dimanche 17 juin 2007
Il y a plus de cinq mois, contre toute attente, M. Lansana KOUYATE se faisait nommer premier ministre. Des syndicalistes grassement rémunérés le présentaient alors comme l’homme providentiel devant résoudre tous les problèmes. Lui-même, déguisé en Sékou TOURE dont il se réclame d’ailleurs ouvertement, promettait des miracles qu’on ne lui demandait pas.
Quelques compatriotes s’en réjouissaient. Je n’en étais pas. J’étais d’abord intrigué par son « surgissement » mystérieux, ensuite sceptique sur sa capacité à diriger quoi que ce soit, et finalement hostile à son projet, lorsqu’il m’est apparu évident que son objectif réel, mais non avoué était de se placer pour ce qu’il appelle « l’après Lansana CONTE » qu’il espère ou souhaite imminent. Des « syndicalistes » rémunérés faisaient croire alors que leur généreux « bienfaiteur » ne s’occuperait que du sort matériel de nos compatriotes (eau courante, scolarité, santé….).
Qu’en est-il depuis ?
La prétention de M. Lansana KOUYATE à briguer le pouvoir suprême, n’est pas en soi illégitime. Comme tout Guinéen, il a le droit d’aspirer à n’importe quelle fonction du pays. C’est aussi cela être citoyen.
Se pose alors la question de savoir dans quelle circonstance et comment ? Car la multiplication de ses sorties occidentales, s’apparente à un tourisme électoral fort ruineux pour le budget déjà mal en point du pays.
D’autre part, il m’avait semblé comprendre qu’il s’était engagé sur une « feuille de route » qui mentionnait expressément des points qu’il s’emploie désormais à gommer méthodiquement d’un cahier des charges qu’il s’est confectionné tout seul. Par exemple la désignation d’une commission d’enquête internationale africaine sur les tueries des mois de Janvier et Février derniers, la cessation des rackets organisés par Lansana CONTE sur la banque Centrale, la création d’une commission électorale nationale indépendante, etc….
En tout état de cause, le détournement d’une fonction et des ressources du pays pour les mettre au service d’une ambition politicienne personnelle n’était pas envisagé dans le prétendu « accord tripartite ». Mais peut être, M. KOUYATE et ses « syndicalistes » émargeant au budget de M. Laurent GBAGBO me démentiront-ils ?
Rappelons d’abord brièvement les circonstances de sa nomination.
Janvier-février 2007, le pays dans sa totalité se mobilise pour demander le départ de Lansana CONTE et de son système Pdgiste. Il fait venir clandestinement de Guinée-BISSAU des centaines de miliciens tueurs. Appuyés par la Garde présidentielle commandée par le colonel Mougnè DONZO, ils massacreront des centaines de jeunes Guinéens, tous âgés de moins de vingt ans. Alors même que nos jeunes compatriotes se faisaient tuer, M. KOUYATE débarque d’Abidjan par l’avion personnel de M. Laurent GBAGBO. Il a la prodigalité monétaire facile. Son ami Laurent GBAGBO a le porte-monnaie bien garni. Et il est généreux avec lui. D’une générosité intéressée dont les retombées attendues et promises arriveront le moment venu, c’est-à-dire le jour où il s’emparera du pouvoir comme il en a la prétention. Des syndicalistes nécessiteux sont achetés. Ils proclament M.
Lansana KOUYATE comme l’aboutissement selon eux « heureux » d’une lutte qu’ils n’ont pas menée. C’est la Société Civile dans son ensemble, à l’intérier
comme à l’extérieur, qui a mis en difficulté le système Lansana CONTE, même si certains « syndicalistes » ont provisoirement réussi à récupérer le mouvement populaire avec la tentation d’en faire un outil politique a leur profit, ainsi qu’à celui de leur riche « premier ministre »
Les cadavres de centaine de jeunes suppliciés sont utilisés par leur « bienfaiteur » fortuné comme un tremplin. On exhibe « l’amitié » de Mme Henriette CONTE qu’on proclame « institution républicaine », tandis que les familles des malheureuses victimes sont abandonnées à leur détresse qu’on imagine immense.
En clair, M. KOUYATE a acheté une fonction politique par ailleurs inconstitutionnelle avec l’aide de certains syndicalistes nécessiteux, perméables à la moindre douceur monétaire en C.F.A. Et c’est là l’un des problèmes majeurs de notre pays : comment identifier des personnalités consistantes, crédibles, habitées par la Passion de la Terre des Ancêtres (la Patrie) et donc déterminées à s’opposer par tous les moyens, à ceux qui organisent sa déchéance.
