mardi 03 juillet 2007
Lorsque les Guinéens ont parlé de changement, ils avaient inclus dans ce concept, tout ce qui ferait que les choses ne soient plus comme par le passé. En somme, obtenir une meilleure qualité de vie et la fierté d’appartenir à une grande nation, libre, moderne, solidaire, équitable et prospère.
Ils ont arraché des choses positives. L’espoir est revenu, même s’ils savent que tous les problèmes ne seront pas résolus dans l’immédiat. Mais après une patience nécessaire et obligatoire de quelques mois, ils ne voient rien venir. Bien au contraire, des pratiques rédhibitoires s’installent peu à peu, et tout indique, désormais, que nous allons vers un changement dans la continuité : on reprend les mêmes et on recommence, à presque tous les niveaux.
Après les bâtons des chaises musicales des représentants de l’Etat dans les régions, c’est au tour des directeurs appelés à diriger les grands départements. Ceux qui étaient déjà ankylosés dans le système, s’enracinent davantage. Les pestiférés reviennent par la grande porte. Les exclus attendent leur tour. Les numéros deux occupent les premières places et tous les contrôleurs/auditeurs sont issus du sérail. Comme dirait l’autre, passe au voisin.
Au moment où nous partageons des notions nouvelles pour la Guinée, comme la compétence, la citoyenneté, le refus de la cooptation et de la médiocrité, l’esprit patriotique, l’implication responsable de tout un chacun, le bonheur impossible au milieu de la misère, l’obligation de justifier ses biens en fonction de ses revenus, le partage équitable des richesses… en somme la bonne gouvernance, toute une partie de la population est écartée du jeu.
Je veux parler de nos compatriotes hors du pays. La Guinée continue à tout mettre en œuvre pour se passer de ses brillances dont profitent encore d’autres pays. Au même moment, sa jeunesse (garçon et fille) continue de fuir le pays par tous les moyens, alors que nous savons que l’exil n’est pas doré. Quel gâchis! Quelle tristesse! Quel malheur!
Pire, l’amnésie collective semble s’être emparée de presque tout le monde, alors que nous pensions écrire une nouvelle page de notre histoire. Même le régime sanglant, répressif, et barbare du PDG semble ne pas avoir existé.
A ses débuts, le bien-fondé des sorties du PM allait de soi. La Guinée avait été rayée des tablettes des principales institutions, au point de ne même plus figurer sur la liste des pays pauvres, pour ce qui était de l’aide, des différents programmes liés au développement ou de l’annulation de la dette. Tout le gouvernement s’y était mis pour montrer au monde que la Guinée était de retour. Quelle fierté! Quelle reconnaissance! Quel bonheur! A présent, rien ne justifie ses incessants voyages, surtout dans un pays où, en l’absence du (supposé) chef, les souris dansent.
Le rôle du PM est de diriger l’action du gouvernement, mais en aucune façon, de s’accaparer le rôle dévolu aux ministres, dont il ne pourrait revendiquer, ni la valeur intrinsèque, ni posséder la maitrise juridique, financière, intellectuelle et technique, par exemple.
J’en veux pour preuve, son intervention liminaire quant au potentiel financier de la diaspora, lors de sa rencontre avec la communauté guinéenne à Paris. C’était au ministre des finances, présent dans la salle ou à celui des Guinéens de l’extérieur, de nous édifier sur les dispositions prévues à cet effet. La science infuse n’est pas la panacée et nous ne sommes plus au pays des aveugles ou de l’obscurantisme, nécessitant un PM omnipotent.
Tout PM efficace et ayant besoin d’argent frais, en aurait fait sa priorité. Tout PM (en Guinée) devrait surfer sur la vague de la rigueur, de l’autorité et de la répression pour se faire respecter. Il suffirait de mettre en exergue l’intérêt supérieur de la nation, sévir, donner l’exemple, pour que les choses s’imposent d’elles-mêmes, à tous, et que les mentalités suivent.
En dehors d’une minorité de brebis galeuses égarées, qui n’ont de «guinéen» que le fait d’appartenir à ce pays, qui souhaitent toujours son échec et qui pensent encore que la Guinée serait ingouvernable, nous lui avons facilité la tâche par des conseils, une disponibilité, des encouragements, et notre soutien. Ce n’est pas parce que nous avions signé des deux mains, ses premières mesures qui allaient dans le bon sens, ni que sa première sortie en Europe et aux Etats-Unis s’était soldée par des décibels élevés à l’applaudimètre, comparable à un meeting politique au palais du peuple, qu’il devrait penser que le tour est joué.
C’est ce changement dans l’attitude du PM qui fait croire, de plus en plus, qu’il serait à la recherche d’une reconnaissance à l’échelle galactique, et que la course poursuite au «financement» de son programme inconnu, irait dans le sens de se constituer un trésor de guerre, afin de se placer pour les échéances ultérieures.
Notre PM est devenu un «politicien». Donc, c’est le moment de le recadrer sur le pourquoi du comment de sa présence à la tête de l’actuel gouvernement. Il est en mission commandée et nous attendons toujours les premiers résultats concrets, chiffrés et visibles qui annonceraient une suite positive de son action gouvernementale.
Les vieilles habitudes ont la vie tenace. Nous venons de le constater avec la visite du président libyen (devenu fréquentable) couronnée par une journée chômée-payée comme le bon vieux temps, et précédée par une pagaille indescriptible jusqu’à son départ. Chassez le naturel, il revient au galop.
Pire, j’ai été sidéré de l’entendre faire les éloges de l’ancien Président sur le site Africatv.info du 25 juin 2007, jusqu’à le mettre sur le même piédestal que d’illustres africains, comme Kwamé N’Krumah ou Cheick Anta Diop. Ce calembour n’était en rien une improvisation. Il montre, en réalité, un PM «pdgiste», pur et dur, qui l’affiche, qui le revendique et qui le clame haut et fort à l’endroit de ceux qui le disent parachuté, sans envergure, sorti de nulle part, de large consensus ou sans étiquette.
En enlevant son masque, il interpelle nos consciences, réveille nos cauchemars, attise la haine et jette de l’huile sur le feu de l’unité nationale à reconstruire. Ce lapsus révélateur, a créé une brèche dans son très-fond, et montre, ainsi, ses limites de personnalité consensuelle, de meneur d’hommes, de visionnaire, et même de «diplomate». Certes, nous sommes en démocratie, mais dans sa position, il devrait afficher une neutralité sans faille, au service de tous les Guinéens. Ce n’est pas un élu ou un «politicien» en campagne.
Il a perdu une bonne occasion de reporter cette mise à nu, car, plus que les hommes, nous combattons des systèmes pourris. Plus que le changement, nous réclamons la rupture avec les agissements du passé. Nous ne voulons pas ressusciter les morts ni pratiquer la vendetta. Nous voulons une Guinée-nouvelle.
Il serait temps qu’il se mette véritablement au travail, car, nous ne savons toujours pas, où va son gouvernement, dans lequel, certains ministres ont déjà montré leurs limites.
Le PM a-t-il admis qu’il n’était pas à la hauteur de sa tâche? Va-t-il se ressaisir jusqu’à nous surprendre comme à ses débuts? Prépare-t-il les prochaines présidentielles ou sa sortie, depuis l’étranger? Pour l’heure, nous lui demandons instamment de s’occuper du redressement de notre économie et de laisser la «politique» aux politiciens.
El Hadj Soumah, Paris – France
Contact : esoumah@hotmail.com
Pour www.nlsguinee.com