jeudi 14 juin 2007
Bauxite, fer, or, diamant, nickel, uranium et bientôt pétrole : la Guinée compte sur son fabuleux potentiel minier pour s'extraire de la pauvreté endémique dans laquelle elle est plongée depuis son accession à la souveraineté internationale. Le rêve est ambitieux mais pas inaccessible...
Le paradoxe d'un pays disposant des plus importantes ressources minières et hydrauliques en Afrique de l'ouest, mais qui reste l'une des places fortes de la misère qui sévit dans cette partie du monde, est on ne peut plus frappant.
Épaulées par leurs partenaires étrangers et la Banque mondiale, les autorités guinéennes affichent pourtant leur volonté de vouloir tirer le maximum de ressources financières de l'exploitation du sous-sol de ce pays où plus de la moitié de la population vit officiellement avec moins d'un dollar par jour.
« Le secteur minier se porte bien dans l'ensemble. Il est et restera encore pour plusieurs années la locomotive de l'économie guinéenne », soutient le ministre des Mines et de la Géologie, Dr Ousmane Sylla.
En effet, le groupe d'entreprises évoluant dans le secteur des mines est le second employeur après la fonction publique avec plus de 10000 travailleurs permanents et plus de 100000 travailleurs dans l'artisanat minier. Les mines guinéennes contribuent à hauteur de 25% au budget de l'État et à 16% au produit intérieur brut (PIB).
« En 2005, le secteur minier a contribué pour environ 510 milliards de francs guinéens au budget de l'État et a procuré 130 millions de dollars EU au Trésor public », souligne Dr Sylla.
Selon lui, le fourmillement de projets, toujours plus ambitieux les uns que les autres, remarqué à ce jour, s'explique par l'énorme potentiel minier de la Guinée.
« Il y a principalement la bauxite qui est de très bonne qualité, avec plus de 40 milliards de tonnes de réserves, le fer, avec plus de 7 milliards de réserves prouvées, le diamant et l'or. Il existe également d'autres substances non moins importantes telles que le nickel, l'uranium, le calcaire, les métaux de base, etc. », fait remarquer le ministre des Mines.
Dr Sylla estime que si les investisseurs se bousculent au portillon de la Guinée, c'est aussi pour d'autres raisons telles que la stabilité du pays, l'embellie des prix des matières premières et un code minier attractif.
« Plus de 200 sociétés et projets miniers évoluent sur le terrain, dont 20 pour la bauxite, 14 pour le fer, 88 pour l'or, 71 pour le diamant, 4 pour les métaux de base, 3 pour l'uranium, 3 pour le calcaire, 1 pour le nickel. Toutes les grandes sociétés du monde minier sont présentes en Guinée à savoir BHP Billiton, Rio Tinto, Alcoa, RusAl, Companhia Vale Rio Doce (CVRD), Anglogold, etc. », affirme-t-il.
À ce jour, il existe 7 concessions minières de bauxite et 66 permis de recherche de bauxite pour une dizaine de sociétés minières parmi lesquels on peut retenir BHP Billiton, Mitsubishi, Chalco, CVRD, Beny Steinmetz Global Resources (BSGR) ou encore Oswal Chemicals, précisent les sources du ministère des Mines.
Les mêmes sources indiquent que le cadastre minier totalise plus de 90 permis de recherche de diamant.
Selon elles, les principaux projets dans le secteur du diamant sont Bassad, Debsam, Aredor et Sorem. De même, dans la filière uranium, 16 permis de recherche ont été octroyés à trois sociétés minières ; Nova Energy, Murchison United (MUR) et Contico.
LA BAUXITE LOCOMOTIVE DU SECTEUR MINIER
La bauxite est de loin la principale pourvoyeuse de devises dans le secteur minier.
En 2001 par exemple, elle assurait plus de 82 millions de dollars EU au Trésor public guinéen alors que l'ensemble des autres activités ne totalisaient pas plus de 6 millions de dollars EU.
En 2005, sur un total d'environ 123 millions de dollars EU engrangé par le secteur de mines, les entreprises évoluant dans le domaine de la bauxite et de l'alumine (CBG, CBK et ACG) ont rapporté à elles seules plus de 108 millions de dollars EU au Trésor public guinéen.
La Compagnie des bauxites de Guinée (CBG) dont l'activité se limite exclusivement à la production et à l'exportation de la bauxite a déclaré avoir versé environ 96 millions de dollars EU.
Cet écart dissimule mal une vraie entrave dressée contre la croissance et le développement économique du pays : la non transformation sur place de la plupart des énormes quantités de ressources naturelles extraites du sous-sol guinéen.
La seule raffinerie d'alumine - le produit dérivé de la bauxite servant à la production de l'aluminium métal - est installée à Fria. Il s'agit de l'Alumina Company of Guinea (ACG) qui dispose d'une faible capacité de production (700000 tonnes par an).
