jeudi 28 juin 2007
En Guinée de tout temps, les femmes et les jeunes ont généralement été les fers de lance de la lutte pour le changement toujours obtenus au prix du sang.
On se rappelle de la révolte des femmes du 27 août 1977, et leur victoire sur le gangstérisme politique du clan des Touré et Kéita avec leur Parti-Etat.
Depuis que Lansana Conté a usurpé le pouvoir le 3 Avril 1984, avec ses amis de l'ex- CMRN, la patrie est traînée dans la bassesse et l'humiliation par son clan politico-mafieux. Laisser ce monstre continuer de piétiner l'avenir de plusieurs générations de guinéens, c'est précipiter par conséquent le pays dans la décomposition politico-sociale et la déchéance morale qu'il connaît aujourd'hui.
Au sortir de son premier conseil de ministre à l'époque, le Colonel Lansana Conté dans la première interview qu'il accordait à RFI, avait donc insisté, sur le renforcement de l'unité nationale, la restauration des libertés publiques, la libéralisation de l'économie et la mise en place d'un véritable Etat de Droit.
Mais, présentement que constate-t-on ? C'est qu'il a métamorphosé la Guinée, en « République infecte », qui ne vit que, par la terreur, l'imposture, le vice et l'outrecuidance.
D'ailleurs, l'historien Burkinabé Joseph Kizerbo avait écrit à juste titre que : - « L'inclination irresponsable à s'accaparer de tout et tous, conduira inéluctablement à la révolte sociale… » Et à Guy Kouassignan de renchérir aussi que : - « La conscience douloureuse d'un manque, ouvre la porte à la contestation… »
C'est pour en finir avec ce gangstérisme politique et les pratiques mafieuses du système avilissant de Lansana Conté, que les guinéens sont sortis massivement pour rejeter son régime et affronter courageusement ses mercenaires. On connaît la suite dramatique.
En bon disciple du tyran Sékou Touré, il applique à chaque explosion sociale, la même conduite que ce dernier à savoir : la fuite en avant pour gagner du temps, et préparer la répression. C'est en bon adepte de cette stratégie, que Lansana Conté, acculé dans son dernier retranchement au camp Samory, avait dit aux représentants des syndicats, lors de l'insurrection généralisée de janvier et février 2007, que : - « je suis un militaire, je n'ai jamais perdu une guerre. Je vous tuerais tous, d'ailleurs, j'ai déjà tué des hommes.» SIC !
Mais, c'était sans compter sur la volonté des Guinéens d'en finir avec ce système inique, générateur de haine et de misère. Leur réponse à la menace de ce criminel avéré fut sans ambiguïté : - « Nous sommes prêts à mourir pour le changement…» C'est ainsi que des adolescents ont fait don de leur vie, pour fonder, un véritable Etat de Droit.
Et pourtant le constat est amer, c'est que rien n'a changé depuis ces évènements sanglants. Pour honorer la mémoire de ces innocentes victimes, nous avons le devoir moral de continuer ce combat du changement, pour lequel ils sont morts et que l'immense majorité des guinéens espère aujourd'hui. C'est-à-dire l'édification d'un véritable Etat de Droit, sans lequel rien n'est possible.
Mais comment bâtir cet Etat de Droit ?
Dans tout pays non monarchique, il y a deux modes d'accès au pouvoir qui sont soit la violence où soient les urnes (par des élections libres, et démocratiques).
Nous savons tous que, Lansana Conté est arrivé au pouvoir par la violence et qu'il s'y maintient par la force de ses milices privées, qui sont appuyées par des mercenaires. Il n'a jamais été élu. Il a toujours été battu à toutes les élections. Ce qui avait amené feu Siradiou Diallo a affirmé dans une interview accordée à Guinéenew que : - « Le général Lansana Conté n'est pas homme à se soumettre au résultat d'une élection libre équitable et transparente …» Son pouvoir est par conséquent illégal, illégitime et immoral.
La légitimité d'un pouvoir repose sur l'existence d'un État de Droit, qui s'appuie lui-même sur la séparation des pouvoirs, avec comme corollaire les objectifs suivants qui sont :
- La réalité du législatif,
- L'indépendance de la justice,
- Le contrôle de la constitutionalité des lois,
- Le contrôle organisé des gouvernants par les gouvernés, c'est-à-dire l'organisation d'élections, pluralistes, transparentes, honnêtes et, équilibrés.
