dimanche 17 juin 2007
La Guinée de l'indépendance à ce jour (soit près d'un demi-siècle) est confrontée à des crises sociopolitiques récurrentes. Les déprédations commises par le tyrannique Sékou Touré ont été amplifiées par la cupidité et l'ignorance de Lansana Conté.
LA QUESTION DE L’ETAT ?
Un État est un groupement humain fixé sur un territoire déterminé soumis à une même autorité et régie par des règles communes applicables et appliquées à tous, sans exception aucune. Son fonctionnement doit être confié à un Personnel compétent, honnête, crédible et donc respecté. Ce qui suppose que ce personnel, doit naturellement compter sur une garantie de carrière, et qu'il soit à l'abri de toutes décisions arbitraires et fantaisistes, donc que les critères et conditions d'accession aux postes de responsabilité soient objectifs et transparents. En contrepartie, une obligation de résultat serait demandée à tous les Cadres.
L'État guinéen née de la greffe coloniale a longtemps été qualifié de patrimonial. Les élites indépendantistes installées à ses commandes créèrent et généralisèrent "une politique du ventre" faite de corruption, de clientélisme, et de népotisme.
L’État guinéen au sens régalien du terme a toujours été inexistant. Néanmoins c'est un "État" juridiquement reconnu sur le plan international et qui reçoit les crédits du Fond Monétaire International (FMI) et de la Banque Mondiale. Des crédits qui en définitive, sont soient recyclés par la clique au pouvoir pour son enrichissement personnel, soient affectés à l'acquisition des outils de répression abondamment utilisés contre les paisibles populations.
L'État guinéen d'hier et d'aujourd'hui est l'incarnation parfaite de ce qu'il n'est pas exagéré de nommer "KLEPTOCRATIE".
La justice est instrumentalisée au profit du clan au pouvoir. C’est bien connu lorsque les voleurs ont le pouvoir et qu'ils jugent les volés, ces derniers et leurs biens n'ont aucune chance. Comme l’a écrit Annah Harendt : « Le premier pas essentiel sur la route qui mène à la domination totale, consiste à tuer dans l'homme la personne juridique. »
Il est donc opportun de mettre l’accent sur l’évolution dramatique de l’État Guinéen :
1 - LA PREMIERE PHASE CE FUT LA CREATION D’UN ÉTAT POLICIER
Nous savons tous que Sékou Touré fut le père fondateur de cet État policier. Il gouverna comme un horrible petit Néron, pendant vingt-six longues années d’une main de fer et sans aucun partage.
A l’indépendance de notre pays, le nouveau gouvernement avait trois priorités, à savoir :
1- Bâtir un État de droit,
2- Édifier une véritable économie,
3- Lancer les fondements d’une nation moderne.
Malheureusement, les plans de développements conçus à cet effet, ont été un échec lamentable. Alors que les cadres du pays s’activaient pour la réalisation de tous ces projets, Sékou Touré, quant à lui, pensait plutôt à consolider son pouvoir inique.
Il procède avec ses spadassins, à la mise en place de leur odieuse et redoutable police politique chargée de transformer le pays en un vaste camp de concentration afin de fabriquer de toute pièce des oppositions pour mieux les liquider. Hannah Arendt dit que : « le totalitarisme au pouvoir use de l’État comme une façade destinée a représenter le pays dans le monde non totalitaire. Au-dessous de l’État et derrière les façades du pouvoir : les services super efficaces et super compétents de la police secrète ».
Dès l'accession de la Guinée à l'indépendance, Sékou Touré s'arrange pour disposer de tous les pouvoirs : armée, justice, politique étrangère, et nomme à tous les postes administratifs et ministériels. Il met ainsi en place insidieusement son pouvoir totalitaire adossé sur un État policier. Ce qui lui permet de se ménager une prépondérance en éliminant politiquement et, physiquement ses rivaux supposés ou réels.
Cette politique nazie du nettoyage par le vide, érigé en système de gouvernement, basé sur la délation, la torture systématique, ponctuée d'exécution sommaire, en violation permanente de la légalité républicaine permit au tyran d’éliminer tous les éléments éclairés ou supposés tels. A sa mort en 1984, il laisse un pays exsangue, moyenâgeux en le privant ainsi de toutes solutions de rechange capable de développer le pays.
C'est l'incapacité des composantes factionnelles du régime à surmonter leur animosité et à s’entendre pour régler sa succession d’une part, et le vide politique crée par les purges de type stalinien d'autre part, qui facilita finalement la voie à une intervention armée. A la mort de Sékou Touré le 26 mars 1984, les Guinéens pensent que le système inhumain sera enterré avec son auteur. Incrédule pensée !
