Où sont les grands cadres de l’Etat dont le PM disait que leur désignation était plus importante que celle des ministres? Pendant ce temps, qui dirige qui, qui décide quoi et qui fait quoi? Où sont les représentants du droit et de la loi dans les régions? Où en est l’audit de la banque centrale et ses premières conclusions?
A ce rythme de caméléon, les futurs audits ne seraient-ils pas en décalage avec la nouvelle orientation de politique générale tant attendue! Où sont les transports publics?
Un seul mois suffirait amplement à la réalisation de leur mise en place sur le terrain. Les porteurs d’eau ont-ils disparu? Les bougies ont-elles rejoint leur place originelle dans les églises? Au lieu de fixer certains termes à la fin de la période de grâce, soit près de 4 mois, on a plutôt cherché à obtenir le financement des législatives alors que les priorités étaient ailleurs!
Le danger de la Guinée, ce n’est pas la politique-politicienne, encore moins les actuels leaders de l’opposition qui sont en décalage avec la nouvelle donne, mais le ras-le-bol des populations. Comment peut-on se faire respecter au Nord si l’on commence sa gouvernance par tendre la main? Comment se fait-il que l’Europe et les Etats-Unis nous imposent des élections, jusqu’à les financer, sans se soucier de nos priorités? Savent-ils que le minimum vital est un luxe chez nous?
C’est de la même façon que nous avions subi des politiques d’ajustements structurels par des experts installés à des milliers de kilomètres de chez nous, avec une méconnaissance avérée de nos spécificités?
Il faut dire la vérité aux Guinéens. Ils doivent savoir si les caisses sont vides et de combien, alors que nous avons des rentrées de devises en continu depuis bientôt 50 ans! Cette attitude laxiste fait partie de la mal gouvernance, qui ne saurait être limitée au simple fait de puiser dans les deniers publics. La transparence, c’est informer le peuple, prendre des mesures, sanctionner les fautifs et tirer les conclusions à partir du résultat final.
Dans le cas de la Guinée, le préalable à toute avancée positive devrait passer par des réponses aux questions suivantes :
Le guinéen serait-il condamné à faire table rase du passé avant de savoir où sont passés ses disparus? Comment ses morts sont morts? Qui a dilapidé ses revenus et de combien? Où en est-on de la réparation vis-à-vis des familles éplorées et des défunts lors des derniers événements? Qui a donné la voix à la grande muette tout dernièrement? Une cour martiale a-t-elle été constituée? Certes, une commission indépendante a été créée à cet effet, mais quelles sont les dispositions légales et ses prérogatives? Quelles sont les premiers résultats du gouvernement-Kouyaté? Que possède le PM en plus de son appartement parisien? Qu’en est-il de ses ministres? Devrions-nous encore attendre les «bateaux» comme pendant la 1ère République?
Au lieu d’aller à l’essentiel et poser les bases de la réconciliation, de l’unité nationale et œuvrer pour une nouvelle façon de gouverner, l’on fixe déjà les prochaines élections législatives à la fin de l’année. Un minimum de décence, de clairvoyance, de respect à nos morts et de probité morale, devraient nous amener à affronter les réalités, les unes après les autres; c'est-à-dire en finir avec le passé, régler tous les problèmes posés, avant de tourner la page. Je reste persuadé que le pardon l’emportera sur la vengeance mais nous voulons faire notre deuil des 2 républiques, avant d’en créer une troisième, nécessaire, juste et salutaire.
Si l’Afrique du Sud n’avait pas fait son mea-culpa pour enterrer définitivement l’apartheid, elle ne serait pas ce pays émergent qui est devenu un modèle, au point d’organiser la prochaine coupe du monde de football, alors qu’elle était inexistante au niveau des compétitions internationales, et écartée du monde libre. A ce propos, Bravo à l’équipe nationale qui vient de remettre du boum au cœur de la population.
Face au fiasco de l’Etat et à une opposition qui n’a de nom que le fait de ne pas s’appeler PUP, nous allons tout droit dans le mur. Le décor est déjà planté, même avec une commission indépendante, des millions d’euros et des observateurs étrangers. Certains vont crier au hold-up électoral à cause des imperfections du système et de l’improvisation liée à cette date trop rapprochée, avant même le scrutin. D’autres risqueraient, à juste titre, de demander le départ de l’actuel PM afin d’imposer le chef du parti arrivé en tête du scrutin. L’un dans l’autre, ce serait un recul manifeste par rapport aux jalons posés durant l’année 2007.