Le scénario probable sur lequel mise le supposé « premier ministre ».
A peine nommé « premier ministre », M. KOUYATE se précipite en France, alors que ce pays était en campagne électorale. Dans la foulée, il fait ouvrir à la banque ParisBas un compte destiné à recevoir les recettes d’exportations minières. Le prétexte avoué alors était de commander des denrées alimentaires, comme si la même opération était impossible à partir de Zurich, lieu de domiciliation initiale des comptes miniers guinéens. Quelques semaines plus tard, le voilà de nouveau à Paris. Pour y faire quoi alors que la situation sociale et économique de notre pays est plus que dégradée ?
Risquons (sans vraiment risquer) cette hypothèse plus que vraisemblable. Il y a quelques jours, le premier ministre rencontrait à Paris certains de ses « amis » plutôt inquiétants. Il leur laisse entendre que Lansana CONTE, c’est bientôt fini. Il se préparerait pour « l’après », la fin pouvant survenir à tout moment d’après lui.
D’où ses gesticulations communicationnelles effrénées aux U.S.A. et en France. Là on se fait photographier avec Mme Condoleeza RICE, ici avec Nicolas SARKOZY, le tout nouveau président français. Ces deux images ont bien évidemment une fonction instrumentale : abondamment présentées à la TV de CONAKRY, elles visent à faire croire aux Guinéens supposés « idiots » qu’il est « l’ami » de M. SARKOZY dont il aurait le soutien. L’utilisation frauduleuse d’images protocolaires courantes à des fins de propagande personnelle est évidente. Voilà M. SARKOZY transformé à son insu en auxiliaire publicitaire de notre fameux « premier « ministre ». Sacré KOUYATE ! Quel « talent diplomatique » !
Une agitation politicienne dangereuse et injustifiable.
On est donc loin de l’imaginaire feuille de route, mais très proche d’un possible malentendu entre la jeunesse guinéenne et la France. Laisser croire ou dire que Nicolas SARKOZY et donc la France soutiendrait le clan de l’ex-tyran Sékou TOURE (M. KOUYATE s’en déclare le chef) contre le pays tout entier, reviendrait à créer les conditions d’une guerre civile qui deviendrait inévitable.
En effet, profitant de sa fonction, il a déjà désigné à des postes essentiels un groupe de personnes appartenant à un clan bien identifié. Ainsi, le ministre de l’intérieur, M’Boh KEITA du clan de Sékou TOURE est chargé d’organiser les élections à venir dont chaque guinéen pressent bien qu’elles seront aussi transparentes que les nuits noires de Conakry. Des préfets issus du même clan sont nommés. Ils ont la même consigne que le ministre de l’intérieur. Là aussi, je souhaite être contredit publiquement par le premier ministre ou par toute personne qu’il voudra désigner à cet effet.
Je conclurai provisoirement par ces questions :
1- Il est vraisemblable que certains des miliciens tueurs recrutés en Guinée-BISSAU par M. Lansana CONTE aient pu transiter par la Côte d’Ivoire. M. KOUYATE en a-t-il été informé par son ami Laurent GBAGBO ?
2- Pourquoi le premier ministre met-il si peu d’empressement à mettre fin aux exactions à CONAKRY et à l’intérieur de la Guinée ?
3- Au prétexte de rendre visite à l’équipe nationale à MARSEILLES, le premier ministre s’est plutôt rendu à MONACO. Pourquoi y faire ? Qui y a-t-il rencontré ? Y a-t-il pris des engagements ? Lesquels ?
4- Puisque dans une récente rencontre très restreinte, alors que vos interlocuteurs (tous occidentaux) s’inquiétaient de vos fréquents voyages dispendieux au regard du délabrement de notre pays, vous leur répondiez que la question de l’eau ou de l’électricité n’était pas votre affaire dans l’immédiat, et que vous cherchiez à vous constituer un « trésor de guerre » en prévision de la disparition de Lansana CONTE, ne trouvez-vous pas loyal de rendre votre tablier ?
Après tout, il n’est pas anormal que vous vous prépariez à briguer le fauteuil de Lansana CONTE. Il n’en n’est pas le propriétaire. Vous savez quel est son état de santé. Vous le rencontrez fréquemment. Si vous dites qu’il est fini, on vous croit. Mais, vous devez un minimum de loyauté à vos supporters rémunérés, ainsi qu’à vos éventuels concurrents. Vous aurez d’ailleurs tout le temps de vous consacrer à la recherche de ce que vous appelez un « trésor de guerre ».
Mamadou Billo SY SAVANE, (Rouen) France
Mon contact : mamadoulinsan@wanadoo.fr
Pour www.nlsguinee.com