En effet, le 3 avril de la même année, un groupe d’anciens tortionnaires avec à sa tête un certain Lansana Conté profitent de la confusion qui règne dans le clan familial du défunt dictateur pour s’emparer du fauteuil président laissé vacant.
Les nouveaux dirigeants adoptent les méthodes des anciens qui seront d’ailleurs tous liquidés sans autre forme de procès. Et comme l'a écrit à juste titre, le doyen Ansoumane DORE de Dijon : « prendre possession d'une maison sans avoir fait le ménage peut reconduire les mêmes habitudes chez les nouveaux habitants.»
2 - LA DEUXIEME PHASE C’EST LA CREATION D’UN ÉTAT SAUVAGE
L’actuel Chef de l’État Lansana Conté véritable incarnation de la misère noire et du mercantilisme va métamorphoser la Guinée en un univers de misère et de vénalité. Véritable Etat sauvage où sévit l'homme nouveau. « Le guinéen dépersonnalisé, aliéné, débarrassé des garde-fous que sont le respect de la vie humaine, la justice sociale, la fraternité, et la solidarité. » comme l’écrit Charles E Sorry dans Sékou Touré l’ange exterminateur. Un passé à dépasser.
Plutôt que de s'atteler à la création d'un véritable Etat, comme son prédécesseur, il profite de l'apathie des guinéens pour mettre en place sournoisement un État fictif dont l'objectif est la destruction de la Nation guinéenne bien réelle celle-là pour la remplacer par une juxtaposition de clans régionaux et ethnicistes dominés par quelques familles mafieuses qui continuent la politique du ventre héritée du PDG.
Il peut être passionnant et instructif pour l’avenir de démontrer les engrenages de ce désastre. Sans s'étendre là-dessus, il faut évoquer le clivage de l’espace public en clans agglutinés autour de sa personne et sa famille.
De 1984 à 1990 après avoir liquidé Diarra Traoré et son groupe, il dirige le pays sans concertation. Il installe son clan familial aux manettes et aux recettes. En recourant massivement à la cœrcition son clan familial s'arroge l'intégrité des ressources de l'Etat et absorbe à son profit exclusif le champ politique. Pour les besoins de la cause le clan familial s'entoure d'une clique trans-ethnique qui s'enkystée au sein de l’appareil d’État et gère la coercition et la prédation sous le paravent d’un multipartisme purement administratif pour son enrichissement personnel et dans le maintien d’un système définitivement ankylosé.
Ce qui prouve que c'est effectivement la relation à l'État qui, au premier chef confère aux acteurs la capacité de s'enrichir et de dominer le champ social. En arrivant au pouvoir, l’officier Conté ne déclarait-il pas que : « Le jour où vous verrez l'un d'entre nous construire une villa, c’est qu'il aura volé. »
Aujourd'hui que constate-t-on ?
Son frère Harouna Conté et ses épouses jouent aux magnats de l'immobilier, achètent par la cœrcition des quartiers entiers de la capitale. La famille négocie directement des droits de pêche.
Le Président lui-même est à la fois un homme d'affaires et un grand propriétaire, à Conakry, à Bissau où il possède plusieurs beaux immeubles, et divers placements à travers le monde.
Ses amis au pouvoir brassent des milliards de francs guinéens, dans l'or, la bauxite, l’importation etc ...
Certains de ses amis, comme le sieur Mamadou Sylla, peuvent se permettre de construire des palais, et même d’acheter des avions, dans un pays sans eau, sans électricité, et sans aucun moyen de transport public, avec un système de santé et d’éducation complètement sinistré.
Ce bouffon du système mafieux, n’est-il pas une parfaite illustration du triomphe de l'incompétence, de la médiocrité, de la kleptocratie et de l'impunité érigées en mode de gestion du bien public ? Bien sûr que OUI.
D’ailleurs, c’est Elhadj Mamadou SYLLA qui déclare lui-même par vantardise qu’il est : « L’homme le plus riche du pays… » Et, c’est son Mentor Lansana CONTE, qui surenchérie de son côté que : « son protégé Mamadou SYLLA est un analphabète, illettré et qui n’a aucune humilité… » Alors protégé par son parrain Lansana Conté il parcourt le monde pour faire étalage du butin de ses forfaitures et, déclarer à Paris des inepties du genre : « Je défie quiconque qui puisse prouver qu’il a plus d’argent que moi en Guinée… »
Mais, ce qui est important pour les Guinéens aujourd'hui, ce n'est pas de savoir quelle est la richesse des citoyens les uns par rapport aux autres, ni même de savoir qui est le plus riche ?
