mercredi 18 juillet 2007
Le spectre des économies des pays des Hal Pular est en soi un défi à l'analyse. Il va des économies dirigistes, répressives aux économies semi-libérales. Une telle disparité du reste n'est que le reflet des développements inégaux entre pays africains et un réplica des antinomies internes de nations en formation.
Face à l'occupation coloniale, la quête de l'unité nationale et la cohésion du groupe a été l'idéologie sur laquelle les gouvernements africains auront fonctionné. L'identité ethnique a été un sujet ambigu pour les dirigeants africains. Elle est une source de fierté culturelle pour réaffirmer l'africanité face à l'acculturation imposée par la prédominance de l'occident. En même temps elle doit s'effacer face au concept sacro-saint et considéré comme supérieur de l'unité de la nation.
Cette ambigüité aura mené à des mésaventures désastreuses dans certains états africains notamment en Guinée. Maints africains sont en admiration devant le dynamisme des organisations supranationales telles que celles des juifs. En même temps ils sont suspicieux de tout groupement à caractère ethnique africain qui est perçu comme une atteinte à l'unité nationale. Cette idéologie est battue en brèche par l'échec de la formation des nations africaines qui se révèle par un sous-développement chronique et une carence étatique larvée. Elle n'en demeure pas plus vivace.
Nonobstant les attraits de l'intégration régionale et plus récemment de l'Union Africaine, la problématique des nations africaines demeure une réalité dont on doit saisir l'ampleur. En Europe l'état-nation perdure depuis plus d'un millénaire. On assiste cependant à son effritement dans un mouvement double. La construction de l'Europe d'une part et la résurgence régionale et des nationalités qu'exploitent avec succès les politiciens de droite et de gauche.
Tabital-Pulaaku s'inscrirait ainsi dans la dynamique de la recomposition des nationalités en Afrique avec un mouvement qui transcende les frontières artificielles de nations qui ont du mal à survivre leur naissance arbitraire. La pression de la globalisation économique vient accentuer cette mutation. Elle force l'affirmation de nationalités transversales dans lesquelles des organisations comme Tabital-Pulaaku peuvent offrir un paradigme nouveau qui pourrait contribuer à l'émergence de nouvelles donnes géopolitiques régionales.
Avec le ciment de l'identité culturelle et une optique supranationale, Tabital-Pulaaku pourrait bien être un exemple original d'intégration communautaire. Il y a plusieurs défis pour que l'irrédentisme latent des Hal Pular passe du mythe à une réalité sociale et politique viable. La renaissance culturelle de la communauté Hal Pular doit avant tout s'enraciner sur le champ des réalités socio-économiques pour ne pas dégénérer en un phantasme collectif.
Tabital Pulaaku devra se déployer pour apporter un schéma cohérent de solutions aux problèmes réels de la communauté. Surmonter ce premier défi est un teste pour l'organisation dans sa vocation affirmée d'être un exemple d'intégration fondée par les réalités historiques et non sur les diktats de nationalismes inconséquents.
La situation économique en Afrique se caractérise par :
* La pauvreté et l'ignorance dans les campagnes.
* Le chômage endémique des jeunes dans les milieux urbains
* L'immigration massive des jeunes (diplômés ou non) vers les métropoles occidentales
* Un manque d'infrastructure et d'accès à l'équipement qui se traduit par une productivité et une compétitivité faibles
* L'absence d'une industrie financière qui favoriserait une capitalisation adéquate des entreprises et une éclosion des initiatives individuelles
* La fuite de cerveau et la carence des administrations qui se traduit par un manque de talents locaux de gestion en dépit des efforts de formation des cinq dernieres décennies.
Chacun des ces obstacles représente une somme de problèmes en soi et reste lié aux contextes de sous-développement, de répression et de délinquance économique des pays africains. Sur l'arrière fonds de ce marasme, il y a cependant des raisons d'espoir pour la communauté.
1) Le dynamisme des hommes d'affaires et des entrepreneurs Hal Pular (de la diaspora et des locaux) est reconnu
2) La communauté Hal Pular a une culture d'épargne et de frugalité profondément enracinée. Celle-ci permet d'envisager l'émergence de formes d'industrie financières originales dirigées vers l'investissement productif.
3) Les réseaux de solidarité familiale et villageoise auront permis la survie de millions de dépossédés dans nos communautés. Ces systèmes vivaces constituent une base importante sur laquelle peuvent se développer des organisations économiques communautaires similaires à celles des pays du sud-est asiatique où les keiretsu au Japon et les chaebol en Corée furent à l'origine du miracle économique. Bâtis autour de structures financières ces organisations permirent une intégration horizontale et verticale de plusieurs opérateurs économiques qui bénéficièrent d'accès au crédit et d'un encadrement de gestion qui en assurèrent la prospérité.
4) Des flux financiers importants de la diaspora et des ressortissants des villes en faveur de couches moins favorisées demeurent diffus et échappent aux mesures macro-économiques. Leur captation et leur valorisation permettraient de créer un embryon de marché du capital nécessaire à l'émergence d'une nouvelle classe d'entrepreneurs.
5) L'existence d'une classe d'hommes d'affaires, de cadres et de jeunes diplômés dans la diaspora s'ajoute au tableau des conditions nécessaires à une renaissance économique et culturelle de la communauté.
6) Enfin, à l'instar de la majorité d'africains, on note une prise de conscience de la communauté des Hal Pular qui entend apporter des solutions à ses problèmes en s'appuyant sur ses propres forces.
Ces considérations sommairement développées peuvent constituer un cadre pour élaborer des programmes de développement communautaire supranational en Afrique. Tabital-Pulaaku offre le cadre sociologique et culturel pour une telle démarche. La méthodologie pragmatique consistera en la mise en place de projets pilotes sur lesquels vont s'appuyer les actions futures. Les études et observations ont identifié quelques uns des obstacles majeurs à la création d'entités économiques viables dans la communauté. Surmonter ces obstacles requiert au minimum les actions suivantes :
* A) Remédier à la sous-capitalisation des entités économiques
* B) Permettre l'accès au crédit pour enrayer le sous-équipement chronique
* C) Mettre en place des structures intégrées de gestion prévisionnelle et opérationnelle des entités économiques
* D) Redynamiser les structures culturelles de la communauté. Codification de la langue, diffusion de l'histoire et des normes culturelles.
Un tel programme soulève des problèmes de coordination et de décentralisation énormes. Cependant la gestion peut-être rendue possible grâce à un usage intensif des technologies d'information et de communication.
Comment vaincre les résistances politiques déguisées sous des micro-nationalismes virulents ?
Un début de réponse serait peut-être de noter que le micro-nationalisme n'aura été qu'une pépinière de dictatures médiocres prospérant sur le fumier du tribalisme politique. En plus l'union prônée de l'Afrique devrait s'appuyer sur les entités culturelles héritées de civilisations millénaires pour ne pas demeurer un concept creux. Tabital-Pulaaku comme d'autres nationalités doivent opérer sur le terrain fertile offert entre ces deux extrêmes.
Par Ourouro Bah
Pour www.nlsguinee.com