La Compagnie des bauxites de Guinée (CBG), à elle seule, exporte environ 12 millions de tonnes de bauxites chaque année. Elle n'a pas de raffinerie d'alumine dans le pays.
Dr Sylla, qui annonce vouloir coûte que coûte renverser cette tendance, semble bien prendre la mesure du manque à gagner pour la Guinée, au vu de l'écart existant entre les prix de la bauxite et ceux des produits dérivés (alumine et aluminium).
« La politique adoptée par le gouvernement étant de ne plus donner de permis uniquement pour l'exploitation de la bauxite, nous voulons aller à l'alumine dans un premier temps et à l'aluminium par la suite », affirme le ministre.
« En outre, la Société minière de Dinguiraye (SMD) et la Société Ashanti Goldfield (SAG) devraient accroître leur capacité grâce aux extensions en cours, ce qui naturellement augmentera certainement les revenus de l'État dans le secteur de l'or. Pour les autres substances, des sociétés crédibles ont acquis des permis pour le nickel, l'uranium et même le pétrole », poursuit Dr Sylla.
En réalité, dans le domaine de la bauxite, la Guinée dispose d'un potentiel de 40 milliards de tonnes de réserves dont 20 milliards de tonnes prouvées. Et c'est dans la bauxite que les plus géants de l'aluminium se bousculent. « BHP Billiton dispose de 7 permis de recherches dans la région de Boffa, Boké ; CVRD du Brésil a acquis une vingtaine de permis dans la zone nord et centrale de la Guinée ; Mitsubishi du Japon dispose de 3 blocs de 24 permis de recherche dans les régions de Boké, Gaoual, Lélouma, Pita et Dalaba ; OSWAL Chemicals de l'Inde a des permis dans les régions de Boffa, Fria et Dubréka ; enfin Chalco dans les régions de Kindia, Mamou, Dalaba et Pita. Toutes ces sociétés sont en phase de recherche dans leurs permis respectifs », précise le ministre des mines.
Par ailleurs, pour accroître et diversifier les revenus du secteur, la Guinée a signé des conventions pour la construction de 3 raffineries d'alumine avec Global Alumina (2,8 millions de tonnes par an à Sangaredi pour un coût total d'environ 2,3 milliards de dollars EU), Alcoa/Alcan (1,5 million de tonnes par an à Kamsar pour un coût total d'environ 1 milliard de dollars EU) et Rouski alumini (2,8 millions de tonnes par an à Dian Dian pour un coût total d'environ 2,5 milliards de dollars EU).
Toutes ces raffineries d'alumine devraient entrer en phase de production d'ici 2010, précisent nos sources du ministère des Mines.
L'OR JUSTE DERRIÈRE LES REVENUS DE LA BAUXITE
Il existe trois sociétés d'exploitation de l'or primaire à l'échelle industrielle : la Société Ashanti Goldfields (SAG) à Koron et Siguiri, la Société minière de Dinguiraye (SMD) à Léro et Fayalala et la SEMAFO à Kiniéro. À ces trois sociétés s'ajoute tout un bataillon d'exploitants artisanaux, essentiellement en Haute Guinée.
Ces derniers ont d'ailleurs le quasi monopole d'un autre secteur pourvoyeur de devises : celui du diamant.
« La SAG exploite depuis 1998 les gisements primaires d'or à Koron et environs (préfecture de Siguiri). La production annuelle est de 9 tonnes d'or par an. La SAG a investi 85 millions de dollars EU pour augmenter sa capacité de production à 10 tonnes d'or par an », affirme Dr Sylla.
En ce qui concerne la SMD, cette société qui exploite depuis 1995 de l'or à Léro, Fayalala et environs (à la limite entre les préfectures de Siguiri et de Dinguiraye), elle produit annuellement environ 3 tonnes d'or.
« La société est en train de faire une extension de sa capacité pour passer à 13 tonnes d'or par an à partir de 2008 avec un investissement de 150 millions de dollars EU », souligne le ministre des Mines.
Quant à la SEMAFO, qui produit 1,5 million de tonnes d'or et moins d'une tonne d'argent par an, elle exploite depuis 2002 les filons Jean et Gobélé à Kiniéro dans la préfecture de Kouroussa. Selon nos sources du ministère des Mines, cette société effectue actuellement des recherches pour augmenter sa production annuelle.
En outre, toujours d'après le ministère des Mines, plusieurs sociétés sont en phase d'exploration active à la recherche de nouveaux gisement à mettre en valeur. Parmi les principales, on peut citer Cassidy Gold, Caracal Gold, Mining Guinée, Utra Gold, etc.
Pour plus d'information sur la coopération entre la Banque mondiale et la Guinée dans le secteur des mines, cliquez ici.
Par Saliou Samb, Worldbank
Pour www.nlsguinee.com