La vraie question n’est pas de faire l’évaluation du montant, mais plutôt de savoir l'origine de leur richesse, en exigeant un audit indépendant sur la régularité de toutes les opérations financières et autres pratiques, qui ont permis de bâtir ces fortunes.
Hélas, nous savons tous que notre Justice est instrumentalisée au profit du clan au pouvoir. C’est bien connu lorsque les voleurs ont le pouvoir, c’est le règne de l’impunité.
Dans n’importe quel Etat digne de ce nom, un tel malfrat serait en prison. Mais comme on est dans un Etat sauvage, alors on piétine les talents et on récompense les médiocres.
Je défie Mamadou Sylla de démentir qu’il se cachait de ses créanciers dans les années 1990 pour une modique somme de moins de 8 millions de GNF ; et de prouver par quel miracle il est devenu aujourd’hui le milliardaire qu'il se vante d'être, si ce n'est par le vol de l'argent du peuple de Guinée.
L'Etat guinéen d'hier et d'aujourd'hui est donc l'incarnation parfaite de ce qu'il n'est pas exagéré de nommer "KLEPTOCRATIE".
L'Etat est devenu ainsi un lieu primordial de l'engendrement des inégalités. Le développement qu'il se targue de promouvoir est un leurre.
Conséquence le guinéen moyen dans la recherche commune d'une amélioration des dures conditions de vie imposée par le clan politico mafieux minorité dominante, trouve une solution en se servant de leur métier ou de leur milieu de travail et provoque ainsi involontairement la ruine de la Nation. Les exemples ne manquent pas.
Les exemples ne manquent pas :
- Tout le monde sait qu’en Guinée le moindre petit document délivré par l’administration se fait moyennant finance. Ces versements sont bien entendus illicites, mais acceptés par la mentalité collective qu’une corruption généralisée a depuis longtemps gangrenée et paralysée.
- La police et la gendarmerie sous payés au profit des milices privées du clan mafieux se trouvent en première ligne sur les barrages routiers pour racketter la population.
- La fonction publique est saturée et les recrutements ne se font plus et sur l’injonction de la Banque Mondiale et du Fond Monétaire International, on s'est lancé dans les campagnes de dégraissages massifs. Mais pour se faire de l’argent, des fonctionnaires véreux avec l’accord de leur Ministre de tutelle lance des vrais mais faux avis de recrutement pour soutirer de l’argent aux jeunes diplômés fraîchement sortis de l’université. L’ex-Ministre Keira Alpha, parait-il en a tiré une fortune colossale.
Le partage de ces sommes indues collectées se fait dans le respect de la hiérarchie, le plus petit des comparses recevant la part la plus modique.
Aucun responsable ne peut se dérober de la pratique de ces extorsions quel que soit son motif, et surtout s’il est idéologique ou politique, sous peine d’être accusé d’avoir détourné à son profit exclusif les contributions collectées auprès de pauvres guinéens dont la vie est devenu un enfer.
La forfaiture est donc devenue une pratique officielle dans tous les secteurs d’activité.
3 - L’EFFONDREMENT DE L’ETAT ET SES CONSEQUENCES
Un des problèmes majeurs actuels auquel est confronté la Guinée est l'effondrement intégral de l'État au sens régalien du terme; entraînant ainsi une perte fondamentale de sa capacité institutionnelle avec ses corollaires. Il s’agit :
- De la perte de sa légitimité aux yeux d'une population, qui se demande à quoi sert l'État dès lors qu'il n'entretient plus les infrastructures, les services de base ou l'éducation nationale et la santé.
- De la destruction du maillage administratif par effilochage ou du fait de conflits destructeurs, de violences endémiques qui engendrent un climat d’insécurité instrumentalisé. Ce qui influe sur la liberté d’initiative et, encore plus sur l’activité économique et donc sur le développement.
- Du pillage de l'État par "ses serviteurs" de haut en bas de la pyramide : le racket est ainsi institué comme méthode de gestion des affaires du pays.
Tous les rackets organisés par les différents clans mafieux atterrissent en grande partie dans les poches du Parrain Lansana CONTE et de son clan familial.
C'est cette corruption généralisée et institutionnalisée par les clans mafieux qui est le principal facteur de stagnation, qui décourage radicalement toutes les initiatives privées et compromet irrémédiablement la relance de l'investissement, sans lesquelles il n'y aura jamais de plein emploi pour les jeunes.
Dans cette Guinée en proie au chaos, devenue une zone de non droits, un haut lieu de trafic d'armes, de drogue, et de prostitution, aucun « Investisseur sérieux » ne peut prendre le risque d’engager ses ressources dans une activité productive. Car le socle facilitateur de développement est inexistant.