Cette réalité est loin d'être le cas en Guinée. D'ailleurs, c'est El hadj Biro DIALLO, qui le confirme, en tant qu'ex-Président de l'Assemblée Nationale, et au cours d'une conférence de presse, accordée à la lance N°197 du 27 septembre 2000, en disant du PUP, en tant que Parti Etat au pouvoir, que : - «Toutes les victoires du PUP s'appuient sur deux pieds le canon et à l'administration ». Et, il poursuit plus loin : - « Un pays où les lois sont violées, les droits de l'homme bafoués, il n'y a ni Etat de droit, ni démocratie, et mieux un Etat de droit doit obligatoirement mettre fin à l'impunité …»
Lorsque dans d'autres pays, les corrompus sont traduits devant les tribunaux, par contre en Guinée, cette classe « dite des nantis » offre en exemple, le triomphe du vice, de l'impunité, et de la médiocrité. Car chacun sait, qu'aucune vertu, aucun mérite, n'est à l'origine de leur prospérité, si ce n'est la place obtenue au cœur du pouvoir, par le népotisme, le tribalisme, et l'intrigue.
En Guinée l'exécutif agit seul, et méprise toutes les institutions républicaines, (l'Assemblée Nationale, la Cour Suprême, le Conseil Economique et Social, le Conseil National de la Communication). Elles n'existent que de nom, puisqu'elles sont dépouillées de tout leur contenu. Contrairement, à ce que veulent nous faire croire les séides de Lansana Conté la Guinée, n'a jamais été un Etat de Droit. La situation politique économique et sociale est dans un tel état de décomposition, qu'on est vraiment en droit de se demander si ce pays retrouvera un jour un véritable État ?
Par conséquent, l'urgence c'est avant tout la restauration de l'autorité de l'Etat, pour sortir le pays de la chienlit. Il est aussi évident que, les Guinéens dans leur immense majorité, ont besoin de manger à leur faim, de se soigner, et d'étudier. Mais, ils ont autant besoin de liberté, et de justice.
Je l'ai déjà écrit, mais je me répète, que Lansana Conté est un authentique militaro-affairiste de type mafieux. C'est le constat d'une évidence. Il n'a pas le sens des valeurs qui font la permanence de nos sociétés et à certains moments leur grandeur à savoir : l'attachement à la Patrie, et à tous ses habitants sans exclusive, le respect de la parole donnée, la dignité dans les fonctions de représentation collective et l'honnêteté face aux biens publics. Nous voilà donc au cœur du problème Lansana Conté.
Peu lui importe la souffrance des Guinéens, ce qui compte chez cet animal de nuisance, c'est la satisfaction de ses intérêts matériels et la sauvegarde de son fauteuil. Il ne lâchera jamais le pouvoir, qui constitue sa raison d'exister. Il ne reculera devant aucune bassesse, et aucune ignominie, pour se maintenir au pouvoir. Il ne connaît que la loi de la force. Le droit il s'en fout éperdument. Il est l'Etat. La Guinée, c'est sa propriété privée (il est veinard ce Lansana Conté, car il a la jouissance, à lui seul d'un domaine de 245.857 km² (qualifié de scandale géologique de par ses richesses minières), avec un droit de vie et de mort, sur tous les guinéens, qu'il a clochardisé.
Il ne faut pas se bercer d'illusion, Lansana Conté ne changera jamais. Car, chaque fois que son pouvoir est ébranlé, il feint alors de comprendre et négocie, pour simplement gagner du temps, et pour mieux réprimer. Les évènements des 2 et 3 février 1996, en attestent.
Dans son interview accordée la semaine dernière, à la chaîne francophone TV5 et l'AFP Lansana Conté, nous a rappelé, qu'il est toujours le commandant en chef et responsable suprême de l'Etat guinéen en ces termes : - « Il n'y a pas de transition ouverte, je suis le chef, les autres sont mes subordonnés…»
C'est vrai il a gagné cette bataille, mais la guerre est loin d'être finie.
Alors, un Premier Ministre dit de consensus, pour quoi faire ?
Nous avions appris, par le doyen Bah Mamadou, lors de son dernier passage à Paris, que pendant les négociations de sortie de crise, l'un des préalables des Partis politiques, avant toute nomination d'un Premier Ministre dit de consensus, était une modification Constitutionnelle, pour légaliser le poste. Mais c'était sans compter sur les négociations sécrètes entre l'intrigant Kouyaté et le potentat Conté. On sait qu'à chaque crise sociale, Lansana Conté déniche dans son écurie d'hommes nouveaux, un candidat potentiel, pour servir de fusible, et prendre des coups à sa place, comme il vient de l'avouer lui-même.
Il connaît bien son monde et le méprise. Il sait que tous ses ministres et autres affairistes ne gravitent autour de lui, que pour satisfaire leurs intérêts matériels, mais ne croient guère en lui. Par contre, pour sucer la République, ils sont prêts à toutes les bassesses.
Dans son cynisme, il les dresse les uns contre les autres, se sert d'eux d'abord, puis les manipulent, selon leur faiblesse, leur orgueil ou leur appétit de pouvoir. Enfin, pour les plus chanceux, ils sont virés sans préavis, les malchanceux sont envoyés sans autre forme de procès, devant le peloton d'exécution, après avoir été humiliés. Tout cela pour les miettes qu'il veut bien les laisser.
