, Lansana Kouyaté se rend compte qu’il s’est fourvoyé pour s’être laissé bercer par un soutien de l’extérieur, alors que la politique est fondamentalement une réalité interne qui, bien conduite, peut s’appuyer sur l’extérieur. Le contraire est toujours fatal. Le PM semble l’avoir compris, mais il est assez tard, car le compte à rebours à commencer. En dépit de tout, il pense renverser l’ordre des choses à sa faveur. Il paie des marionnettes pour le soutenir. C’est ainsi qu’un groupe de Guinéens aurait déjà déposé, dans l’une des préfectures de la région parisienne, la demande d’agrément d’un comité de soutien à son action dont lui seul, et peut-être, ses supporters-là savent laquelle ?
Or, le registre où s’inscrit le nom des anciens Premiers ministres est déjà ouvert à son intention. Son nom figurera comme celui qui a raté les marches de l’histoire. Celle-ci écrira qu’il est venu dans un bain de sang de jeunes enfants guinéens. Elle notera qu’il a oublié de regarder la masse croupissant dans la misère pour un pouvoir enivrant et aux privilèges saoulant.
Les historiens diront, en parlant de lui, que nos traditions sont foncièrement pragmatiques. Ce qui fait que dans les cours de rois, existait cette espèce pour jouer un rôle social éminemment important, mais n’autorisant pas à atteindre les sommets de l’organisation socio-politique. Et on retiendra qu’il a agit tel un apprenti de la politique.
On pourra aussi dire que son discours était flatteur et moins réaliste ; son verbe était très vernis, mais qu’une fois le vernis enlevé, tout devenait faux et résonnait le mensonge. Et le peuple notera qu’un Homme peut-être délateur et milicien fieffé à l’époque du PDG, mais il n’est pas nécessairement investi de la compétence de l’exercice du pouvoir. Des sombres pages de cette histoire, Kouyaté portera éternellement le sceau de la trahison de ses concitoyens au profit d’un Président vomi et rejeté par toutes les populations.
Le voilà désormais placé dans un siège éjectable dont le bouton est soumis à la seule volonté de Lansana Conté qui peut l’appuyer à tout moment. Mais lui attend que les dons d’argent promis à la Guinée entrent effectivement dans les caisses de l’Etat. L’éjection se fera comme c’est programmé parce que son remplaçant est déjà connu. Le ciel éclairé en mars 2007 pour Kouyaté est lentement et irréversiblement assombri. Triste dénouement d’un pouvoir qui l’a fait rêver au fauteuil présidentiel ? Il s’y apprêtait avec vilenie Il suffit de voir ses nominations de préfets et de gouverneurs. Le grand obstacle aura été de n’appartenir à aucun parti politique, même s’il eut un moment, l’instinct, d’acheter la Cause Commune.
Maintenant, le gouvernement parallèle, plus fort dans la construction du mal, plus enraciné dans le crime d’Etat poursuit ses manœuvres pour placer Kouyaté sur la pente glissante où aucun PM n’a réussi à résister à la descente. Combien de temps va-t-il encore resté perché là ?
En attendant Guinéennes et Guinéens, défendons la justice contre l’injuste arrestation de Sidikiba Keita dont on dit être accusé d’« atteinte à la sûreté de l’Etat .» Depuis notre indépendance, les régimes guinéens nous ont menti. Et notre silence leur a offert la place où ses animateurs ont eu à broyer les valeureux fils de notre chère Guinée.
N’attendons pas le chant de la sirène mensongère du pouvoir guinéen pour réclamer la libération inconditionnelle de Sidikiba. Aussi pouvons-nous exiger la vérité sur la disparition de Niankoye Loua !
Paris, le 03 août 2007
Jacques KOUROUMA
Contact : jacques.kourouma@orange.fr
Pour www.nlsguinee.com