De nombreux entrepreneurs locaux et étrangers prêts à soulager les souffrances des guinéens se sont heurtés à ce système mafieux. Il est inutile de dresser, ici, la liste des Entreprises, qui ont été victimes des rackets incessants de ces mafieux. Et qui ont fini par mettre la clé sous la porte et licenciés leurs employés. Cependant, il est utile de citer deux cas particulièrement significatifs :
Le premier cas, est celui de la SOGETRAG, dont j'avais parlé dans un autre article et sur lequel je reviens encore en quelques mots, en est une parfaite illustration. Cette société assurait un service public de transport de la population la plus démunie du pays à moindre coût. A cela il faut ajouter le Savoir-faire qu’elle dispensait à ses salariés.
Le deuxième cas, concerne la Société Industrielle des Boissons de Guinée (SIBG) de Foulayah à Kindia. Cette honteuse spoliation commise par le Chef de « l’Etat » Lansana Conté en personne (suite au refus de notre compatriote Mr KOUROUMA de lui céder sur sa seule volonté la majorité du capital et sans aucune formalité), dépasse l’entendement. Son article publié sur plusieurs sites du net prouve s’il en était besoin que rien n'est possible en Guinée, aussi longtemps que Lansana Conté est au pouvoir. Il a raison lorsqu’il affirme que : « La Guinée de Lansana CONTE n’est pas la nôtre !»
N'en déplaise à Mr Kouyaté le plein emploi ne se décrète pas. Pour créer des emplois, il faut un cadre juridico administratif sain, c'est-à-dire débarrasser de la corruption et du racket et bien sûr de l’impunité. Autrement aucun investisseur ne prendra le risque de venir dans « cet Etat sauvage », géré par un Président de la République primaire, chef des différents clans mafieux, et qui n'a qu'un mot à la bouche N’GBESSA (ce qui veut dire ma part en soussou). C‘est à juste titre que Lord Acton historien anglais disait : « Le pouvoir a tendance à corrompre; le pouvoir absolu corrompt de manière absolue.» L’illustration de ses propos, est Lansana Conté qui est un homme corrompu.
La débâcle sur tous les plans (idéologique, politique, économique et sociale) est une évidence, sur laquelle je crois inutile de revenir, le procès étant d'ailleurs jugé.
Ce que veulent les guinéens dans leur immense majorité, c’est de choisir par la voie des urnes, c’est-à-dire librement ceux de ces enfants qui sont capables de porter un projet collectif et les représenter dignement.
Lansana CONTE est un authentique militaro-fasciste de type mafieux. C'est le constat d'une évidence. Il n'a pas le sens des valeurs qui font la permanence de nos sociétés et à certains moments leur grandeur à savoir : l'attachement à la Patrie et à tous ses habitants sans exclusive, le respect de la parole donnée, la dignité dans les fonctions de représentation collective et l'honnêteté face aux biens publics. Pour Lansana CONTE la vie d'un être humain n'a de valeur que si elle sert ses intérêts diaboliques.
La nomination d'un authentique PDGiste, sombre diplomate en la personne de Lansana Kouyaté comme Premier Ministre dit "de consensus" par des intrigues de palais entre Conakry et Abidjan suite aux évènements sanglants de janvier et février 2007 n'a rien changé en Guinée. C'est toujours le statu quo.
Sachez M. KOUYATE même si les besoins primaires des guinéens à savoir : boire, manger et, se soigner sont loin d'être satisfaits, ils ont surtout soif de justice et d'équité comme tous les peuples du monde.
Pour redresser le pays il faut engager une croisade contre la corruption et l’impunité qui sont érigées en mode de gouvernement par Lansana CONTE et son système politico mafieux. Nous aviserons du développement de la Guinée par la suite, avec beaucoup de chance de succès, dès que le pays sera libérer de leurs griffes prédatrices.
C'est le seul combat qui vaille aujourd’hui pour que la Guinée, pays riche en hommes et en ressources, trouve la voie du développement. Il y va de la survie de notre patrie. C’est notre seul Bien Commun. Il est inestimable. Il y a urgence patriotique.
Frédéric Douglas a écrit que : « Les limites de la tyrannie sont celles que tolère la patience de ceux qu'elle opprime. »
Nous ne pouvons faire l'économie d'une seconde insurrection généralisée pour chasser Lansana CONTE et éradiquer son système générateur de haine et de misère.
Le combat engagé entre cette minorité qui abîme notre Patrie et l'immense majorité des guinéens qui croulent sous le poids de la misère ne doit pas faiblir.
Aucun Premier Ministre de consensus soit-il ne doit nous voler notre prochaine victoire.
DR Abdoul Baldé, Rouen (France)
Pour www.nlsguinee.com