C'est bien le cas de notre Premier Ministre « dit de consensus ». Il est clair maintenant pour tous les guinéens que la nomination de Kouyaté est une pure supercherie. Il est donc inutile de rappeler toutes les intrigues de palais entre Conakry et Abidjan qui ont facilité sa nomination. L'interview accordée récemment, par Lansana conté à la chaîne francophone TV5 et l'AFP, nous en apporte des preuves supplémentaires. Notre « Premier Ministre de consensus » que j'appellerais plutôt « Premier Ministre de compromission ». Il n'est en réalité, qu'un chargé des affaires présidentielles, comme Fodé Bangoura de son temps. D'après son employeur, il fait bien son boulot. Ce qui est révélateur de leur connivence.
Il faut être réaliste, Lansana Kouyaté n'a ni la vision, ni la formation et encore mois la morale pour mettre un terme à la prévarication, le népotisme, l'incompétence de l'administration, et le favoritisme qui sont institutionnalisés. Sans oublier bien sûr, l'incivisme des importateurs, qui déjouent les lois, avec le vol public, sous toutes ses formes, en un mot l'anarchie érigée en mode de gestion du pays.
Il porte la lourde responsabilité d'avoir fait échoué le changement pour lequel des centaines d'adolescents ont fait don de leur vie. Plus les jours passent, plus les guinéens se rendent compte que, Lansana CONTE et KOUYATE, c'est bonnet blanc et blanc bonnet. Il ne fallait donc pas être devin pour savoir que ce duo diabolique et cynique ne peut rien changer en Guinée et que leur association ne peut qu'enfoncer davantage les guinéens dans un gouffre sans fond.
Au sortir d'une répression sanglante sans précédent, qu'aurait dû faire ce premier ministre dit de consensus ? Réconcilier les Guinéens entres eux, en acceptant la création d'une commission d'enquête Internationale, pour faire toute la lumière sur les massacres d'adolescents. Et marquer une rupture totale avec les pratiques du passé. Ensuite, rétablir l'autorité de l'Etat, sans laquelle, il n'y aura jamais d'Etat de droit. Et, enfin assainir le cadre macro-économique du pays, pour améliorer les recettes de l'Etat.
Mais notre Premier Ministre de Consensus, a visiblement, d'autres chats à fouetter.
Les accords tripartites de sortie de crise du 27 janvier 2007, ont été violés par Lansana Conté. Ses hommes sont toujours aux manettes et aux recettes, puisqu'il a formé une équipe parallèle. Le gouvernement, il s'en moque éperdument, puisque Kouyaté est là pour prendre les coups à sa place. Il la ferme ou il se casse. Lansana Conté le dit toujours : - « Je suis un militaire, je ne dialogue pas, je donne des ordres et on les exécute… ». C'est bien, ce que fait son chargé d'affaires M. Kouyaté.
Et, Lansana Conté qui est sous assistance médicale permanente, est et reste toujours le maître absolu de la Guinée. Il continue de spolier les guinéens, de s'approprier les maigres recettes de l'Etat, et à narguer les familles des victimes des évènements sanglants de janvier et février 2007.
Depuis que M. Kouyaté s'est fait nommé Premier Ministre, en utilisant les cadavres d'adolescents, pour assouvir sa soif de pouvoir et d'argent, rien n'a changé.
Les guinéens vivent toujours dans l'incertitude et les privations de toutes sortes. C'est toujours le statu quo. Le constat de l'échec du premier ministre dit de consensus est une évidence.
Ce Drôle de Premier Ministre qui chante déjà son propre succès, et qui prétend avoir créer 12.000 emplois. Ce chiffre fantaisiste, au regard de la situation économique catastrophique du pays, n'est qu'une affabulation sans pudeur.
Ne nous faisons aucune illusion quant à la volonté, à la capacité de KOUYATE et ses sbires, d'organiser des élections régulières, sans manipulations, autrement dit, sans fraude. De par leur culture politique, leur formation, ces gens ne peuvent pas, ne pas manipuler un vote. Nous sommes là au cœur du problème Kouyaté. Il voyage beaucoup, pour se constituer un trésor de guerre, en vue des législatives et des présidentielles à venir. M. Kouyaté se trompe d'époque et de peuple. Le guinéen n'est plus l'homme résigné et fataliste de l'ère PDG. Il a compris que le seul combat perdu d'avance, est celui qu'on n'a pas mené. C'est pour cela que plus rien ne sera comme avant.
Le changement pour lequel des adolescents ont donné leur vie est pour bientôt.
Docteur Abdoul BALDE, (Rouen) France
Pour www.nlsguinee.com