Que dire de ces centaines de milliers de Guinéens de l’extérieur qui entendent participer à tous les votes, dorénavant! Qui pourrait croire que tout serait bouclé en moins de 6 mois? D’ailleurs il serait vain de lister tout le processus devant nous conduire à mettre un bulletin dans l’urne, au terme d’une année pleine. Serions-nous obligés de créer ou d’appartenir à des partis politiques pour investir la cité? Combien de Guinéens possèdent-ils une carte de parti politique? A-t-on retiré le droit de vote à l’armée, afin de garantir son impartialité?
Un débat national relatif à toutes ces questions se posait et nous interpelle plus que jamais, mais il semblerait que l’on navigue à vue. La loyauté au peuple, les accords tripartites, la réalité purement guinéenne et la fidélité aux engagements ont perdu de leur «superbe». Les militaires se déchainent, on règle leur problème. Les étudiants manifestent, on bricole quelques mesures. Les jeunes se plaignent du retard pris, on organise des journées de l’emploi. Si les femmes s’en mêlent demain, on avisera. Tout comme la presse écrite, les chauffeurs de magbanas, etc.
Dans une précédente chronique, j’avais opté pour des législatives couplées à la présidentielle dans deux ans, avec l’obligation pour le PM de ne pas se présenter. Comme il a eu à déclarer ne pas vouloir s’installer dans la durée, pourquoi ne pas rendre sa décision irrévocable en intégrant cette disposition dans les textes à réécrire?
La 2ème étape serait de dissoudre l’assemblée nationale en créant un comité de suivi/contrôle composé des membres de la société civile, des syndicats, de la majorité actuelle et de l’opposition.
Enfin, la 3ème solution qui permettrait de montrer notre degré de maturité politique et la convergence de l’intérêt supérieur de la nation, serait d’intégrer les leaders des partis politiques représentatifs dans le prochain gouvernement, et mettre (définitivement) à la touche tous ceux qui ne voudraient pas servir le pays, ici et maintenant.
Voici des dispositions qui pourraient renforcer et légitimer le PM, afin qu’il ne souffre d’aucun diktat, comme celui de l’armée qui a exigé et obtenu la démission d’un ministre, comme si c’est le CMRN qui gouvernait.
Nous lui donnerions toutes les chances de réussite et il serait à même d’user de sa neutralité pour garantir des élections transparentes et, peut-être, entrer dans l’histoire de ce continent, où l’on organise des élections pour les gagner, uniquement, assurément et tranquillement.
A ce jour, les seuls bénéficiaires du changement tant attendu sont les pompiers pyromanes en attente de jugement et l’armée qui a mis en sourdine ses bruits de bottes (jusqu’à quand) et qui semblerait avoir obtenu gain de cause sur des bases scandaleuses et inimaginables dans tout Etat de droit. Les Guinéens attendent que le PM fasse ses preuves et le soutiennent jusqu’à preuve du contraire. Le seul interlocuteur et l’unique responsable, c’est lui.
J’apprécie sa volonté de transparence par quelques chiffres énoncés, ce qui est une nouveauté en Guinée. Les montants obtenus lors de son dernier périple ont été portés à la connaissance du public. Maintenant, il serait bien d’en expliquer l’utilisation et d’imposer cette pratique aux autres «missionnaires» de la république, aux secteurs opaques des principales ressources du pays, aux contrats secrets ou fantomatiques?
Si nous installons cette façon de procéder dès maintenant, il est sûr que toutes les missions au nom de l’Etat, seront couronnées de succès; que ce soit en guise de représentativité pour sortir de notre torpeur, ou pour d’autres impératifs. Ce serait la fin du tourisme-politique et des missions de complaisance.
L’heure est grave mais il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs. La balle est encore entre les mains du PM et nous devons faire en sorte qu’elle ne se retrouve pas par terre ou dans les rangs de l’armée.
Le soutien patriotique au gouvernement, passe par l’honnêteté intellectuelle : ne jamais se reposer sur les acquis, combattre les thuriféraires du régime qui veulent donner un chèque en blanc au PM, critiquer l’action gouvernementale en faisant des propositions, dans le respect des valeurs républicaines et de la sagesse africaine. Plusieurs compatriotes et certains «has-been» se trompent de combat, d’adversaire et d’époque. Respectons-nous, les uns et les autres. Le principal gagnant ne devrait être que la Guinée, tout comme le premier perdant ne serait que le Guinéen, quel qu’il soit et où qu’il soit.
Serions-nous condamnés à un éternel recommencement? J’ose affirmer que les problèmes de la Guinée, c’est d’abord, le Guinéen, lui-même.
El Hadj Soumah, Paris - France
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