Guinée : LES GRANDS DOSSIERS DE LA PRIMATURE : EAU, ÉLECTRICITÉ, TÉLÉPHONIE, GLOBAL ALUMINA
18 mai 2005
Depuis son avènement à la primature, Cellou Dalein Diallo, même si c’est dans la discrétion et la sérénité qui caractérisent le technocrate qu’il est, pilote certains dossiers correspondant aux priorités qu’il s’est assignées. Où en est-on ?
Le nouveau Premier ministre, lors de son passage à l’Assemblée Nationale et en d’autres occasions tout aussi solennelles, a séduit par son langage de vérité. Il a reconnu qu’il y avait de nombreuses difficultés qu’il fallait surmonter mais qu’il fallait surtout du temps pour y arriver. Car, l’on s’en doute, il n’est pas doté de pouvoirs magiques – quand bien même il le voudrait – pour régler d’un trait tous les problèmes. Cependant, il essaie d’y faire face. A ce propos, il a fait connaître ses priorités : l’eau, l’électricité, le téléphone, c’est-à-dire les attentes pressentes des Guinéens.
L’eau
Grâce à un financement obtenu auprès du Japon, un programme d’extension sera exécuté. Ainsi l’année prochaine jusqu’au moins en 2010, dans la capitale, la pénurie d’eau sera résorbée.
L’électricité
Il a été inscrit au titre du budget 2005 30 milliards de francs de subvention de l’Etat à Électricité de Guinée (EDG) pour améliorer la desserte en courant électrique. Un programme de fourniture a été élaboré à cet effet : il était prévu initialement d’alimenter les ménages 2 jours sur 3. Malheureusement, il y a eu des impondérables qui expliquent les perturbations : le mazout nécessaire à l’alimentation des groupes électrogènes avait un coût initial de 450 millions de francs ; aujourd’hui, du fait de la dépréciation de la monnaie nationale, le coût est passé du simple au double, c’est-à-dire à 900 millions, voire plus. Par ailleurs, souvent à cause des retards accusés dans le payement du mazout, l’ACG pose des difficultés d’approvisionnement. Enfin, EDG a des difficultés techniques à distribuer correctement sa production.
Pour améliorer malgré tout la desserte, le Premier ministre a constitué une équipe composée de tous les intervenants dans le secteur pour identifier et surmonter les difficultés. Une fois par semaine, l’équipe fait le point de la situation. C’est donc une question de temps, de moyens techniques et financiers pour que la lumière soit.
La téléphonie
Telekom Malaysia, comme chacun le sait, a décidé de se retirer de la Sotelgui. En attendant de trouver un nouveau repreneur à la faveur d’un appel d’offres ouvert et transparent, l’État essaie de combler le vide. Il faut également noter que pour l’attribution d’une quatrième licence, il a choisi la voie de l’appel d’offres plutôt que le marché de gré à gré. Ce qui, bien entendu, ne fait pas l’affaire de tout le monde. En tout cas, une commission au sein de laquelle des cadres d’horizons divers siègent est appelée à se prononcer sur les offres techniques et financières faites par tous les postulants. Le rapport qui sanctionnera les dépouillements déterminera le choix du bénéficiaire de la troisième licence. Y a-t-il meilleure garantie d’équité et de transparence ?
Le dossier spécial de Global Alumina
Enfin, un compromis a été trouvé entre l’État et les investisseurs. Mais avant, que de tractations ! Habituellement, les conventions minières sont signées conjointement par les ministres de l’Economie et des Finances, des Mines et de la Géologie. Mais dans ce dossier, seul Alpha Madi Soumah a engagé l’État guinéen. Aussi, dans sa version initiale, la convention n’était profitable qu’aux seuls investisseurs auxquels il avait été accordé des facilités exorbitantes, notamment un congé fiscal de longue durée. Sur chaque tonne de bauxite, 1 dollar revenait à la Guinée contre, par exemple, 10 dollars avec la CBG.
Par ailleurs, avec les nouveaux Asiatiques, l’industrie de l’alumine est devenue plus rentable encore. Le gouvernement a souhaité, pour toutes les raisons évoquées, revoir certaines dispositions de la convention afin de mieux protéger les intérêts de la Guinée. Ce qui a donné lieu à une rude bataille, d’une part, entre la Primature et l’Assemblée nationale, où la convention était sur le point d’être ratifiée, et la Primature et les investisseurs, d’autre part. Finalement, il a été tenu compte des amendements apportés par le gouvernement. A ce titre, l’État engrangera 200 millions de dollars sur 15 ans.
Mouctar DIALLO
Redacteur à 'L'observateur'
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